28 - 30 SEPTEMBRE 2009 – J+51 - J+53 – « PULA »

 

Malgré la proximité géographique avec le Zimbabwe, changement radical d'ambiance pour nous lors du passage de la frontière, car, outre le changement de climat politique, nous avons également changé de climat « touristique ». De volontaires « Planète Urgence », nous sommes devenus clients « &Beyond », tour-opérateur de luxe. Et là, bien qu'ayant été superbement bien accueillis par l'équipe de DART et de SAVE, nous ne pouvons nier avoir changé de catégorie : luxueuse tente en plein bush avec WC « normaux » intégrés (s'il vous plaît, mesdames, messieurs...), douche suspendue chauffée, petites serviettes rafraichissantes dès notre retour de Game Drive (safari en 4X4 pour observer la faune), feu de camp et dîner aux chandelles avec alcool à volonté... Et nous en passons... Bref, le luxe avec un grand L !

Et comme si « l'infrastructure » ne suffisait pas, nos premiers jours dans le Parc National de Chobe, au nord-est du Botswana, nous ont offert un magnifique spectacle animalier. Encore un ! On se serait cru au cœur d'un zoo géant, les animaux nous entouraient de partout. Même pas effarouchés lors de notre passage, on aurait presque pu les toucher ! Bref, on ne savait même plus où donner de la tête : des dizaines d'éléphants, des babouins en pagaille, des impalas forcément et surtout un magnifique bébé léopard ainsi que deux lionnes avec leurs lionceaux. L'une d'elle nous a même offert l'incroyable spectacle : une tentative de chasse de quelques antilopes rouannes non loin de là, malheureusement infructueuse. Sans oublier la splendide croisière sur la rivière Chobe où nous avons assisté à la nage de deux éléphants. Non, non, ne rigolez pas, c'est très sérieux. Ces pachydermes sont très doués en brasse et traversent tranquillement les eaux frontalières de la Namibie et du Botswana, utilisant leur trompe en guise de tuba, sous le regard halluciné des touristes !

Mais il fallait bien que ces moments de pur plaisir aient quant même leur touche « rafraîchissante ». Et bien oui, vous l'aurez peut-être deviné... nous nous sommes pris un saucée sur le baigneur digne des plus belles averses basques ! Tranquillement en train de chercher le léopard, une vilaine pluie tropicale (« pula » en langue locale, le setswana) s'est invitée parmi nous et comme cela n'est pas vraiment coutume à cette saison, notre véhicule n'était pas ce que l'on peut qualifier d'équipé pour lui faire face. Enfin pas complètement... Les voitures à touristes étant totalement décapotables, les guides emportent avec eux une bâche protectrice en cas de pluie. Mais notre guide, un peu trop optimiste, n'a pas jugé bon de la mettre en place bien que l'évidence même annonçait la pluie... Et comme il n'arrivait pas à la mettre en place tout seul, il a bien fallu que quelqu'un s'y colle... Et devinez sur qui s'est tombé ? Bibi Ander, bien sûr ! Bilan des courses : 4 touristes « haut de gamme » trempés jusqu'aux os, la mine déconfite, une Ophély « pluvieusement » décontractée, un Ander hilare de voir tout ce petit monde acculé par de l'H2O et un guide même pas stressé qui nous gratifiera d'un splendide : « Welcome to Chobe » !

30 SEPTEMBRE – 2 OCTOBRE 2009 – J+53 - J+55 – FLYING SAFARI

 

Très vite remis de notre petite douche naturelle au camp de Chobe (après le Zimbabwe et nos sorties nocturnes off-road, on a le cœur bien accroché), nous nous sommes envolés pour notre deuxième étape : Savute. Et si nous sommes partis d'un aéroport « international » (Ander y a d'ailleurs bien observé des annonces de recrutement de contrôleurs aériens qualifiés !) correspondant à l'idée que l'on se fait d'un aéroport (comptoir d'enregistrement, détecteur de bagages, hall d'attente... Mais le tout en mini), notre atterrissage fut beaucoup plus... sommaire ! Une bande de terre blanchâtre, perdue au milieu de nulle part, entourée de végétation abondante et dont la seule trace d'activité humaine consistait en notre avionnette de 12 places et un véhicule 4X4 venu nous récupérer.

A Savute, on a retrouvé le même camp sous tente de luxe et les mêmes attentions le tout dans un air de bush plus ensablé. Malheureusement, si la zone est réputée pour sa densité en animaux, l'endroit était assez vide (le mot vide reste tout du moins très relatif, mais le Chobe a été vraiment exceptionnel...). Faute aux pompes endommagées qui alimentent artificiellement certains points d'eau en fin de saison sèche. Heureusement, notre guide Pat, exceptionnellement professionnel, nous a drivé comme un chef sur les traces de deux lions, deux frères, l'un à la crinière foncée et l'autre claire. Ils auront animé nos trois jours avec leur allure élégante, leurs yeux à pétrifier un clown et leurs splendides canines !

Pour finir, si vous pensez qu'un avion touristique de 12 places doit être le format minimum pour un transfert de brousse, et bien vous vous trompez. Notre transfert suivant s'est opéré dans un coucou de... 6 places seulement, dont le pilote et les bagages ! Et plus c'est petit, plus c'est « bumpy », comme ils disent ici (mouvementé, turbulent). Les deux guides Motswana présents dans l'avion ne pourrons que le confirmer. Car si l'un d'eux a poliment résisté jusqu'à l'atterrissage avant de rebaptiser le bord de la piste, l'autre a eu beaucoup plus de mal à refréner sa force de régurgitation et a pour ainsi dire explosé en plein vol ! Au final, le guide de devant s'est retrouvé tout éclaboussé de la sublime mixture. Le tableau de bord lui, n'a reçu que les restes, dessinant à merveille la silhouette de l'arrosé ! En résumé, des expériences aériennes comme l'Afrique sait si bien les offrir et pour lesquelles nous ne pouvons que lancer une spéciale dédicace à Marisol ! Mais, soit dit en passant, les paysages sont somptueux et le plaisir de voir déambuler la faune depuis les airs reste un moment inoubliable.

2 – 5 OCTOBRE 2009 – J+55 - J+58 – DELTA DE L'OKAVANGO

 

Nous avons vécu notre trois dernières nuits comme des pachas dans le delta de l'Okavango, joyau du pays et seul delta au monde à ne jamais gagner l'océan. Et pour en profiter jusqu'à la dernière seconde, nous avons vécu au rythme effréné des activités du splendide camp permanent de Nxabega (les deux premiers étaient des camps de tentes mouvants et donc plus « sommairement » aménagé).

Au programme : mokoro (embarcation traditionnelle ressemblant à un canoë utilisée pour traverser le delta), game drive, night drive (safari de nuit), marche dans le bush, pause piscine, balade en bateau à moteur sur l'Okanvago au coucher du soleil avec option pêche verre de rouge à la main (autant préciser que ce n'était pas le même succès que la pêche à la morue islandaise, même si Ander a tout de même réussit à faire une prise...)... Tout y est passé ! Et de surprises en surprises, nous sommes allés !

Tout d'abord, pour continuer la comparaison islandaise, nous avons eu l'occasion de tester les passages à gué version « delta » et autant dire que cette fois-ci, ce sont les africains qui l'emportent haut la main. Notre chauffeur, à bord d'un Toyota Landcruiser (notez que ce n'est pas tout à fait la taille d'un Jimny), nous a gentiment demandé de mettre sur les sièges tout ce qui était au sol, y compris nos pieds, et s'est gentiment... déchaussé ! On a vite compris pourquoi quand on a traversé les bras de rivière et que l'eau a pénétré de plus d'une dizaine de centimètres dans l'habitacle. Oui, oui ! Bain de pied gratuit !

Ensuite, non seulement nous avons de nouveau eu la chance d'observer un léopard en train de digérer une impala dans un arbre, mais nous avons surtout eu l'exaltation de voir monter dans un autre arbre cinq lionnes. Promis, juré, craché... Signalons que ces animaux ne sont pas censés faire cela et même les guides en étaient estomaqués !

Enfin, le dernier jour, sur la route de retour d'un beau night drive, nous avons aperçu des lumières au loin et pensions alors nous rapprocher du camp. Mais quelque chose clochait : la hauteur des lumières, le sourire du guide, la route que nous ne reconnaissions pas... Et puis, soudain, la révélation : un dîner dans le bush ! Des dizaines de lampes à pétrole, dans l'arbre, autour des tables, à côté des « cuisines », prêts du feu... Un spectacle pyrotechnique en plein bush ! Le décor, l'ambiance, la surprise ont été tels que même les hyènes se sont invitées en fin de repas pour finir les restes !

Mais comme toute bonne chose a une fin, il nous a fallu rejoindre la ville de Maun pour envisager la suite du voyage, version « Ander et Ophély » !

6 – 8 OCTOBRE 2009 – J+59 - J+61 – LES DIEUX SONT TOMBES SUR LA TETE

 

Après une pause technique et administrative à Maun, nous nous sommes tranquillement dirigés vers Ghanzi, petite ville de l'ouest du Botswana, berceau du peuple San. Les San, plus connus sous le nom de « Bushmen », ce sont ces petits hommes du bush à la peau dorée, arc et flèches toujours en bandoulière, préférant nettement les peaux de bêtes au costume Armani. Leur langage ressemble plus à un ensemble d'onomatopées, de clicks de langue, de raclement de gorge qu'à une ensemble de paroles articulée et ils sont connus pour avoir reçu une magnifique bouteille de Coca en guise de « cadeau divin » dans le film « Les dieux sont tombés sur la tête ». Malheureusement, aujourd'hui, tout comme leurs confrères les aborigènes d'Australie, une majorité d'entre eux a abandonné la culture du San chasseur-cueilleur pour succomber au mirage des villes avec, toujours les mêmes ravages d'alcoolisme, de mendicité et de racisme... Heureusement, l'état du Botswana a réalisé l'importance de cette culture et a décidé de soutenir, dans la mesure du possible (le pression diamantifère étant parfois plus importante...), les projets de sensibilisation et de promotion de la culture San.

Notre rencontre avec certains des derniers défenseurs de cette ethnie fut particulière : on ne sait jamais vraiment où sont les parts de folklore touristique et de « vraie vie » dans tout cela. Notre rencontre s'est trouvée facilitée par un jeune guide d'origine San mais parfaitement intégré à la culture botswanaise et anglophone, qui nous a offert l'opportunité de « dialoguer » avec eux et de comprendre qu'ils tentaient de conserver et de partager au mieux leur culture. Plus précisément, nous avons découvert deux pans de cette culture : les danses et chants traditionnels ainsi que la capacité de survie dans le bush. Les danses et chants traditionnels ont lieu autour du feu, la nuit tombée. Tandis que les femmes chantent et tapent dans leurs mains pour imposer le rythme, les hommes tournent autour du feu tapant fermement des pieds sans bouger une once du haut du corps. Chaque chant a sa symbolique, de la chasse au serpent en passant par la déclaration d'amour... Voir ces hommes faire trembler le sol à la force de leurs jambes est impressionnant ! Il faut savoir que lors de rares occasions, ces danses les conduisent à l'état de transe profonde. La survie dans le bush est, elle, conditionnée à une connaissance extrême de celui-ci et notamment de ses plantes. Outre les multiples plantes médicinales, celle qui fut la plus surprenante, c'est la « Water plant » (plante à eau). C'est un tubercule gorgé d'eau, dont une partie une fois râpée (l'autre partie sera replantée pour qu'elle puisse repousser...) peut être essorée soit dans la bouche soit sur le corps, et dont les capacités énergisantes et adoucissantes sont un must. Red Bull et l'Oréal n'ont qu'à bien se tenir !

Toutes ces gestes s'intègrent dans un esprit de respect de l'environnement, les San sont d'ailleurs reconnus pour être le peuple dont l'existence a l'impact le plus faible sur la planète... De quoi laisser réfléchir !

 

Devenus parfaits apprentis « bushmen », enfin presque, il nous fallait bien reprendre la route et là, on s'est vite rendu compte que notre petite escapade dans le désert allait se mériter. Et oui, pas de bus pour relier la ville de Ghanzi à la frontière namibienne ou Windhoek (situé à 500 km de route...). Alors, nous avons fait l'apprentissage d'une nouvelle technique, celle de l'autostop ! Ici, on se met à la station service du coin et on demande aux gens venus faire le plein s'ils ne partiraient pas pour la Namibie et si deux compagnons de voyage bien sympathiques et bien chargés pourraient leur tenir compagnie. Bon, c'était pas gagné car même si la tentative d'Ophély sur le bord de la route a permis d'arrêter quelques voitures, c'était surtout pour ses beaux yeux et très peu pour Windhoek. Heureusement, deux petits touristes allemands ont eu pitié de leurs voisins français (et surtout moins peur de leur peau blanche...) et nous ont déposé à la frontière. Mais si vous croyez que nous étions sortis d'affaire pour autant, que nenni ! Windhoek allait encore s'avérer loin... très loin ! Tout d'abord, parce qu'il a fallu négocier notre sortie du Botswana ! Et oui... nous étions de parfaits illégaux en ce pays, notre guide à l'entrée du pays n'ayant pas jugé pertinent de nous arrêter au poste-frontière afin d'obtenir le sacro-saint tampon d'entrée sur le territoire. Alors, pour obtenir celui de sortie, et bien, il a fallu expliquer, chacun de notre côté, nos versions à deux douaniers différents (aussi gentils que des portes de prison d'Allemagne de l'Est... comprendra qui pourra) pour qu'ils finissent par trouver ça crédible...  « Ppff, de toute façon, ils quittent le pays ! », a fini par conclure l'un des deux. Là, notre course à l'autostop a pu reprendre, nos gentils allemands finissant leur journée à 10 km de la frontière... Très vite, on a trouvé un gentil dépanneur qui rapatriait un 4x4 en panne à Windhoek... L'aubaine ! Bien sûr, les seules places disponibles se trouvaient dans... le 4x4 ! Sans se démonter, on s'est mis au volant de « notre voiture » et avons fait... 25 mètres ! Et oui, nouveau rebondissement, le douanier n'a pas voulu nous laisser passer la frontière comme cela. « Vous devez passer le frontière à pied », a-t-il. Finalement, on a donc passé la frontière à pied et récupéré notre dépanneuse quelques dizaines de mètres plus loin. Malheureusement, au passage, on a perdu nos places dans le 4x4 (c'est illégal en Namibie et ici, ils ne rigolent pas avec la loi, descendance germanique oblige !) au profit des deux sièges à côté du chauffeur. C'est ainsi, qu'après deux heures dans une voiture de location namibienne avec des allemands, trois heures supplémentaires à bord d'un camion de dépannage transportant un 4x4 hors service, un arrêt digestif du chauffeur qui avait des problèmes de transit (pour un fois que c'est un local et pas nous...), deux kilomètres à pied surplombés de nos sacs-à-dos, un coup de fil et une course en taxi plus tard, nous avons atteint la Namibie et notre dodo en « couchsurfing » chez un namibien d'origine indienne un peu loufoque d'une soixantaine d'année pour une bonne nuit après ces 500 km parcourus en une journée. Maintenant, à nous la Namibie !