15 – 18 JANVIER 2010 – J+160 - J+163 – CARTAGENA DE INDIAS

 

Débarquant à 23 heures de notre Dash 8 en provenance de Panama, nous nous attendions à une arrivée quelque peu sportive en Colombie... On a beau voyager, les préjugés ont parfois la vie dure ! Et bien, rien du tout. Tout s'est enchaîné en douceur et parcourir la rue des « backpackers », également réputée pour ses filles de nuit, afin de trouver un dodo a été un jeu d'enfant.

L'impression de tranquillité de la veille s'est confirmée le lendemain lors de notre visite de la ville. Aucun sentiment de danger ne nous a effleuré et l'omniprésence d'une police touristique, véritablement au service du touriste avec plan, conseils et sourire à la clé... Waaouuhh ! ...a fini de nous convaincre... La Colombie allait nous plaire ! Carthagène n'est, paraît-il, pas le reflet du pays mais ce premier contact fut fort agréable ! Quel plaisir de déambuler dans les rues du vieux quartier historique de cette cité coloniale à très forte influence espagnole. Nous y avons retrouvé tous les classiques : de belles maisons aux couleurs chaudes et vives, agrémentées de grands balcons, ornées de fenêtres fleuries laissant entrevoir de somptueux patios intérieurs. Et au-delà de cette architecture typique, l'ambiance au fil des rues pavées nous a tout autant charmés... la musique qui emplie chaque recoin, les démonstrations de danses folkloriques sur la place centrale, le défilé des calèches, l'omniprésence de Botero, les petites mamies aux robes créoles et leur corbeille de fruit débordante... L'incontournable palais de l'Inquisition était bien sûr présent et sa fenêtre des délations a forcément donné des idées à Ander... concernant les pêchers d'Ophély... Mais, il restait encore plus de 200 jours à passer ensemble alors, il a résisté ! Quel homme !

Notre passage coïncidait avec la clôture du Festival de musique classique de Carthagène et nous avons eu la chance d'assister le samedi soir à un concert en plein air de « Mozart », sur le parterre d'un magnifique couvent. Nous avons achevé notre découverte par une agréable balade de nuit le long des remparts pour découvrir le quartier du centre sous un autre jour (enfin, sous une autre lumière plutôt).

Nous nous sommes aussi perdus du côté de Bocagrande pour voir l'aspect plus actuel de la ville. Dans ce quartier, l'heure est plutôt aux buildings et à la plage, esprit station balnéaire de la côte d'Azur avec un faux air de Miami pour le décor. Bon, sur le sable, on ne peut toutefois pas s'y tromper, on est bien en Amérique du Sud ! Les « tentes » (des toiles de cires tendues au-dessus de 2 ou 3 chaises de jardin en plastique blanc pour s'abriter du soleil et recouvertes de publicité « Aguila ») occupent largement le territoire, les marchants ambulants proposent à s'égosiller des « arepas » (galette de maïs remplie de fromage... un véritable étouffe-chrétien), boissons gazeuses et autres snacks en tout genre, les maîtres-nageurs font les cent pas dans leur costume orange, bouée « Alerte à Malibu » à la main... Bref, vous l'aurez compris, un beau bazar !

 

 

19 – 22 JANVIER 2010 – J+164 - J+167 – LA GUARIJA, TERRITOIRE WAYUU

 

Après nos quelques jours en terre de conquête espagnole, nous avons pris la direction de la péninsule de la Guajira, au nord-est du pays, à la frontière vénézuélienne, pour une escapade de 3 jours / 2 nuits en territoire Wayuu, la plus grande communauté indigène de Colombie, ayant conservé lculture et mode de vie.

 

Notre voyage hors du temps (quelques grammes d'électricité jusqu'à 21 heures environ et douches au baquet), a débuté par les salines de Manaure. Il est toujours aussi impressionnant d'observer ce patchwork aux tonalités blanchâtres. D'autant plus, lorsque les hommes déboulent en courant avec des sacs de 40 kg sur la tête, pieds nus, hilares des blagues de leur collègue soit-disant homosexuel ou que d'autres s'activent à grand coup de pelletées pour remplir ces sacs de joutes, couverts de la tête au pied, cagoule noire et gants compris, pour se préserver du soleil mais aussi de la brûlure du sel.

Nous avons ensuite fait route vers Cabo de la Vela, à travers le désert de Carizal. Les guides touristiques nous avaient prévenu : il allait être difficile d'imaginer ces paysages (même lorsque l'on y serait) et encore moins de les retranscrire. Effectivement ! Quel spectacle hallucinant que ces étendues de sables parsemées de cactus effilés, avec, pour arrière plan, une mer opaline déchaînée et aucun chemin défini pour le traverser sinon quelques supposés zigzags pour lesquels même un GPS ne servirait à rien ! Heureusement qu'Emilio, notre chauffeur-guide, et son gros 4X4 étaient capables de circuler les yeux fermés sur ce territoire sauvage.

Et de surprises en surprises, nous sommes allés. Notre première halte nocturne, à Cabo de la Vela, fut tout aussi splendide. L'escalade du Pilon de Azucar, un monticule qui domine le désert et la mer et où le vent y souffle à s'en rompre les poumons, nous a offert un panorama de folie tandis que notre coucher du soleil au « Faro » en compagnie de 3 bus de touristes colombiens venus de la capitale, nous fait prendre conscience de l'importance du tourisme intérieur. Cela nous a fait rire de voir des touristes dans leur propre pays et d'en apprendre un peu plus sur leur mode de vie, mais pour le coucher du soleil romantique, on reviendra.

 

Le 2° jour, nous avons longé la côte, alternant « bahias » (baie) et « puertos » (port). Le stop à « Puerto Nuevo » fut certainement le plus « illégal » : il s'agit d'un port où 2-3 bateaux s'arrêtent par semaine, remplis de marchandises destinées à la contrebande. Défilent alors à chaque passage une ribambelles de camions, sous le regard protecteur des policiers à cheval sur leur mobylettes... après être passés à la caisse, soyons clairs... Leurs chargements font souvent le double de la largeur du véhicule et la présence de nombreuses bâches opaques ne permet pas d'en connaître les contenus. Enfin presque, notre curiosité nous a permis de savoir que tout type de marchandises transitent : électroménager, Hi-Fi bien sûr mais aussi, fromage, lait, gâteaux... Bref, tout ce qui se vend. Bon, on a bien tenté d'obtenir un Ipod à un prix imbattable mais ils étaient déjà réservés à un des marchés locaux. Et puis, on n'a pas trop insisté non plus, on ne sait jamais... Restons prudents avec ce sujet ! D'ailleurs, toujours dans le domaine de la contrebande, de nombreuses voitures qui circulent dans la zone sont des véhicules vénézuéliens volés qui ne peuvent circuler que dans la région de La Guajira grâce à une plaque spéciale verte et blanche. Ils ne sont pas très regardant ici... Faut dire qu'on est en territoire Wayuu, une tribu indienne réputée pour son caractère rugueux et dont le territoire s'étend à cheval entre la Colombie et le Vénézuéla. Alors, les frontières politiques et les règles qui vont avec, ils n'en ont que faire ! Pour illustration, partout ils ont installé des péages « indiens » avec des fils barbelés et des drapeaux rouges tenus par des enfants Wayuu. Rien de légal bien sûr, mais ils cherchent à se redistribuer les retombées économiques de la contrebande. Après tout, on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même !

Passée cette réalité économique, nous avons retrouvé de nouveaux les paysages désertiques avec épineux, alternance de sable et de roches et toujours les ondulations de l'océan en toile de fond sous le soleil, définitivement ! Nous avons même parcouru le site des dunes de Taroa. Incroyable ! Les pentes de sable orange, ondulées par le vent, se jettent, une quarantaine de mètres plus bas, dans la mer, lui donnant une couleur jaunâtre. Et pour se remettre de toutes ses beautés, nous avons déjeuné à la langouste. Oui, oui, rien que ça ! Bon, ce plaisir étant certainement une façon de nous adoucir avant de nous présenter notre dodo à la mode Wayuu : deux « chinchorros » (hamacs) suspendus sous un toit de tôle à quelques mètres d'une falaise dominant une baie aux contrastes colorés digne d'un film. Sceptiques sur la qualité du sommeil que nous allions avoir, cela s'est avéré relativement confortable et seul le vent ininterrompu durant la nuit nous a quelque peu dérangé. Quelle expérience extraordinaire !

 

Le dernier jour, nous avons enfin atteint la pointe septentrionale du continent sud-américain, le « Faro » de Punta Gallinas et avons achevé l'expérimentation de la culture Wayuu par une balade en barque locale pour contempler la baie de l'intérieur : ses petites îles, ses colonies de flamands roses (d'une couleur vive incroyable), ses rives... Nous sommes finalement retourné vers la ville, vous l'aurez compris, des couleurs plein les yeux... avec la sensation d'avoir rêvé !

 

 

23 – 24 JANVIER 2010 – J+168 - J+169 – CA BOUGE CHEZ SHAKIRA

 

Après en avoir pris plein les yeux, nous allions en prendre plein les oreilles (et les yeux aussi mais cela ne le faisait plus pour commencer...) ! Direction Barranquilla ! Déclaré Patrimoine oral et intangible de l'Humanité à l'Unesco depuis 2003, le carnaval de Barranquilla (du 13 au 16 février cette année) donne lieu dès janvier à des répétitions générales (pré-carnaval) qui enflamment la ville tous les weekend. Parmi ces prémices, la « Fiesta de las Compasas » est l'une des plus attendues. Il s'agit d'un concours entre « Comparsas » (regroupement artistique de quartier) pour pré-sélectionner les futurs finalistes qui défileront lors du Carnaval.

 

Pour partager cette fête, nous avons choisi de faire appel au « couchsurfing » et avons ainsi séjourné chez Rodolfo et Marcella, un super couple de Barranquilleros, avec un appart de folie et un savoir-recevoir à faire pâlir Nadine de Rotschild. Nous avons même eu droit à un petit verre de vin blanc pour notre arrivée. Nous étions leurs premiers « couchsurfers » et ils voulaient certainement marquer le coup. Vraiment sympa ! En plus, ils étaient amis avec le « Rey Momo » 2010 (Roi Momo, roi du carnaval) et nous ont proposé d'aller faire sa connaissance. Forcément, Ophély était toute exitée à l'idée de rencontrer le roi du carnaval, forcément un bel homme. Ah, oui, un bel homme, certes... mais qui aurait pu être son père ! Boouuhhh ! Allons voir les danseurs, cela lui remettra du baume au cœur !

 

Dans le stade municipal, une estrade sur la pelouse voit défiler les compétiteurs. Et pas en petit nombre... 99 groupes en compétition pour 2010 ! En 4 heures de temps (de 18 à 22 heures), nous n'en avons vu que 36. Imaginez la tête des jurés à 2 heures du mat' ! Notés suivant deux catégories : traditionnel ou fantaisie, les « comparsas » se relayent dans un mélange de costumes, de couleurs, de rythmes. Ça bouge... et sur la scène, et dans les gradins !

Et le lendemain de remettre ça, comme une répétition générale de 4 types de danses :

  • La « Cumbia » : danse traditionnelle colombienne qui trouve sa source dans son « melting pot » culturel de la côte, entre influences espagnoles (costumes blancs et rouges, robes à frou-frou pour les femmes ; foulard et ceinturon pour les hommes... tiens, tiens, encore), africaines (le déhanchement ralenti des danseuses) et indigènes (la chorégraphie de la danse).

  • La « danse des Congos », symbole de la vie avant l'arrivée des espagnols. Il s'agit d'une représentation stylisée de l'omniprésence de la nature et des animaux, par l'utilisation de costumes de singes, d'ours... Et de la culture indigène avec des costumes traditionnels de l'époque (coiffe masculine très haute notamment).

  • La « danse de la mort », très animée avec des costumes haut en couleur qui s'arrête lors de l'arrivée de la « mort », représentée par un squelette. Ce dernier met fin à leur allégresse en leur ôtant la vie. Mais un « héros » rescapé du massacre se rebelle et extermine impitoyable créature, ressuscitant ainsi ses amis. Et la danse de reprendre de plus belle.

  • Les danses africaines. De différentes formes, elles ont en commun le rythme effréné graduel des tamtams et des déhanchements saccadés des danseurs. Peu présentes dans les derniers carnavals, elles sont très tendance cette année.

 

Dommage que nous ne puissions être dans le coin à partir du 13 février. Nous y aurions passé quelques jours de folie avec la plus grande joie. Une autre escale où il nous faudra revenir !

 

 

ENCART « SPECIAL CONDUITE »

 

Notre apprentissage de la conduite colombienne mérite un petit encart spécial tellement leur conduite est... infernale ! Ils semblent être plus calmes en altitude mais notre passage sur la « Costena » nous a laissé quelques souvenirs épiques ! On en rigole encore !

Notre première expérience « taxi », qui nous a mené du centre-ville de Carthagène au terminal de bus, nous a permis de vite constaté qu'ici, les doubles voix sont faites pour le nombre de voitures que la largeur le permet. 3 semble un chiffre moyen courant.

La fois suivante, dans la Guajira, notre taxi s'est offert une réduction « péagère » en contournant la nationale par une piste cahoteuse parallèle, préférant régler 2000 pesos à la barrière indienne que les 7000 à a halte officielle (même la police fait le détour... ). Sans parler des traditionnels dépassements à plusieurs, dans des zones par toujours de grande visibilité et à des vitesses par très réglementaires... Les classiques, quoi !

L'expérience la plus audacieuse fut certainement celle de notre taxi retour de la Guajira, qui s'est lancé pour une bonne heure de route avec une batterie moitié morte (et donc sans feux de signalisation...) à la tombée de la nuit, l'obligeant à se faire remarquer par de courts appels de phares lors de la croisée de véhicules au point que nous nous sommes sentis obligés de lui filer un coup de main en nous signalant aux autres véhicules … la batterie était plus que sur le point de lâcher. Ce qu'elle a finalement fait, le moteur pétaradant à chaque accélération, le voyant « Check engine » clignotant tant qu'il pouvait... Chanceux, nous nous sommes arrêtés devant une maison (peut-être la seule des derniers 30 km qui restaient) où le fils des propriétaires rentrait avec son gros pick-up sur Riohacha, notre destination. Ouff sauvés, le chauffeur du taxi n'avait plus de crédit sur son mobile !

Mais pour le côté incongru, c'est à Barranquilla que nous y avons eu droit. Notre taxi-man s'est avéré avoir le syndrome Gilles de la Tourette. Relativement bon conducteur pour le pays, nous n'avions pas grand chose à noter si ce n'est ses « bruits » et l'impression que plein d'amis discutaient dans sa tête, nous ont quelque peu déroutés.

 

Heureusement, les Colombiens sont conscients de leur inconscience et font le nécessaire pour implorer la miséricorde de Dieu. Nous avons ainsi eu droit au prêcheur et sa bible dans le bus en direction de Riohacha. Et pour les démarches plus... personnelles, ils tiennent à disposition une chapelle pour se recueillir avant de prendre la route, au terminal de San Gil notamment. Avec tout ça, on se sent plus rassurés !

 

 

25 – 26 JANVIER 2010 – J+170 - J+171 – DANS L'ARRIERE PAYS COLOMBIEN

 

Après un bus de nuit (où un policier nous a filmé au départ... pour savoir exactement qui était dans le bus en cas de... problème ?!), les paysages montagneux de la cordillère orientale se sont offerts à nous.

A nous, Barichara, l'un des petits villages coloniaux parmi les plus beaux de Colombie ! Ses maisons basses blanchies à la chaux, ses tuileries chaleureuses et ses ouvertures vertes, lui confèrent un charme incomparable. Son église de pierre de sable réchauffe la place bien que la température ambiante soit des plus agréables. Lieu de villégiature paisible où les gens disent bonjour lorsqu'ils vous croisent, il s'agit d'une de ces contrées où le temps ne semble pas avoir d'emprise et où l'on est adopté à peine une semaine passée dans les environs. Bon, cette tranquillité peut parfois s'avérer gênante pour la recherche (enfin, surtout la trouvaille) d'un restaurant passé 7h30 du soir, du moins en basse saison, car paraît-il que cette bourgade s'anime fermement de mi-décembre à mi-janvier. On a du mal à le croire !

La bourgade de Barichara est reliée à un autre petit village typique, Guane par un « camino real », ancien chemin de muletiers, construits par les indigènes « Guane » puis développé par un allemand à la fin du XIXème siècle et restauré il y a une dizaine d'année. Pour notre plus grand plaisir puisque cette belle balade, que nous avons emprunté le 2ème jour, nous a offert de jolies scènes bucoliques : arbres recouverts de « barbe de vieux » (un lichen tombant semblable à de la barbe) ; « horlogers », oiseaux colorés dont la queue ondule comme un pendule... Un autre visage de la Colombie, plus rural, où les habitants des maisons isolées sur le chemin de pierres ne possèdent pas de cheval car cela mange trop... Et de découvrir Guane, village colonial tout aussi paisible, avec sa petite église, son mini-musée, sa place publique où chacun attend que les minutes défilent et où le bus, qui ramène les quelques touristes venus se perdre ici, semble un anachronisme.

Et pour achever dans la tradition ces journées d'un autre temps, nous avons dégusté un succulente « cabro » (chevreau), spécialité locale légèrement forte en goût.

 

 

27 JANVIER 2010 – J+172 – CANYON DE CHICAMOCHA, PAS SI « MOCHA » !

 

Nous avions longé le canyon de Chicamocha pour rejoindre Barichara et la faille que nous avions aperçu depuis les fenêtres du bus nous avait parue très impressionnante. Nous avions donc un goût de reviens-y et lorsque nous avons appris l'existence du Parc National de Chicamocha, une sorte de parc d'attractions situé sur le flanc du canyon, bref... ni une, ni deux, nous nous y sommes rendus.

Le parc en lui-même n'a malheureusement rien d'exceptionnel sinon quelques câbles suspendus au-dessus du vide pour passer d'un monticule à l'autre, un musée « Guane » (concernant la tribu éponyme) et de « trop » nombreux restaurants. Mais il a surtout la particularité de posséder un téléphérique Poma (vous regarderez lors de vos prochaines vacances au ski, c'est LA marque française dans le domaine des remontées mécaniques) de 6,3 kilomètres de long qui traverse le canyon, d'un versant à l'autre, surplombant le rio au passage. Voilà, comment nous avons pu survoler les flancs de la cassure, observant d'en-haut, la « serpentueuse panaméricaine » d'un côté et les habitations isolées de l'autre. Nous avons beau avoir cherché, pas moyen de localiser la route qui relie ces dernières au monde moderne.

 

On vous épargnera le récit du reste de la journée, celle-ci s'étant résumée à un trajet en bus, un autre trajet en bus, et encore un trajet en bus... 3 trajets et 6 heures de transport pour à peine 200 kilomètres. La routine du déplacement colombien !

 

 

28 – 29 JANVIER 2010 – J+173 - J+174 – VILLA DE LEYVA, L'AUTRE VISAGE COLONIAL DU PAYS OU SUR LE TOURNAGE D'UNE TELE NOVELA

 

Après toutes ces heures de bus et autant de péripéties, nous n'étions pas mécontents d'atteindre enfin et à temps, Villa de Leyva, petite localité sympathique étalée au milieu des montagnes. On se serait cru à Barichara, en version plus jeune et plus animée. Pas de souci cette fois-ci pour trouver de quoi manger passé 8 heures ni boire un verre en soirée. Mais, malgré ses apparences touristiques, elle ne semble pas être non plus une étape « gringo » traditionnelle. La preuve en est qu'en déambulant dans la rue, un jeune garçon, de 8-9 ans peut-être, a accosté Ander pour savoir comment s'écrivait « Washington ». Ander, une tête de « gringo » ? Non, quand même ! Ça devait être le pantalon convertible, la polaire Queshua et l'appareil photo qui l'ont trahi !

Cette bourgade offre la particularité d'avoir une véritable pâtisserie française. Et bien que nous n'en ressentions pas de manque, nous nous sommes fait plaisir : croissant au beurre, croissant aux amandes, chocolatine (pufff... Ici, ils disent aussi pain au chocolat, n'importe quoi ; le propriétaire français ne doit pas être du sud-ouest !) et une put... de bonne tarte au chocolat ! Y'a pas à dire, quel régal la boulangerie française ! On s'est demandé à la fin comment on avait pu tenir presque 6 mois sans !

Une fois nos petits ventres (et oui on est loin de nos poids d'origine...) bien remplis nous avons, comme à notre habitude, effectué une agréable balade dans la ville pour découvrir une version plus exubérante de l'architecture coloniale espagnole avec cette fois-ci de beaux balcons en bois et, encore et toujours, ces maisons blanchies impeccablement à la chaux, ces incroyables patios intérieurs, ces débordements floraux et ces rues pavées. Toujours aussi plaisant. D'ailleurs, ce décor inspire la télévision colombienne puisque nous avons eu droit au tournage d'une télé-novela sur la place principale. Au scénario : explosion d'une voiture contre la façade de la mairie, fumigènes pour simuler l'incendie, quantité de figurants en sang et apeurés et bien sûr la plantureuse starlette accrochée à son téléphone mobile à peine le « coupé » retenti ! On dirait pas comme cela, mais il en faut des camions, des techniciens... pour tourner ces séries débiles... Tout un art !

Le jour suivant nous avons poursuivi par une tournée dans la vallée pour les quelques spécificités qu'elle offre à bord de notre taxi privé loué pour l'occasion. Tout d'abord, les « Pozos azules », ensemble de quatre trous d'eau bleue profond pour une invitation à la baignade. Puis, « el fossil », l'un des deux spécimens uniques au monde (l'autre se trouve en Australie) de « kronosaurus » : pour faire simple, une espèce de monstre fossilisé qui a vécu il y a plus de 200 millions d'années, à mi-chemin entre la baleine et le crocodile, dont nous avons pu observer les 9 mètres de long sur les 14 mètres (avec la queue) de la taille initiale de la bestiole. Toujours impressionnant de s'imaginer la vie au temps de « Jurassik Park » et surtout de constater l'évidence de la théorie du Gondava (les continents ne formaient antérieurement qu'une seule étendue terrestre). Autre surprise de la région, « el infiernito », lieu supposé de culte astronomique « muisca » (tribu de la région avant l'arrivée des espagnols) dont les finalités restent un mystère ; deux alignements de pierres permettaient certainement de définir les périodes de solstices et d'équinoxe, un dolmen souterrain devait servir à des fins funéraire, quant aux nombreuses représentations phalliques... les spéculations vont bon train ! Sanctuaire dominicain, couvent augustin, village artisanal et dégustation de « longanizas » grillées (saucisses locales) ont parachevé notre exploration des environs : une belle vallée de montagne, tantôt verdoyante, tantôt plus désertique. Ils sont pas fous ces religieux, ils savent où se placer !

 

Et comme d'habitude, nous voilà repartis sur les routes colombiennes pour notre prochaine destination : Manizales, dans la région cafetière, sur la cordillère centrale, cette fois-ci. Encore quelques heures de transport en commun folklorique pour agrémenter notre liste d'aventures vécues dans les bus. A ce rythme, un deuxième « Spécial conduite » ne devrait pas tarder...

 

 

30 JANVIER 2010 – J+175 – DU HAUT DE LA CATHEDRALE

 

Notre arrivée à Manizalès s'est déroulée sans accroc malgré un débarquement très matinal, à 5 heures du mat', au terminal de bus. Un taxi, une auberge de jeunesse... ni une ni deux, nous ne nous sommes pas fait prier pour terminer notre nuit dans un bon lit !

Le deuxième réveil fut plus désagréable pour Ophély avec la transformation d'un simple mal de tête débuté la veille en une terrible migraine. Aie, aie, aie ! Les dolipranes ont limité la casse pour que nous puissions aller faire un tour en ville. Quand même ! Manizales possède la 5° plus haute cathédrale au monde (après deux allemandes, Notre-Dâme et une brésilienne), on ne pouvait rater ça !

La visite a commencé tranquillement par une montée en ascenseur au-dessus de la nef pour contempler la messe en cours et d'anciennes photos de la construction de la cathédrale. Tout allait bien. Le guide a ensuite ouvert une porte donnant sur l'un des toits de l'édifice, nous demandant de le suivre. Et là, surprise... on est déjà bien haut et le toit, séparé de nos corps par une simple balustrade en fer forgé, nous est apparu bien pentu ! On avait pas prévu de faire du toboggan, ils ont du mal comprendre ! Mais, il n'y avait pas d'ambiguïté... le but n'était pas de descendre mais bien de monter : « Regardez le beau mirador au-dessus de vos têtes... C'est là que nous allons ! ». Quoi, là-haut ? Mais pourquoi faire ?! Mais, il est fou ?! Et si la hauteur annoncée n'avait pas suffit à motiver le vertige d'Ophély, la nécessité de parcourir le toit d'un bout à l'autre, sur la corniche, pour atteindre l'escalier à l'intérieur de la flèche, s'en est chargé. Tant bien que mal, elle s'est concentrée et a réussi à pénétrer dans le clocher... où les choses de sont gentiment gâtées ! 395 marches circulaires à grimper... dans un contexte plus ou moins aéré dirons-nous pour évoquer l'encadrement limité de l'escalier ! Et les effets secondaires de la migraine de se réveiller, certainement sous l'effet du stress, pour décupler la sensation de vertige... Mais petit à petit, Ophély ne s'est pas démontée et a monté les marches... une à une, s'agrippant à la rambarde, sous les regards surpris des autres touristes, style « Elle est folle celle-là ou elle aime se faire mal ! ». Non, non... la vue imprenable de la ville dispersée sur les crêtes alentours et la luminosité décroissante de fin d'après-midi offrant à Manizales la réputation d'avoir les plus beaux couchers de soleil de Colombie valaient amplement l'effort.

D'ailleurs, le corps s'habitue à tout car la descente fut bien plus aisée et nous avons même enchaîné par un tour de téléphérique. Oui, oui, vous avez bien lu ! L'agglomération possède un téléphérique en son cœur, servant comme mode de déplacement. Il faut dire qu'elle se situe à 2150 mètres d'altitude et possède quelques 370000 habitants. Mais, on vous l'accorde, c'est surprenant de voir des cabines se balancer au-dessus des immeubles et de ne pas récupérer ses skis à l'arrivée à la station.

 

 

31 JANVIER 2010 – J+176 – 5125 METRES... QUI DIT MIEUX ?

 

Il y a des jours où l'on réalise des exploits... Celui-ci en fait partie !

Tout a débuté au Parc National « Los Nevados », situé à une cinquantaine de kilomètres de Manizales, réputé pour ses pics aux neiges éternelles. Le plus célèbres, le « Nevado del Ruiz », doit sa popularité à sa facilité d'accès ; on y accède en véhicule jusqu'à 4800 mètres sur l'une des 10 routes les plus hautes au monde, puis on effectue une ascension d'1,7 km jusqu'au glacier culminant à 5125 mètres. Et si cela paraît simple sur le papier (enfin, sur l'écran), il n'en est rien dans la réalité. L'encadrement du tour vous dispense d'ailleurs de nombreux conseils pour être au mieux et réussir la montée, vous prépare progressivement à l'effort et à l'altitude (ouverture des fenêtres du bus en permanence pour s'habituer au froid, arrêt à différentes altitudes pour se dégourdir les jambes et prendre conscience du souffle court, démonstration des postures à prendre en cas de « soroche », le mal des montagnes...) mais vous explique clairement que vous pouvez ne pas y arriver, que personne n'est à l'abri. Et bien, même pas peur ! Après une migraine de folie à 102 mètres de haut, ce n'allait pas être quelques centaines de mètres de dénivelé qui allaient nous arrêter !

1, 2... 1, 2... On souffle, on boit une gorgée... 1,2... 1,2... on souffle, on boit une gorgée, on prend un photo devant le panneau 4900 m... 1,2... 1,2... on souffle, on boit une gorgée, on reprend un photo devant le panneau 5000 m. On ne sait jamais, si on n'arrivait pas en haut, ce serait déjà ça de pris ! Et on y repart. 1,2... 1,2... Et là, on y est ! Record personnel d'altitude battu pour Ophély et Ander (même si cela paraitra bien léger pour certains que l'on connait...) ! On prend la photo ultime avec le panneau 5125 m et on exulte quand on foule la neige éternelle. On l'a fait ! En plus, sans trop de difficultés alors on est encore plus fiers ! Tiens, pour fêter ça, on pose même en photo avec les militaires qui sont là ! Et on profite du moment... Non seulement pour l'exploit mais aussi parce que les neiges éternelles ne vont bientôt plus l'être.

Si la disparition de ces flocons est un phénomène normal, le réchauffement climatique a accéléré de 200 % le processus et le glacier du Ruiz devrait disparaître d'ici une trentaine d'année. Les deux autres pics du Parc National ont, quant à eux, une espérance de vie encore plus réduite : 10-15 ans pour le Santa Isabel et 8 ans pour le Tolima ! Quand on sait que les eaux déversées de ces monts alimentent plus de 45 villages et villes de la vallée, on s'interroge sur les difficultés à venir, une fois de plus.

Nous ne restons pas plus de 10 minutes sur la frange du glacier pour tenter de le préserver et redescendons rejoindre les quelques « amochés » du groupe. Et oui, sur les 17 que nous étions, 3 n'ont pu atteindre le sommet ; vomissement, vertiges, maux de têtes les ayant contraint à redescendre rapidement au bus. Même notre guide ne s'est pas très bien senti pendant le dernier tiers. Petite précision, Ander était le doyen de toute cette petite troupaille et n'était pas peu fier de leur montrer que Papi fait de la résistance !

Fiers de notre prouesse, nous avons terminé la journée dans des thermes puis au restaurant. Quel plaisir que de sentir la chaleur détendre les muscles contractés par les 5° du sommet et l'effort consenti ! Et quel régal que de déguster une sacrée belle tranche de bœuf... saignante !

 

 

1 FEVRIER 2010 – J+177 – IL EST BON TON CAFE GRINGO !

 

Bien que déjà très informés sur la culture du café après notre petite visite de la finca de Don Alfredo, dit « Tito », au Panama, nous ne pouvions pas ne pas visiter une plantation de café en Colombie. « Quand même ! », dirait notre Jacques Vabre national ! Nous avons donc choisi une finca « industrielle » dans la région caféière de Pereira et avons pour cette occasion revisité nos classiques.

Pour mémo, le cycle de production du café est le suivant :

*bouton et développement de la racine,

*plantation dans une terre appropriée, entretenue, fertilisée...,

*récolte. En Colombie, des plants modifiés suite à l'attaque d'un champignon fournissent des grains tout au long de l'année avec un pic sur la saison traditionnelle (septembre à novembre).

*séparation de la peau et du miel (partie gélatineuse qui entoure le grain) du grain lui-même,

*tri des grains en fonction de leur qualité et calibre,

*séchage,

*conditionnement en sacs de toile en vue de la revente à un grossiste. Ici, s'arrête l'action réalisée dans la plupart des fincas colombiennes qui ne se chargent que de la production de la matière première.

*« dépeçage » (on enlève la seconde peau du grain) et sélection définitive du café. La meilleure qualité est destinée à l'exportation vous vous doutez bien... (et le médiocre part pour la consommation nationale... alors point de sublime arabica en Colombie...)

*torréfaction (le grain est alors vert et petit avant de « gonfler » sous l'effet de la chaleur comme tu pop-corn et de devenir plus ou moins foncé). Il est intéressant de noter que le café est un neutralisateur d'odeurs, c'est-à-dire qu'il capte les odeurs qui l'entourent dès qu'il est torréfié pour mieux les ressortir lors de la dégustation (petit tuyau pour la ménagère : mettre 2 ou 3 grains de café dans son frigo si une mauvaise odeur persiste... et hop le tour est joué ! ). C'est pour cela que la torréfaction ne peut avoir lieu que sur le lieu de conditionnement, pour la plupart dans les pays respectifs de commercialisation. Ainsi, la grande majorité du café que vous buvez en France a été torréfiée en France.

*conditionnement,

*commercialisation,

*dégustation. Après cet apprentissage, on le déguste forcément avec plus de respect.

Lorsque l'on comprend cette chaîne, on comprend mieux que dans la production du café, il y a 3 intervenants principaux : les producteurs, les grossistes (qui dépècent avec des machines qui valent des millions et qui revendent en gros) et les torréfacteurs (les Jacques Vabre &co.). Et cela nous a ainsi permis de comprendre les challenges de cette industrie et la réalité de la population locale qui en vit... ou en survit. Quelques chiffres pour vous aider à vous faire une idée. Dans la finca visitée, un récolteur de grains gagne 300 pesos du kilo (1 € = 2800 pesos) et il lui faut en débourser environ 7000 pour manger chaque jour (prix correct accordée par la finca, qui le loge gratuitement par la même occasion). Ainsi, les 25 premiers kilos récoltés ne le sont que pour manger (sur environ 70 à 100 kg/jour suivant sa performance). Le reste constitue son maigre salaire. Payé à la semaine, cette homme, généralement d'un certain âge et sans famille, se rend à la ville chaque samedi récupérer son argent, mettant de côté ce qui lui permet de se nourrir la semaine, claquant le reste entre « aguardiente » (boisson alcoolisée locale) et jolies filles. C'est ainsi que Pereira, la ville principale de la région est surnommée la ville « aux jambes ouvertes ». Ainsi, à 1,5 € le petit kawa au comptoir à Paris, il est clair que l'argent du café profite essentiellement à qui l'égraine, le torréfie et le commercialise plutôt qu'à celui qui le produit. Dure réalité...

Mais au-delà de cette organisation, nous avons également appris des choses plus anodines. Ainsi, un pied qui ne présente pas de fleurs et donc de café est appelé « macho », image intéressante pour les féministes ! Ou encore qu'un plan de café met 2 ans avant de fournir des grains, est productif pendant 5 ans, coupé au bout de ces 7 années et a une espérance de vie de 28 ans (4 cycles maximum de 7 ans) dont seuls 20 exploitables donc. Voilà, avec cela, vous savez presque tout sur le café... bonne dégustation !

 

 

1 FEVRIER 2010 – J+177 – QUI VA DOUCEMENT, VA SUREMENT... PAS SI SUR !

 

Nous avons bien cru ne jamais arriver à Salento ! Mamans respectives ne paniquez pas, rien de grave... les aléas des transports en commun seulement ! Car croyez-le bien, sur ce blog, nous avons tendance à vous passer notre vie quotidienne pour garder le sensationnel... mais bon là, le quotidien devient quand même un peu sensationnel ! Alors voici : après notre petite visite chaleureuse de la « finca » vers 16H, nous souhaitions faire perdurer cette ambiance dans les thermes de Santa Rosa ouverts jusqu'à minuit et juste à quelques kilomètres de là. Manque de bol, nous avions trop fait durer le plaisir à la plantation et lorsque nous sommes arrivés sur place, il n'y avait plus de bus pour monter aux eaux chaudes. Et bien, qu'à ne cela tienne, changement de programme et direction le sud pour se rapprocher au mieux de notre prochaine étape : Salento. Et hop, de nouveau dans un bus pour atteindre la première grande ville avant Salento : Perreira. De là, nous espérions choper le dernier bus pour le village mais nouvelle déconvenue, non seulement, le dernier était parti depuis plusieurs heures, mais il n'y en a que 3 par jour et pas aux heures les plus adéquates, cela va de soi. Mer... Deuxième revirement de situation, direction Armenia, autre grande ville à proximité dont les bus partent plus régulièrement et où nous avons une chance d'attraper le dernier, sinon celle de dormir tranquillement sur place.

Et c'est là que l'aventure commence. Le mec du bus nous dit qu'on est pas obligé de « descendre » jusqu'à Armenia, qu'il peut nous laisser à « l'entrée du village de Salento » et que de là, on trouvera super facilement une voiture pour nous monter au centre. Forcément, on l'a cru ! Salento, c'est 3500 habitants, alors l'entrée du village ne doit pas être loin de la place centrale ! Même quand on est descendu du bus éclairé par les néons puissants d'un restaurant, on s'est dit que ça allait le faire. Y'a de l'urbanisation partout en Colombie alors ici aussi... Mais lorsque le chauffeur nous a parlé de se poster derrière la « butte » et qu'une fois parti, nous avons pris conscience que derrière la butte il s'agissait d'une bretelle d'autoroute déserte, certes éclairée, mais une bretelle déserte tout de même à 19h30... cela n'a pas été la même chanson. Bon, pas de panique empressée, nous avions de la lumière, un restaurant pas loin si nécessaire et puis, on était sensé trouvé facilement une voiture. Soyons honnêtes, on s'était donné 15 minutes pour trouver un véhicule avant de déguerpir vite fait, bien fait ! Heureusement, le dernier bus, en provenance d'Armenia, n'a pas tardé et tout juste 5 minutes après, nous avions les fesses au chaud. Le village se trouvait en fait une dizaine de kilomètres plus loin et nous avons finalement atterris tranquillement dans une auberge. Du coup, on a été se boire une bonne petite bière et un peu d'« aguadiente » (boisson de 28°, au doux goût d'anis) pour fêter notre parcours du combattant !

 

 

ENCART « SPECIAL TRANSPORT EN COMMUN »

 

Au-delà de l'apprentissage de la conduite colombienne, nous avons surtout fait connaissance avec leurs mondes de transport en commun, et notamment les bus. Et bien, là aussi, y'a de quoi écrire un livre.

 

Tout d'abord, dans les bus, les longs et donc les plus sophistiqués, nous avons droit à des vidéos... Attention, pas n'importes quelles vidéos ! Plutôt obsolètes et peu sophistiquées, nous avons eu droit à Tango & Cash par exemple et avons oublié déjà pour la plupart les autres. Et puis lorsque nous avons la chance de tomber sur un bon film, comptez sur un rebondissement pour ne pas voir la fin. Nous regardions un film correct (sur la guerre 39-45 avec le « James Bond » blond dans le rôle d'un juif en Russie, bref, un film bien) lorsque la pause déjeuner (à 16h30) est venu enrayer le mécanisme du DVD. L'assistant du chauffeur avait suspendu la vidéo et n'arrivait pas à la remettre en route à notre redémarrage. Enfin, presque... il ne bataillait avec la télécommande que pour allumer l'écran, le son, lui, continuait de défiler. Mais vaillant l'assistant, il a fait arrêter le bus pour acheter et changer les piles et à force d'insistance, il a même réussi à rallumer le téléviseur... 5 minutes avant le générique de fin. Nous avons donc eu droit à la bande sonore des 20 dernières minutes puis au générique final. Quant à lui demander de revenir en arrière, nous avons bien tenté mais au bout du 6° siège à lui faire la demande, nous avons abandonné. Il nous faut retrouver le nom de ce film pour voir la fin à notre retour !

 

Après les vidéos, la deuxième chose importante à noter dans les bus colombiens, ce sont les « arrangements ». Nous n'avons pas souvent l'occasion de nous en rendre compte mais une fois suffit pour bien comprendre le système. En fait, il y a des opérateurs (engagés par les entreprises de bus) qui contrôlent le nombre de passagers pour être sûr que les chauffeurs ne détournent pas l'argent de certains passagers. Bonne idée de vérification de chiffre d'affaires. Cependant, un petit « pourliche » et hop, oubliés les 5 personnes du fond à droite... les 17% que l'entreprise de bus prend habituellement iront directement dans la poche du chauffeur.

 

Autre élément indiscutable et toujours incompréhensible à nos yeux, les horaires et temps de trajets. Une seule règle, ne pas se fier à ce que l'on vous dit ! Prenons l'exemple de notre Bogota – Manizales. Le premier bus prospecté, pour justifier son prix plus élevé, se revendique direct et donc plus rapide. Théoriquement, il part à 22h et arrive à 7h. Le second, quant à lui, meilleur marché et donc le plus lent, part à 22h et arrive soit-disant à 5h. A n'y rien comprendre. D'autant plus que l'on a choisi le meilleur marché (en se disant qu'il mentait sur ses horaires et qu'il arriverait bien plus tard ce qui nous permettait de dormir un peu plus...) et qu'il est bien arrivé à 5h, se révélant direct par la même occasion. Qui croire ?

 

Et en vrac, également :

  • Une histoire de bus... sans clé ! Nous nous dirigions à bord d'un minibus vers Bogota, confortablement installés à l'avant, à côté du chauffeur. Mais était-ce vraiment des places de choix ? Peut-être pas finalement car quand il a calé en pleine côte, on s'est rendu compte qu'en fait, il n'y avait pas de clés sur le contact, qu'il la sortait de sa poche de chemise pour redémarrer. Et cela plusieurs fois bien sûr. Parfois, il vaut mieux ne rien voir !

  • Une histoire de taxi... qui ne roule pas ! A notre arrivée à Manizales, une ville située sur une crête montagneuse, à 5 heures du mat', rappelons-le, nous avons pris un taxi pour l'auberge. Elle n'était pas loin mais ça grimpait dur et puis, il était tôt, très tôt. Mais rapidement le taxi a peiné et au bout de 2 virages un peu serrés, il n'a même pas pu repartir. Nous avons donc du changer de taxi pour arriver à bon port. Un taxi qui ne roule pas, c'est fort quand même, non ?

  • Une histoire de santé... et de malaxage mammaire ! Le moment le plus incongru pour le moment (mais ici, on ne sait jamais ce que nous réserve les trajets de bus), fut sur le trajet Popayan – Tierradentro. Dans un bus de la guerre de 40 (faut dire que c'est pour faire 4h30 de piste alors on prend pas les bus de dernière fraicheur forcément... des amortisseurs, pourquoi faire ?!), on a eu droit à des revendeurs. Mais pas les traditionnels revendeurs de boissons et autres snacks. Non, non. Un revendeur de CD éducatifs pour l'un et le summum, un revendeur de sachets de ginseng pour l'autre. L'incongru là-dedans nous direz-vous ? C'est que le premier nous a fait une démonstration sur lecteur de DVD portable un haut parleur attaché à la ceinture et le second, le plus incroyable, a commencé son speech de vente en parlant du cancer de l'utérus et du sein chez la femme afin de nous « promouvoir » les bienfaits de ses sachets magiques. Prostate, calculs rénaux, éjaculation précoce ont été également passé en revue avec les gestes de prévention en prime. Nous avons même eu droit à une illustration, véridique, d'un toucher rectal. On n'a pas osé prendre la photo mais franchement, à mourir de rire !

 

Et tout cela, sans reparler des histoires déjà explicitées dans les articles ni sans parler de la vie dans les terminaux de bus... où ça grouille de monde, de chauffeurs qui hélent le client, de clients qui ne savent pas quel bus doivent-ils prendre (aussi bien les touristes que les locaux, c'est pour dire)... Vive les bus colombiens !

 

 

2 – 3 FEVRIER 2010 – J+178 - J+179 – LE GRAND PALMIER DANS LA PRAIRIE

 

Réveillés à 6 heures du mat' par les meuglements du veau du jardin d'à côté, nous avons posé les pieds sur terre, contraints et forcés. Ah, la vie à la campagne ! La mise en route fut donc plus que progressive mais nous avons réussi à prendre la « Willys » de 9h30, une jeep locale où s'entassent les touristes étrangers par douzaine (à l'avant, à l'arrière et même sur le toit), pour notre excursion de la journée : Cocora ! Une belle journée au vert en perspective, au cœur d'une somptueuse vallée réputée pour ses uniques (au monde) « palmiers de cire », des palmiers géants de 60 mètres de haut.

Et question décor, nous n'avons pas été déçus. Sur les flancs de montagnes abrupts, s'étalaient de beaux pâturages emplis de vaches à poils longs (on dirait qu'elles se laissent pousser les cheveux) et de chevaux en train de paitre, clairsemés de ces arbres exotiques surprenants (d'autant plus que nous étions à plus de 2000 mètres d'altitude et que les cimes atteignaient les 3500 - 4000 mètres facilement). Puis, les prairies laissaient place à une forêt, plus encaissée, plus dense, plus sauvage... invitant à la marche.

Mais bien sûr, comme chaque fois qu'une journée s'annonce idyllique, il y a toujours un hic ! Dans cette atmosphère, nous nous sommes laissés aller à la flânerie et forcément, nous avons manqué le croisement du chemin... transformant notre paisible randonnée en un beau parcours de 14 kilomètres... en montagne, ne l'oublions pas. Rien de tel qu'une petite grimpette de 3 kilomètres à pic pour se chauffer les muscles ! Aussi, cette petite incartade nous a valu de se retrouver sur un sentier, disons, un peu plus épineux (les mollets d'Ophély ont apprécié) et de percevoir, au détour d'un virage, un bruit suspect dans la ravine. Nous avons spéculé sur la bête en présence mais bien que notre imagination soit assez développée, nous n'avions pas soupçonné ce que les guides du parc nous ont dit après leur en avoir parlé : un ours à lunettes, un puma ou une espèce d'âne avec le groin d'un cochon. Rien que ça ! Bon, on ne saura jamais si l'on est passé près de la correctionnelle ou pas mais vu que l'on était sur un sentier plus ou moins balisé et que l'on faisait du bruit, on ne risquait rien nous a-t-il précisé. Soulagés de l'apprendre !

Notre retour au village s'est effectué sans bousculade dans notre Willys où nous n'étions que 5... Nous avons même pu prendre des locaux en route, même plus drôle !

Et pour finir cette journée, comme si nos 14 kilomètres en 6 heures et quelques ne nous avaient pas suffit, nous avons fini de nous tuer les jambes au mirador de Salento pour le coucher du soleil... avec la montée de 243 marches (soit plus de 14 étages de notre tour) sur le thème de la passion du Christ. Si, si, chaque vingtaine de marche nous expliquait où nous en étions de notre chemin de croix ! Heureusement, la bière au sommet fut rédemptrice !

 

 

4 – 5 FEVRIER 2010 – J+180 - J+181 – DANS LE COEUR PRECOLOMBIEN

 

Après un petit détour par Popayan, ville coloniale du sud plus « rustre », plus indigène, plus rebelle...(notamment face au gouvernement en place), nous avons dérivé vers la région « précolombienne » du pays pour aller à la découverte de deux sites extraordinaires classés au patrimoine mondial de l'UNESCO : Tierradentro et San Agustin.

 

Comme d'habitude, pour atteindre notre point de chute San Andres de Psimbala (à quelques kilomètres de Tierradentro), nous avons eu notre petite histoire de bus ! Nous ne parlons pas des démonstrations commerciales dont nous vous avons déjà parlé mais de la petite « pause » à laquelle nous avons eu droit en chemin : après un bon bout de route, en plein cœur des montagnes, notre bus en piteux état s'arrête au détour d'un virage. Un homme en uniforme pénètre dans le véhicule : « Tous les hommes sortent du bus ! Contrôle d'identité et vérification des bagages ! ». Jusqu'à la preuve du contraire Ander faisant partie de la gente masculine, il est donc prié de se plier aux exigences locales. Et après une fouille approfondie de nos sacs, il passera comme les autres à la fouille corporelle, les jambes écartées et les mains contre le bus, sous les yeux souriants d'Ophély, assise tranquillement dans le bus, juste au-dessus de lui en train de filmer la scène. Comme quoi, y'a parfois des avantages à être une fille !

On finira tranquillement notre voyage vers San Andrès où la plus charmante des mamies, Doña Martha, une habituée des routards pas toujours propres et souvent mal rasés, nous attendait pour nous servir un dîner digne d'un festin !

 

On s'est d'abord attaqués à Tierradentro, un ensemble funéraire précolombien unique au monde. Il s'agit essentiellement d'hypogées repartis en différents sites dans les sublimes montagnes environnantes et datant de différentes périodes. Mais comme on se doute que vous ne croisez pas des hypogées tous les matins, voici une petite explication : à l'époque précolombienne, les rites mortuaires des tribus indigènes locales se déroulaient en 2 temps. Tout d'abord, juste après le décès, ils déposaient le corps (accompagné de tous ses biens) dans une cavité creusée quelques mètres sous terre. C'est ce qu'ils appelaient le « premier » enterrement. Puis, quelques mois plus tard, ils sortaient les « restes » pour les placer (après crémation éventuelle) dans des urnes funéraires qui elles-mêmes étaient disposées dans des hypogées familiaux dits de « second enterrement ». Ces derniers sont des cavités creusées dans la roche volcanique à presque 6 mètres sous terre. Les plus beaux d'entre eux sont soutenus par deux ou trois colonnes ornementées d'incroyables décorations, principalement des motifs géométriques noirs, rouges, jaunes, blancs... et autres symboles astronomiques, anthropomorphiques ou zoomorphiques. Dans certains, il est même possible de trouver des céramiques ayant servies comme urnes funéraires ou comme offrandes. Mais bien que ces « complexes » funéraires formés parfois de plus de 60 hypogées soient pour certains bien conservés, l'absence de traces écrites et de tradition orale ne nous permet pas de mieux comprendre leurs significations.

Ainsi, nous avons passé la journée à parcourir les différents ensembles disséminés dans les montagnes environnantes, appréciant tantôt la vue depuis les emplacements funéraires, tantôt la précision des détails, mais le plus incroyable fut d'assister à une visite d'hypogée par des indiens locaux, les Paeces. En effet, deux d'entre eux, venus à cheval à quatre heures de là sous la pluie, sont restés autour d'une des cavités de longues minutes sans jamais vouloir y pénétrer... Leurs croyances racontent de drôles d'histoires à propos de ces tombes de civilisations antérieures, de l'énergie négative se dégageant soit-disant des tombeaux. Il faut savoir que lorsque qu'un Paece construit sa maison et qu'il trouve des « restes » de la civilisation de Tierradentro dans le sol, il change d'emplacement car cette « trouvaille » est synonyme de mauvaises ondes et de maladies... Le gardien lui-même reçoit régulièrement des bains purificateurs...

 

6 – 9 FEVRIER 2010 – J+182 - J+185 – DANS LE COEUR PRECOLOMBIEN ... SUITE

 

Tierradentro et San Agustin étant placées au point de jonction des trois cordillères du pays, vous vous doutez bien que le transfert routier entre ces deux villes fut comme à son habitude folklorique... Nous avons eu la chance de gouter au plaisir de la « promenade » en « chivas », une sorte d'hybride mi-camion / mi-bus mais surtout haut en couleurs. Et si Ophély a goûté aux joies des réchauffements corporels avec 10 indiens sur la même banquette, Ander a eu, quant à lui, le plaisir de naviguer sur le... toit ! Rien de tel qu'une petite virée à 3 mètres de haut pour mieux apprécier le paysage. Bon, jusqu'à ce que la pluie vienne s'en mêler, l'obligeant à se rouler dans une bâche en plastique avec nos sacs !

 

Arrivés à San Agustin, nous avons pu constater que si des liens de cohabitation avec Tierradentro semblent avoir été admis (il semble que les deux civilisations se soient côtoyées mais pas mélangées), leur culte de la mort commun ne donnait pas lieu aux mêmes sites funéraires. A San Agustin, ils se matérialisent par la présence de dolmens placés sous terre dans des « mesetas » (collines volontairement aplanies afin de recevoir un ensemble funéraire), au cœur desquels on a découvert d'imposants sarcophages de pierre mais surtout de superbes statues ultra-travaillées de type anthropomorphique (que vous verrez en photo... c'est plus facile que de vous les décrire...) qui, pour la plupart avaient le rôle de garder l'entrée des tombeaux. Clairsemés dans toute la région, il nous a fallu recourir à des agences pour pouvoir découvrir les différents sites. Et pour cela, nous avons tout d'abord retenu le mode de transport local : le cheval ! Rien de tel qu'une belle chevauchée au milieu de ces décors vallonnés à la découverte de preuves matérielles des temps anciens ! Cependant, la folle chevauchée s'est conclue par une bonne ampoule au milieu de la main pour Ander (qui a eu un peu trop tendance à s'accrocher au pommeau de sa selle), et deux belles chutes pour notre troisième coéquipier sud-africain (précisons qu'il avait demandé expressément un cheval fou pour bien galoper...) qui se sont soldées par une belle entorse du poignet... Et pour parfaire notre connaissance des lieux, nous avons ensuite opté pour une virée en 4x4 : cascades, autres ensembles statuaires, fouilles... San Agustin n'a plus de secret pour nous... enfin presque !

Quel sentiment étrange que de fouler des terres d'anciennes civilisations dont on ne sait quasiment rien... !

 

 

10 – 14 FEVRIER 2010 – J+186 - J+190 – BOGOTA

 

Nos quelques jours passés à Bogota nous laisseront autant de souvenirs fortement agréables que d'autres que l'on aurait préféré ne jamais avoir vécu mais ainsi est faite la vie et nous préférons n'en retenir le meilleur. Votre curiosité maintenant aiguisée, ne vous impatientez pas, on va tout vous raconter !

 

La visite du quartier historique de la Candelaria

Notre premier contact avec la capitale colombienne a débuté dans le quartier historique de Bogota : la Candelaria. Guidés par un agent de la police touristique, nous avons tout d'abord parcouru les lieux apprenant quelques anecdotes au sujet des différents bâtiments officiels rencontrés. Le Palais de justice par exemple ; nous savons maintenant que des doutes persistent encore sur les commanditaires de la partielle destruction dont il a fait l'objet par le M19 (une organisation de guérilla très connue en Colombie). Officiellement, il s'agit d'une revendication politique mais officieusement, le nom de Pablo Escobar circule. En effet, de nombreux dossiers, dont le sien, ont disparu lors de cet événement, lui permettant d'éviter extradition et procès aux États-Unis. Quant au palais présidentiel (qui ne l'était pas à l'époque), il fallu plus de 80 ans pour le construire. Deux hypothèses à cette durée anormale : l'une parle que l'argent étatique était davantage investit dans la guerre qui faisait alors rage dans le pays alors que l'autre relate que l'homme d'église supposé bénir le début de construction du bâtiment et fâché avec son frère l'architecte (peu fervent de religion) l'aurait fait de la main gauche... Une fois cette balade terminée, nous avons erré jusqu'à la fondation Botero. Nous ne pouvions manquer ces créatures plantureuses mondialement connues. Et nous avons passé un très agréable moment à pénétrer l'univers de cet artiste colombien contemporain : ses visions colorées, les proportions généreuses de ses personnages, son obsession temporelle, ses sculptures féminines aveugles ou endormies, ses versions de la dépravation...

 

Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt... ou pas !

La seconde journée fut décisive. Il y aura un avant et un après cette matinée du 11 février 2010 dans notre tour du monde. En effet, partis pour monter au cerro Monserrate (une montagne au pied de laquelle se tient la ville de Bogota) et observer l'étendue de cette mégalopole depuis les hauteurs, nous nous sommes dirigés vers la station du funiculaire / téléphérique. Sur le parcours, nous avons fait une mauvaise rencontre... Au détour d'une voie passante, deux mecs nous sont littéralement tombés dessus, objets contondants à la main. Et si le premier n'a pas réussi à dérober le sac à dos d'Ander, bien qu'à terre après 5 mètres de course, le second n'a eu aucun mal à empoigner Ophély par surprise, lui volant son sac à dos sous la menace. Bien évidemment, nous n'avons émis aucune réticence et nous sommes échappés en courant dès la prise donnée. Un vulgaire vol à l'arraché sous menace d'une arme comme il s'en passe apparemment fréquemment à Bogota. Rassurez-vous, plus de peur que de mal au final puisque nous n'avons pas été blessés... Mais cette histoire ne s'arrête pas là. Après avoir porté plainte (vous auriez vu le tas de déclarations dans le bureau...), nous sommes retournés chez notre hôte (un mec de couch surfing) pour souffler un peu et vérifier ce que le sac volé contenait précisément. Lorsque nous lui avons expliqué ce qui venait de se passer et qu'on lui a dit qu'en fait, ce qui nous embêtait le plus, c'était d'avoir perdu nos affaires « sentimentales » (photos, carnet de voyage, lunettes de soleil correctrices d'Ophély...), il nous a suggéré d'aller les « racheter ». Nous avons été quelque peu interloqués par la proposition mais il nous a précisé que cela lui était déjà arrivé et qu'en payant, il avait pu tout reprendre. Après tout, nous n'avions rien à perdre. Ander et lui sont donc retournés dans le quartier du vol pour signaler notre intérêt à la négociation. Après un ou deux échanges, un mec (un intermédiaire, dealer, qui dans le passé « travaillait » à Paris) les a appelés en leur précisant qu'il pouvait peut-être faire quelque chose pour eux. Ils ont alors rapidement récupéré le carnet de voyage et une carte mémoire (malheureusement pas celle avec les photos et vidéos...) mais la présence de policiers non loin a écourté l'échange et le mec leur a laissé son numéro pour poursuivre ultérieurement les pourparlers, tout en leur proposant quelques grammes de coke au passage... Quelques heures et échanges téléphoniques plus tard, rendez-vous était donné le lendemain pour les lunettes et la deuxième carte mémoire, non sans compter sur quelques pesos supplémentaires ! D'ailleurs, pour parfaire l'anecdote, notre voleur nous a, certainement sans y penser, laissé un souvenir : quelques photo de lui avec sa petite fille de 2 ans à peine, surement prise par la maman... Cynique !

C'est ainsi qu'au final, nous avons été délestés d'un appareil photo (pas celui d'Ander heureusement), d'un baladeur MP3 et de notre très chère mappemonde ! Heureusement, notre prudence aura payé : aucun papier, ni carte bleue, ni argent n'étaient à l'intérieur. Malgré cela, nous gardons pour le moment encore un peu de culpabilité : qu'avons-nous laissé passer pour que cela arrive ? Pas grand chose en fait car cela semble être monnaie courant dans cette ville, pour les touristes comme pour les locaux. Les habitants de Bogota vivent avec la conscience que cela leur arrivera un jour. Et il ne s'agit pas d'une question de quartiers dangereux ou pas, il semble qu'il faille avoir un GPS intégré pour savoir que, d'une rue à l'autre, les dangers évoluent. A tout juste une « cuadra » et demi (un pâté de maison de 100 mètres sur 100) du palais présidentiel, il est formellement déconseillé de s'y rendre et à une « cuadra » également de notre lieu fatidique, se trouve une immense station de police et une université tout aussi importante. La prudence est donc de rigueur.

Mais malgré nos déboires, nous ne souhaitons pas généraliser : Bogota n'est pas la Colombie et si la capitale connaît des soucis de délinquances, le pays n'en est pas moins sécuritaire et les colombiens sont d'une gentillesse exceptionnelle !

 

Le Musée de l'Or, un joyau !

Malgré une guerre des nerfs engagées pour récupérer nos affaires et pour oublier notre mésaventures de la matinée, nous nous sommes rendu au Musée de l'Or. La grandeur et la beauté de cet espace culturel nous obligera même à y revenir le surlendemain pour en profiter comme il se doit.

Ce musée de toute beauté regroupe un nombre incalculable de pièces d'or et regorge d'explications sur leur utilisation dans les civilisations anciennes d'Amérique Latine, notamment les rites et mythologies liés au métal précieux ou encore son importance dans le culte de la mort et des ancêtres. Nous avons même appris comment les objets les plus fins étaient réalisés à base de sculptures de cire moulées dans de l'argile puis fondues pour laisser place à l'or dans le moule avant de le durcir et de casser la coquille extérieure. On a contemplé également avec ébahissement certaines reconstitutions des ornements corporels que revêtaient les indigènes à l'époque, on comprend aisément que les espagnols ont du halluciné en les apercevant. Parrures de têtes, boucles d'oreilles, bijoux de nez, couvre-poitrails, bracelets de chevilles... chaque partie du corps des grands chefs était recouverte d'or. Même la moindre petite fille portait au moins 2 ou 3 éléments dorés. Bref, un bijou de musée à ne pas manquer !

 

 

L'exposition interdite

Après une nuit quelque peu agitée (forcément après les événements de la journée) et des fins de négociations pas trop défavorables (nous avons pour récupérer les lunettes solaire de vue et la carte mémoire avec toutes les vidéos depuis le Panama pour 35 € environ – autant dire à peine le prix d'un demi verre correcteur et encore), nous avons tenté de reprendre le cours du voyage et sommes allés à l'exposition « Bodies ». Cette exhibition, interdite en France car jugeant porter atteinte aux principes de respect du cadavre et de l'inviolabilité du corps humain, expose de véritables corps humains, hommes et femmes, entiers ou disséqués et plusieurs associations ont porté plainte, craignant que les corps présentés soient ceux de condamnés à mort en Chine. Nous ne rentrerons pas dans cette polémique mais nous pouvons assurer que les corps, préservés par « plastination » (technique qui consiste à remplacer les liquides organiques par du silicone), assure à la manifestation un caractère pédagogique et scientifique indéniable. Elle permet d'appréhender le corps humain sous toutes ses dimensions (os, muscles, nerfs, sang, système digestif, reproduction...). Et si grâce à nos cours de biologie nous sommes relativement au courant du fonctionnement de nos machines, ce genre d'exposition offrent à d'autres populations, comme les colombiens de s'étonner sur le fonctionnement du cœur ou encore de s'émouvoir sur les effets du tabac sur les poumons, abandonnant alors leur paquet de cigarettes dans un box déposé pour l'occasion...

 

Bien que déjà vue par plus de 30 millions de visiteurs dans le monde, vous n'aurez pas le plaisir de la découvrir alors on vous a retenu quelques infos. Notez que plus de 50 % des récepteurs sensoriels sont situés dans la rétine ou que le cerveau (de 1,4 kg en moyenne) possède plus d'un milliard de cellules nerveuses. Encore un peu de biologie : notre corps possède plus de 160000 km de vaisseaux sanguins (presque deux tours du monde !) et notre cœur balance environ un million de barils de sang sur une vie, soit l'équivalent de 3 super pétroliers ! Mais ce qui ne faut surtout pas oublier, c'est que notre cerveau se développe tout au long de la vie mais dégénère s'il n'est pas utilisé. Alors, tous à vos Wii pour votre entraînement cérébral journalier !

 

Un peu de légèreté dans ce monde de brutes !

99,99 % des colombiens sont d'une gentillesse à toute épreuve, cela est indéniable ! Nous avons encore eu le plaisir de le vérifier lors de la visite de l'exposition ; un homme nous ayant entendu parler français est venu nous voir pour échanger quelques mots et nous avons vite regretté d'avoir notre vol le dimanche matin... Sans cela, nous nous serions retrouvés en sa compagnie à la corrida de l'année... places présidentielles offertes par l'éleveur des taureaux en personne, s'il vous plaît !

Et le soir même, nous avons prolongé les agréables rencontres ! Par l'intermédiaire du système « Couchsurfing », nous avons fait la connaissance de Leon et Diana, un super couple de bogoteños qui ont essayé de nous remonter le moral à grands coups d'aguardiente !

 

Re-belote le lendemain avec Diego pour notre dernière soirée devant une magnifique « bandeja paisa » (plat typique de Medellin, à taper sur Google pour les plus curieux), chanteurs de musique traditionnelle colombienne à l'appui. En tant que grand amateur de vins, il était heureux de rencontrer des Français, de Bordeaux qui plus est, et pour fêter l'occasion, il nous a ouvert une bonne bouteille de « Castillo del Diablo » pendant que nous lui ouvrions les voies secrètes du Pétrus. Tellement content de sa soirée, il n'a pas hésité à faire un détour avant de nous ramener par le mont de la Calera, rendez-vous incontournable des jeunes le samedi soir, où nous avons profité des joies nocturnes de la capitale, un verre de « canelazo » (boisson à base d'aguardiente, de citron, de lulo et autres ingrédients indéfinis...) à la main ! Viva Colombia !