3 – 4 OCTOBRE 2013 – J+66 à J+67 – Korçë – Voskopojë DU DEPAYSEMENT EN PERSPECTIVE

Gonglés jusqu'au bout !

 

Après notre échec en Macédoine, nous étions clairement motivés à ne pas échouer en Albanie. Non pas que la Grèce ne nous attire pas (d'autant plus que la région des Météores est purement splendide... spécial dédicace à Maître Sheehan!) mais parce que nous sommes venus par ici avec l'envie de découvrir ces pays des Balkans que l'on sait à peine situer sur une planisphère. Alors quand, après avoir remis nos passeports, le douanier nous a demandé les papiers du véhicule, ni une, ni deux, Ander a présenté sans broncher le petit papillon de l'ancienne carte grise encore en notre possession. Cela n'a aucune valeur légale, bien entendu, mais la présence de l'hologramme dans un coin a du faire son effet parce que le douanier n'a pas moufté. Et hop, nous sommes entrés en Albanie !

 

Qui de nous deux est la curiosité ?

 

Si le regroupement d'une multitude de personnes autour du van lors du passage de la frontière nous avait semblé du à la nécessité de passer la douane, notre arrivée dans la première ville de notre périple, Korça (Korcë) nous a montré notre erreur. Non, ces gens-là n'attendaient pas uniquement pour montrer leurs passeports, ils étaient tout simplement curieux de voir l'étranger dans son van. Il en fut de même lors de notre session « course » au marché local. Nous qui étions subjugués par la présence d'un ours en laisse (malheureusement, la pratique ne semble pas avoir disparue en Albanie), avons mis du temps à remarquer que l'autre curiosité des lieux, c'était... nous ! Combien de regards interrogateurs comme si nous semblions perdus... Combien d'étonnement face à Oihana dans son sac-à-dos... Mais jamais aucune animosité, bien au contraire. Tandis qu'une commerçante ne voulait pas nous faire payer les quelques prunes prises pour Oihana, un autre marchant nous offrait gentiment une pomme pour elle, sans parler de la marchande d'olives chez laquelle on aurait fini par en déguster plus que ce qu'on lui avait acheté si on lui avait pas dit stop !

 

Une nuit à ne pas mettre le nez dehors... même dedans

 

Après notre premier contact urbain, nous sommes allés sentir d'un peu plus près l'air des montagnes, dans un village qui regroupe aujourd'hui à peine 500 habitants mais dont la prospérité du XVIII° siècle avait réuni plus de 40000 personnes. Difficile à croire lorsque nous sommes arrivés dans ce vallon perdu au milieu des sapins. En même temps, avec le climat rencontré, on peut comprendre que les gens aient déserté pour aller trouver température plus clémente ailleurs. Oui, à Voskopojë, ça caille ! Ça caille tellement que quand on a demandé au bar du coin où on pouvait parquer notre engin pour passer la nuit parce qu'on dormait dedans, ils nous ont regardé ébarlués ! Ils nous ont même proposé une chambre (enfin, un appart) à louer avec bois pour les poëles présents dans chaque pièce compris ! Vu qu'il faisait déjà tout juste 10° alors que la nuit n'était pas encore tombée et qu'on sentait clairement que ça allait bien descendre, on a pris l'option « maison ». Et quel bien nous en a pris parce que même avec le poële à fond, il nous a fallu nous blottir sous d'épaisses couvertures pour supporter la température ambiante. Ah, Voskopojë, on s'en souviendra... De la nuit bien sûr , mais aussi du charmant monastère isolé en pleine forêt et de notre recherche infructueuse du pope pour obtenir la clé de l'église principale. Une véritable halte bucolico-montagnarde !

 

4 – 6 OCTOBRE 2013 – J+67 à J+69 – Lac de Presta – Lac d'Orhid

Et si pour changer, on parlait... bouffe !

 

A défaut de découvrir le lac d'Orhid depuis la Macédoine, c'est son côté albanais que nous avons été visité. Sur la route pour rejoindre notre lieu de villégiature du soir, nous avons bien pu constaté que la présence des lacs jouaient dans la gastronomie locale. En effet, sur plusieurs kilomètres, les vendeurs de poissons se succédaient, agitant leur prise encore vivante à bout de bras puis la rejetant, une fois le véhicule passé, dans l'aquarium de stockage situé à quelques mètres de là. Ander a bien tenté d'en amadouer un pour lui faire le portrait mais le zozo ne voulait pas en démordre, fallait lui en prendre un, sinon rien. On se serait bien laissés tenter, vu le prix mais on ne savait pas encore où on allait dormir et sans ça, impossible de savoir si on pouvait cuisiner. On a finalement bien fait parce que le mec du camping où on a finalement pieuté nous a expliqué que ces vendeurs truandaient gentiment les poids et qu'ils savaient aussi reconnaître les novices (en l'occurence, nous) pour leur vendre du poisson lambda à la place du « koran » (sorte de carpe locale provenant des lacs de la région). Bon, en même temps, on s'en été déjà tapé quelques tranches lors de notre halte du midi sur le lac voisin, le lac de Presta. Rien de bien folichon niveau goût mais disons qu'on a apprécié de manger du poisson frais, ça commençait à nous manquer.

 

Un tiens vaut mieux que deux tu auras

 

Lorsque nous nous sommes réveillés le premier matin et que le soleil enjolivait de ses reflets le lac étendu juste à nos pieds, nous nous sommes auto-convaincus... de rester un jour de plus. Nous nous sommes laissés attendrir d'autant plus facilement que la météo annoncée pour les jours suivants n'était pas des plus glorieuse. Et nous avons bien fait ! Le paysage qui s'offrait devant nous et que nous avions à peine vu la veille (cause arrivée tardive) était splendide, inspirant à Ander l'une de ses plus belles citations, un truc du genre : « Qu'est-ce que j'aime vivre ma vie ! » Les facebookiens la rectifieront d'eux-mêmes. Pour ma part, pas d'inspiration mais une belle session « trampoline » (grande classe le camping, non?! A defaut d'avoir de l'eau chaude, on avait un trampoline) avec notre petit bout, vue sur le lac ! Bon, on a quand même fait l'effort de se mouvoir jusqu'à la ville du coin, histoire de goûter aux plaisirs de la vie albanaise : parties de dominos endiablés sur le front de mer, « byrek » (feuilletés locaux) aux épinards, fromage ou faillots (faites pas cette tête, c'est vraiment bon!) et session chez le boucher pour une côte de bœufs de mammouth ! Et après, je me demande pourquoi j'arrive pas à perdre mes derniers kilos superflus !

 

Comme si le temps s'était arrêté

 

Avant d'attaquer la capitale, Tirana, nous nous sommes accordés une interlude campagnarde des plus agréables, la visite du village de pêcheurs de Lin. Rien d'aventureux à raconter, pas d'Unesco à comptabiliser... Non, simplement, une succession de scènes de vie immanquables et quelques moments de pureté à vivre. Finalement beucoup de délicatesse qui laisse un petit goût tout doux. Par où commencer ? Par l'appel du simplet du village qui fait signe à Ander de s'approcher pour lui serrer la main tout simplement. Peut-être aussi par ses mamies accroupies devant leur porte en train de tricoter d'épaisses chaussettes en laine. Ou encore par ce papi qui demande à Oihana de descendre de mes épaules pour lui serrer la main et lui taper la causette. Je pourrais aussi continuer avec ses deux jeunes filles qui tentaient de suivre Oihana discrètement avec leur peluche en guise de bébé dans les bras tandis que le groupe des garçons s'entraînaient à tirer à l'arc artisanal qu'ils venaient de se fabriquer. Et je devrais terminer avec ces personnes qui sautaient à pied joint de toute leur force pour faire sortir les chataîgnes de leur coquille, sans oublier cette Mercèdes qui s'est révélée être le marchant ambulant du coin, déglutissant son stock de vêtements en plein milieu de la place centrale.

 

 

 

En l'espace de quelques jours, on a bien senti le changement de décor d'avec la Bulgarie et avec tout ce qu'on a vu jusqu'à maintenant. On sent qu'il y a un monde avec l'Occident. Pourtant, même dans cette partie reculée de l'Albanie, les jeunes semblent toujours aussi stylés mais le simple fait de faire ses courses dans de petites échoppes de quartier parce que les supermarchés n'existent pas nous dépaysent. A voir ce que la façade ouest du pays nous réserve.

 

 

6 – 8 OCTOBRE 2013 – J+69 à J+71 – Tirana POURQUOI TANT DE HAINE ?

Comme pour nous signaler un changement de cap, nous avons dû traverser une chaîne de montagnes bien charpentée pour rejoindre la capitale de l'Albanie, Tirana. Et quite à frôler les 1000 mètres d'altitude, on s'est offert l'ancienne route reliant la ville d'Elbasan à Tirana (en évitant la toute nouvelle autoroute... car oui les choses bougent en ce moment en Albanie...), l'une des plus belles routes de notre périple. La Transalpine roumaine n'a qu'à aller se rhabiller ! Une soixantaine de kilomètres de sinuosité à flanc de crête et de points de vue à 360° sur des paysages escarpés, comme inaccessibles. Heureusement qu'on savait qu'on se rapprochait de la côte parce qu'on aurait presque été effrayés de savoir ce qui nous attendait si nous pensions rentrer dans les terres.

 

Une population loin de la pègre imaginée

 

Il y a parfois du bon à travailler dans le tourisme... En effet, grâce aux relations d'Ophély dans le « milieu », nous sommes entrés en contact avec un réceptif local. Et franchement, quelle belle rencontre ! Non, nous n'avons pas profité de tarifs particuliers, non nous n'avons pas joué les pros en balade, non, nous n'avons rien fait de tout ça. Nous avons simplement rencontré Roland, un albanais reflétant si bien l'ensemble des rapports que nous avons eu avec les Albanais : adorables ! Une fois n'est pas coutume, on va lui accorder un peu de promotion : www.ecotouralbania.com. N'hésitez pas à prendre contact avec lui pour venir découvrir son pays. On vous le recommande chaudement !

 

On vous souhaite, que comme à nous, il vous fasse partager la culture de ce pays si méconnu chez nous. Rassurez-vous, il est non seulement, très sympa, serviable (oui, parce qu'en plus, pour nous éviter de déplier tous les soirs notre van en pleine rue de la capitale, il nous a gentiment hébergés dans son agence, installée dans un appartement avec tout le confort nécessaire), pro mais aussi patient...et en plus il parle splendidement bien français...(forcément il a fait ses études du côté de Lyon). Ah ça oui, il lui en a fallu de la patience pour nous aider à tracer notre parcours et surtout pour nous expliquer l'histoire des Balkans, loin des amalgames malheureux que l'on divulgue chez nous. D'ailleurs, je ne m'aventurerai même pas à retracer tout ce qu'il nous a appris, de peur de me tromper à nouveau. Si, juste une chose, oubliez des Balkans le terme géopolitique trop galvaudé à mon goût et ne rendant pas justice à une région du monde dont les beautés sont à découvrir en urgence. Retenez simplement que les Balkans sont une zone géographique superbe, aux richesses naturelles et culturelles variées et regardez y d'un peu plus près.

 

D'ailleurs, tant qu'on y est, cassons l'image aussi de la fameuse « vendetta » albanaise. Que Roland me pardonne d'avance mes approximations ! Cette « prise de sang » n'est pas si mafieuse qu'on se l'imagine. Bien sûr, il s'agit du principe de « donnant - donnant » mais il est important de savoir qu'elle repose avant tout sur un code d'honneur ancestral nommé Kanun, aux critères très précis et que ce n'est pas juste sur un coup de tête (enfin d'armes) qu'ils décident de se dégommer direct. Autant de préjugés à s'ôter de l'esprit...

 

Tout ou rien... ou comment avancer positivement avec un lourd passé

 

A part ça, Tirana n'est pas la plus belle des capitales qui soit, c'est sûr. L'empreinte soviétique y a laissé quelques traces plus ou moins disgracieuses comme la fameuse pyramide designée par la fille de l'ancien dictateur et tombant en friches à l'heure actuelle. On retrouve comme dans certaines villes russes cette sensation d'abandon, presque de désolation. Pourtant la ville ou plutot son centre qui s'articule autour de la place principale, recèle de quelques petites perles comme la mosquée Et'Hem Bey (Ses fresques aux motifs végétaux, inspirés de l'art islamique turc, sont simplement superbes et son extérieur composé d'arches cintrées et de colonnes donne un cachet à l'ensemble. Il aurait été dommage de la voir disparaître sous l'ère de Enver Hoxha (le dictateur qui avait déclaré à l'époque l'Albanie comme pays athée. Heureusement, son statut de « monument culturel » l'a sauvée et elle fut le lieu emblématique du retour à la liberté de culte en 1991 lorsqu'une foule de près de 10 000 personnes se pressa à ses abords pour prier. ), le musée national d'histoire avec sa mosaique toute symbolique de ce sentiment de gloire nationale que ressentent les albanais et de ce duo formé par la statue monumentale du héros Skandeberg (dont on vous parlera plus tard) sur son cheval et le drapeau albanais omniprésent dans tous le pays. Et comme pour faire un pied de nez à son passé communiste qui se voulait plus communiste que les russes eux-mêmes, Rolan nous a emmenés boire un verre dans un des quartiers historiques de la ville, le Block. Qezaco ? Le Block était le quartier des belles villas, réservé à l'élite communiste de l'époque. Totalement cloisonné autrefois, ce quartier est aujourd'hui, THE place to be ! C'est le lieu branché où les villas se sont transformées en splendides lounges et où il fait bon passer ses soirées à boire un verre et tapper la causette (finalement ça n'a peut etre pas tant changé que ça...?). Et c'est aussi l'endroit qui concentre pas mal de ces buildings aux peintures criardes que l'on voit souvent pour symboliser Tirana. Pour la petite histoire, c'est le maire de la ville, peintre de profession, qui a décidé d'égayer la grisaille avec des façades multicolores afin de redonner le moral aux habitants. Bon, honnêtement, ce n'est pas si flagrant que ça et malheureusement, la décrépitude ou le manque d'entretien de pas mal d'immeubles ne donnent pas aujourd'hui une impression de gaité enthousiaste. En revanche, c'est devenu un phénomène de mode à travers tout le pays où les constructions récentes, aussi bétonnées soient-elles, s'arment de tonalités plus ou moins de bon gout !

 

Et enfin, pour prendre un peu d'altitude on s'et même offert une pause à la Sky Tower dont le bar panoramique tourne de 360° en 1h, de quoi faire un beau tour d'horizon de la ville... quand on vous dit que ça bouge vite dans le coin...

 

8 OCTOBRE 2013 – J+71 – Krujë IL FAUT QUAND MÊME QU 'ON VOUS PARLE DE « SKANDERBEG »

Après 48 heures dans la capitale où l'ambiance mouvante commençait à nous séduire, nous avons du reprendres la route. Pas pour très longtemps puisque notre stop suivant n'était qu'à quelques encablûres de Tirana : Krujë et sa fameuse citadelle connue dans toute l'Albanie. Mais pourquoi donc, me demandez-vous ? Et bien parce qu'elle abrite le château de Skanderbeg, reconverti en musée. Le château de qui ?! Skanderbeg ! C'est le héros national ! L'illustration personnalisée de la résistance face à l'ennemi Turcs, durant le XVème siècle. Son drapeau est d'ailleurs devenu le drapeau de l'Albanie lors de son indépendance en 1912 ! Si le musée est agréablement aménagé, nous avons surtout été charmés par la confidentialité de sa forteresse. A peine avions-nous descendu une ruelle qu'elle semblait nous appartenir. Pourtant, elle est encore habitée de nos jours et nous avons eu le plaisir de tomber sur un de ses occupants, un petit papi tout gentil qui nous a fait visiter humblement la délicate mosquée (ou tekke, nous n'avons pas bien pu nous faire comprendre pour en être sûrs) qu'il garde avec bienveillance. Même Oihana a fondu sous ses bisous et s'est laissée aller à de nombreux sourires dans ses bras. Un joli moment d'échange.

 

9 - 10 OCTOBRE 2013 – J+72 à J+73 – Shkoder – Koman IL PLEUT, IL PLEUT TOURISTES... RENTRE DANS TON CHILLY BLANC

A croire que la météo voulait nous faire payer le fait de s'être accordés un peu de bon temps sur le lac d'Ohrid parce que depuis notre arrivée sur Tirana, le ciel se dégorgait tranquillement sur nos têtes. Dans la capitale, nous avions même dû écourter notre balade au marché à cause de la pluie mais la suite n'allait pas être bien meilleure. En même temps, c'est un peu la saison et puis ce n'est pas quelques gouttes qui allaient altérer notre motivation d'aller voir l'une des merveilles du nord du pays, le lac de Koman.

 

Et de deux... (et ce n'est qu'un début)

 

Shkoder était pour nous juste une halte sur le long trajet pour le nord du pays et Koman, notre véritable point d'intérêt mais nous avons été agréablement surpris par sa forteresse. Pourtant, on sortait tout juste de celle de Krujë mais celle-ci s'est révélée plus majesteuse sur son piton dominant le plus grand lac des Balkans et des bras de rivières entrelacés. Et puis, nous avions décidé de faire de la météo, une amie. Le deal était clair, parapluie et Gore-Tex obligatoires, en échange de quoi, elle nous assurait tranquilité et scènes de brume épaisse recouvrant çà et là les parois pierreuses à flanc de collines, laissant transparaître sporadiquement les murs d'enceinte au-dessus de la ville étalée à ses pieds. Juste ce qu'il fallit de mystère pour se projeter dans le temps et laisser aller notre imaginaire à ce que ces lieux avaient pu vivre en temps de siège ; notamment celui qui dura sept mois ous la période ottomane faisant de cette cité la dernière ville catholique non occupée d'Albanie. La mariée du jour venue pour ses photos de mariage a dû moins être convaincue de la négociation parce qu'en deux-trois coups de cuillères à pot, les clichés étaient terminés ! En même temps, ils n'avaient pas prévu les pébroques, quelle idée ! Cela n'a pas empêché la convivialité d'un des invités à nous offrir deux cigarettes pour marquer l'occasion. Rassurez-vous, on s'y est pas mis. Elles finiront quelques jours plus tard dans la bouche d'une suissesse rencontrée dans un camping.

 

Un fjord sur la côte méditerranéenne ! T'as fumé ou quoi ?!

 

Je ne sais pas pourquoi j'étais si persuadée qu'il fallait aller voir Koman mais je sentais qu'il fallait y aller. Peut-être les images aperçues dans le guide, peut-être le reportage d'Envoyé Spécial sur l'Albanie ou peut-être tout simplement l'instinct. Peu importe. Pourtant, aucune condition n'était véritablement réunie mais nous avons persisté et signé. Et à raison mais avant la récompense, nous avons dû nous armer de courage (enfin, Ander surtout puisque c'est lui qui se tape la conduite) pour faire face à deux heures d'une route défoncée pour seulement une trentaine de kilomètres. Ah, Chilly, il s'est accroché et a fait du bon boulot ! Il s'agissait pourtant autrefois de l'axe principal reliant l'Albanie au Kosovo mais depuis la construction d'une nouvelle route plus au sud (qui transforme 8h de conduite sportive en 2h de route pépère... quand on rous le répète que tout change...), l'entretien de celle-ci laisse à désirer, enclavant chaque jour davantage la région.

 

Arrivés à Koman, nous n'étions pas encore au bout de nos surprises car il nous fallait encore trouver le camping. Un allemand rencontré en Roumanie nous avait garanti son existence mais notre première vision du hameau nous a laissé à penser que cela faisait peut-être belle lurette qu'il n'avait pas mis les pieds ici. Ben figurez-vous que nous l'avons trouvé ce camping-hôtel ! Enfin, cette esplanade en bord de rivière où il nous a été possible de brancher notre prise dans une des chambres de l'hotel et de prendre une douche chaude et un repas succulent sous un pont (oui, l'infrastructure générale est installée dans le pont de la route qui passe au-dessus et qui traverse la dite rivière). Un tantinet étrange donc mais un accueil toujours aussi remarquable !

 

Toutes ces aventures pour quoi me direz-vous ?! Tout ça pour une croisière sur le lac Koman comme je vous l'écrivais plus haut. Enfin à la base le but était de prendre le ferry qui traversait le lac mais avec la baisse de fréquentation la route qui vient derrière n'est plus pratiquable et le ferry ne prends plus de vehicules...Et alors ?! Alors, on a loué un bateau rien que pour nous et ça valait carrément le coup ! Incontestablement. Autant vous conseiller de suite de vous rendre sur les photos, à moins que ce ne soit déjà fait car il est difficle de décrire avec des mots la couleur laiteuse émeraude de l'eau ou encore l'impression de bout du monde avec les nuages accrochés à flanc de falaise. Par contre, ce que les images ne transcrivent pas, ce sont nos regards effarés lorsque le conducteur du bateau a fait demi-tour après une heure et demi d'une somptueuse balade devant un baraquement isolé de chez isolé dans un des bras du fjord et nous a fièrement annoncé que c'était chez lui ! Waoouhh ! Lui au moins, il n'a pas de soucis avec les voisins. Il a d'ailleurs été obligé de mettre en route le haut-parleur pour en interloquer un et lui taper la causette par micro interposé !

 

 

 

11 – 12 OCTOBRE 2013 – J+74 à J+75 – Berat AH ! UN PATRIMOINE MONDIAL DE L'UNESCO

Même si Koman nous a beaucoup plu, on n'était pas mécontent de rejoindre la côte. Sur un malentendu, on se disait qu'on pouvait retrouver le beau temps. Et bien, le malentendu a été plutôt au rendez-vous puisque notre inscursion du côté de Durres, principal port du pays à une cinquantaine de kilomètres de Tirana, nous a offert de renouer avec des températures cordiales et de remettre shorts et tee-shirts. Et si notre passage à Kavajë (encore un peu plus au sud de Durres) n'avait pas eu pour simple but de couper la route pour notre visite suivante (Berat), on se serait laissés aller à bronzouiller quelques heures sur la « promenade » du camping où nous avions élu domicile pour la nuit, et peut-être même tenté une baignade dans les nuancés de turquoise.

 

Mais l'appel de l'Unesco a été le plus fort et nous avons pénétré à nouveau les montagnes pour atteindre Berat, la « ville aux mille fenêtres ». Et là, pas de déception, un Patrimoine digne de ce nom nous attendez. Les dizaines de maisons aux façades blanches agglutinées les unes sur les autres à flanc de colline ne pouvaient que nous captiver. Sans parler du labyrinthe de ruelles pavées qui nous offrait de crapahuter à travers le village paisible et trouver un peu de fraicheur face à un soleil de plomb que l'on était très heureux de retrouver. Notre balade n'a pas été sans nous rappeler une ou deux villes-musée bulgares, avec un cachet de désuétude en prime et surtout la présence d'une grande et belle citadelle toujours habitée perchée juste au-dessus de l'ensemble architectural.

 

Cette halte a aussi été l'occasion de visiter un tekké (cette fois-ci, sûrs et certains), lieu de culte du bektashisme, religion partie de l'islam et influencée par le christiannisme. Même si les principes restent encore un peu obscurs pour nous, cela ne nous a pas empêché d'apprécier amplement les fresques des lieux et les portes en bois sculptées.

 

Berat restera aussi l'emplacement de notre premier camping sauvage albanien, en pleine rue une fois de plus. Et si nous appréhendions cette liberté en Albanie plus qu'ailleurs, cela fut bien à tord, bercés par notre imaginaire plutôt que par la réalité parce que tout s'est bien passé et que cela n'a absolument choqué personne. Le système D, c'est un peu un second language ici ! Le plus délicat dans cette histoire de dodo a été de bien comprendre où il nous était permis de rester le soir et la nuit parce que la rue principale où nous avions initialement posé le van nous avait été interdite. Si cela a d'abord attisé nos criantes, nous avons capté les raisons la nuit tombée, moment où l'artère devient piétionne et où le village entier semble se donner rendez-vous pour la balade digestive.

 

 

 

12 – 13 OCTOBRE 2013 – J+75 à J+76 – Apollonia d'Illyrie SUR LES TRACES D'OCTAVE

Lancés dans notre exploration culturelle du pays, Apollonia a recueilli nos fesses et notre van. Cité antique d'origine grecque puis port romain et ville ayant reçu Auguste, venu parfaire son éducation, elle a bien daigné nous faire partager un peu de son histoire. Par on se sait quel miracle, ce port prospère de la côte illyrienne à proximité de la Via Egnatia (voie principale romaine reliant Thessalonique à Byzance), n'a subit aucune urbanisation postérieure à son apogée antique. Pour notre plus grand plaisir vous vous doutez bien car le site est à l'écart de la ville, juché sur une colline avec pour seul parterre des plaines où viennent paître les moutons. Nous avons donc passé la journée entre enrichissement intellectuel parental et débrouilladise aventureuse enfantine, en compagnie des ruines du monument des Agonothètes, de celle de l'Odéon ou encore du théâtre et des bains, pour ne citer que les plus « visibles ». Parce qu'en observant les alentours, on devine aisément que de nombreux restes someillent encore sous terre.

 

Pour l'anecdote du jour, on vous parlera des deux gentils loustics de gardiens de nuit avec lesquels Ander a négocié pour qu'on puisse rester dormir au pied du site. Loustics parce que quand on leur a dit qu'Ophély était originaire de Bordeaux, ils ont de suite remonté la filière de la … cocaïne : Colombie, Turquie, Grèce , Albanie,... Bordeaux ! Mais gentils parce qu'ils ne pensaient pas à mal et nous ont fait visiter certains lieux à la nuit tombée, notamment le clocher normalement fermé aux touristes, nous permettant de dominer les 80 hectares du site dans leur intégralité ainsi que les derrières de l'iconostase du montastère.

 

 

 

13 – 14 OCTOBRE 2013 – J+76 à J+77 – la Riviera albanaise RIVIERA... UN MOT QUI FAIT REVER

En ce dimanche, jour du Seigneur, il était enfin temps d'aller se dorer un peu la pilule. Nos cerveaux et nos pauvres corps, bien que revigorés par tant de belles révélations, ne demandaient qu'à prendre un peu de repos et de couleurs ! A nous, la Riviera albanaise !!! Rien que le mot nous faisait saliver ! Mais bien sûr, cela aurait été trop simple que tout s'enchaîne et que l'on trouve la petite crique isolée nous attendant avec un beau camping pour rincer le sel après la baignade. Forcément, ça ne s'est pas passé tout à fait comme ça. ..

 

Sûrs de notre coup sur la présence d'un camping à Dhermi, village de la côte, nous avons commencé par nous accorder un déj fort sympathique dans un resto dominant l'une des villes les plus bétonnées de la région, Vlorë. Oui mais voilà, nous sommes clairement hors saison et si nous, nous trouvions les températures plus que clémentes, les toursites albanais ont depuis longtemps repris le chemin des écoles et les locaux commencé les travaux d'amélioration ou de remise en état pour l'année prochaine. Alors, le farniente à Dhermi, on a dû oublier et on a poussé jusqu'au village suivant, Himare où une famille nous a superbement accueilli dans son petit camping de bord de plage. Et oui, encore ! En plus, ils avaient une petite fille de 4 ans prénommée Oliana ! Je vous laisse imaginer les imbroglios avec les prénoms et la liberté que notre Oihana s'est accordée, faisant de leur caravane son terrain de jeu ! Le début de l'indépendance...

 

Au-delà de la partie balnéaire, (qui, nous, devons l'avouer nous a laissé sur notre faim, en tout cas, à ce niveau-là de la côte), nous garderons un souvenir mémorable de la route de la Riviera ! Reliant Vlorë au nord à Sarandë au sud, un seul mot peut la caractériser : MAGNIFIQUE ! Celle d'Elbasan avait déjà retenu notre attention mais là, on grimpait encore un cran au-dessus. Une route de montagne sinueuse à souhait dominant une mer aux reflets turquoises où l'on croise comme par enchantement des mini-canyons rougêatres tranchant net avec le vert de la multitude d'oliviers centenaires, des petits hameaux de pierres au cœur déserté et même des bases de sous-marins russes à moitié mais seulement à moitié abandonnées... Que demander de plus ?! A si, que la côte continue de se prémunir du foisonnement de buildings bétonnés que d'autres côtes connaissent déjà mais surtout que les Albanais prennent soin de ce bijou et s'attaquent rapidement à un fléau avant qu'il ne soit trop tard : les déchets. Quel gâchis que de débarquer au détour d'un virage sur une décharge à ciel ouvert et de voir les poches plastiques voleter au vent alors que l'arrière-plan est on ne peut plus splendide !

 

14 – 16 OCTOBRE 2013 – J+77 à J+79 – Ksamil – Butrint A LA RECHERCHE DE LA PLAGE « CARTE POSTALE »

Oui ? Non ? Oui !

 

Nous aurions bien fait perdurer avec plaisir sur des kilomètres et des kilomètres ses panoramas extraordinaires mais la Riviera albanaise est finalement petite et très vite, nous sommes arrivés à son terme, accueillis par une station balnéaire à la Benidorm, blaukaus et compagnie : Sarandë. Bien évidemment, aucun camping ne nous attendait dans cette cité exclusivement tournée vers le tourisme, ravie de recevoir les déferlements de touristes venus de Corfou. Alors, qu'est-ce qu'on a fait ? Et bien, comme d'hab, on a poussé jusqu'à Ksamil, à une quinzaine de minutes de là, sur une presqu'île entre lac et mer et on a fini par le trouver ce fameux camping ouvert et hospitalier qu'on espérait tant. Et plus que le dodo confortable, c'est particulièrement cette fameuse plage de « carte postale » que nous cherchions, sur laquelle on a fini par tomber ! Ksamil, la plage des trois îles ! Le petit paradis ! Eaux maldiviennes, sable blanc fin, petits îlots reliables à la nage, restaurant avec terrasses au-dessus des flots... Le régal ! Bon, on va pas vous en faire des tonnes non plus, on sit que certains nagent déjà dans la grisaille et le froid. En tout cas, à quelques jours de la fin de notre périple, on n'en demandait pas tant ! Enfin si, mais on espérait pas le trouver ! On s'est même tâtés à chambouler notre programme pour rallonger le séjour mais les jours suivants annonçaient de la pluie. Pas question de rester sur une mauvaise note !

 

 

 

Un peu d'archélogie au passage

 

Bon, on n'est pas venu à Ksamil que pour le camping non plus... Quand même, on n'est pas comme ça ! En fait, le coin recèle un petit joyau archéologique de toute beauté, Butrint. Dissimulé au cœur d'un Parc National, il s'agit d'une cité antique, dans la droite lignée d'Appolonia, mais qui a cette fois-ci évoluée avec l'Histoire. Habité depuis les temps préhistoriques, le site a été tour à tour colonie grecque, ville romaine, évêché (les restes de la basilique sont d'ailleurs époustouflants) avant de passer sous domination byzantine puis occupation vnitienne et enfin lieu de vie d'Ali Pacha, gouverneur de région pour le compte de l'empire Ottoman. Ce n'est pas pour rien que l'Unesco lui a décerné son label « Patrimoine Mondial ».

 

Bon, sa situation en plein cœur de marécages nous a valu quelques bonnes piqûres de moustiques mais la verdure du Parc National nous a également projetés en Indiana Jones en puissance ! Traversant la végétation luxuriante, se projetant dans le temps pour imaginer à travers chaque ruine la splendeur originelle des lieux et l'histoire mouvementée qu'a connu le site, il ne manquait presque plus que les fromagers pour retrouver ici un soupçon de la magie d'Angkor !

16 – 17 OCTOBRE 2013 – J+79 à J+80 – Gjirokaster LA VILLE EST COMME NOTRE HUMEUR... GRISE

Même si la réverbération du sable blanc de la plage de Ksamil semblait nous avoir laissé quelques persistances rétiniennes, il était temps pour nous de partir vers d'autres horizons, montagneux à nouveau. On a bien tenté de faire languir les choses avec une petite halte du côté du « Blue Eye », une source d'eau souterraine qui remonte le long d'une cheminée sous-terraine sur plus de quarante mètre avant de déboucher à la surface sous forme de bouillonnement bleu azur. On a aussi pris le temps pour s'accorder un passage radio supplémentaire, toujours sur le Mouv (Allo la Planète), version féminine cette fois-ci. On ne pouvait pas ne pas promouvoir l'Albanie où les deux semaines passées ont défilées, ppss, comme ça ! Malgré ça, on a finit par atteindre notre dernier point de chute albanais, Gjirokaster. On nous avait recommandée de visiter cette « cité de pierre » qui semble grimper sur la montagne dans les mêmes dégradés de couleurs que la roche alentours. Mais bizarrement, nous ne sommes pas tombés sous le charme. Comme nous, elle semblait de mauvaise humeur. Le temps était maussade et son architecture (pourtant classée à l'Unesco) apparaissait toute tristounette... Même la visite de la citadelle nous a collé des frissons dans le dos. D'abord, lorsque nous avons traversé ce qu'ils appellent la « galerie » ; nous y avons été surpris par une enfilade de niches obscures où étaient logés des vestiges (canons, tank, armes lourdes) de la dernière guerre. Lugubre ! Un peu plus et on aurait sursauté de voir sortir un soldat tapi dans la pénombre. Cela n'a pas été tellement mieux lors de notre arrivée sur l'esplanade où l'on a constaté que les herbes sauvages envahissaient ce qui avait servi le siècle dernier de garnison puis de prison. Seule la fin du promotoire avec sa tour de l'horloge dominant majestueusement la belle vallée nous a mis un peu de baume au cœur. Notre petite balade au cœur de la cité a bien tenté aussi de nous ravir quelques réjouissances mais la pluie a été la plus forte et les pavés mouillés ont eu raison de notre motivation. Direction le troquet pour un dernier raki... Comme pour oublier que nous partions pour la Grèce le lendemain. Finalement, nous étions tout simplement mélancoliques.