25 – 26 AVRIL 2010 – J+260 - J+261 – PREMIER CONTACT...

Un aéroport à l'international... une gare à l'indienne !

Nous avons atterris à Mumbai vers 2 heures du matin et si nous nous attendions à une arrivée nocturne en fanfare, l'attente tranquille des « rickshaws » derrière des barrières devant l'aérogare et un stand de taxis prépayés, pour éviter les négociations et arnaques à peine le pied en terre indienne, nous a plutôt permis un atterrissage en douceur.

Ayant choisi de ne pas rester à Mumbai (16 millions d'habitants à elle toute seule, on a préféré commencer tranquille !), nous avons enchaîné direct vers la gare principale de la ville pour tenter de prendre le premier train (prévu vers 6 heures) en direction d'Auragabad. Mais si l'aéroport fut une douce surprise, la gare, elle, n'a pas dérogé aux règles du pays ! Des centaines de personnes jonchaient le sol, sur des tapis, sur des bancs... attendant leur train, profitant de la relative fraicheur de la nuit pour piquer un somme. D'autres déambulaient de guichets en guichets, espérant passer de la « waiting list » au statut de billet confirmé. On savait que l'Inde grouillait, maintenant, on en avait la preuve : 2,5 millions de personnes transitent par cette station chaque jour !

 

En quête d'un billet de train

Après le round d'observation, il était temps pour nous de passer un peu à l'action : en quête pour le guichet spécial étrangers ! Mais dès la première tentative de renseignements, nous nous sommes fait mettre le grappin dessus par un agent de voyage local qui souhaitait nous « aider »... moyennant finance bien sûr ! Il nous a appris que c'était le début des vacances scolaires et que les trains étaient plus que surchargés. Ouais, ouais, c'est ça ! Les trains en Inde sont toujours bondés de toute façon et même en liste d'attente, il semble facile de pouvoir monter à bord, les annulations étant fréquentes. On l'a donc laissé parler... Selon lui, celui de 6 heures n'est plus vendable, vraiment trop surchargé, même en liste d'attente et pour celui de 13 heures et quelques, il était presque au taquet mais nous pouvions espérer obtenir deux billets sur un quota spécial qu'il pouvait nous dégoter, moyennant un supplément et un petit « pourliche ». Bon, il avait beau être 5 heures du mat', on n'avait pas perdu nos réflexes, on lui a dit qu'on avait besoin de réfléchir un peu, que peut-être finalement, on allait rester un peu à Mumbai, etc. Histoire qu'il nous lâche la grappe quelques instants et que nous puissions prospecter nous-même. Hop, hop... « A quelle heure est le prochain train pour Aurangabad ? 6H10 mais il n'est plus vendable, c'est les vacances scolaires et beaucoup de trains sont complets. OK. Et le suivant ? 13H50 mais li y a une important liste d'attente. OK. Il est possible d'acheter deux billets en liste d'attente ? Oui, au centre de réservation mais il n'ouvre qu'à 8h00 et il faut déjà faire la queue ! OK. Combien coûte le billet ? Il faut voir avec le centre de réservation. OK. » 1 heure facile de palabres et gestes, l'anglais n'est pas si répandu chez les indiens ! Pour obtenir les mêmes infos que notre « vendeur ». Bon ?! Et si nous allions piquer un petit somme dans la salle d'attente VIP pour se mettre les idées au clair ? Climatisés, nos petits cerveaux se sont laissés aller au repos quelques instants et lorsque nous avons ouverts les yeux pour se rendre au centre de réservation, la queue devant les portes d'entrée nous a franchement rebutés... le temps de la faire et notre train de 13h50 serait parti avant même d'avoir acheté les billets ! Gggrrrr... put... de vacances scolaires ! Il fallait que nous débarquions pile poil le premier jour ! Bon, deux alternatives s'offraient donc à nous, 1. nous pouvions tenter d'acheter nos billets au centre, faire des économies mais ne pas obtenir de façon sure nos billets ou 2. se la jouer facile avec notre revendeur et avoir deux billets nickel-chrome dans la ½h qui suivait. Et bien, on a préféré se la jouer fainéants et nous nous sommes préservés des jeux de coudes devant les guichets en achetant à notre petit gars, finalement sympa et honnête... il ne nous a jamais caché qu'il nous vendait un service. Nous avons eu comme promis nos billets très rapidement, sachant parfaitement que nous les avions payé facilement 2 fois leur prix... même s'ils restaient relativement bon marché compte tenu du cours de la roupie ! Enfin, grâce à ça, nous avons pu finir notre courte nuit dans la salle VIP climatisée, au milieu des indiens aisés tout autant avachis par terre que leurs homologues plus pauvres, installés sur les quais.

Enfin, à bord !

13h15, notre train rentrait en gare et il ne nous restait plus qu'à vérifier que nous étions bien enregistrés sur les feuilles de papier collées à l'entrée de chaque wagon. « RAYMOND - HARAMBOURE », bingo ! Puis, de nous installer dans le wagon « luxe », avec air conditionné (on a presque eu froid alors que l'on frôlait les 40° degrés à l'extérieur) et service au siège (pas besoin de se déplacer jusqu'à la voiture-restaurant... y'en a pas !). Et là, le spectacle a commencé ! Chacun y a d'abord été de « je te pousse ta valise par là pour pouvoir y mettre la mienne » (dommage pour le gars qui s'est essayé aux nôtres... avec leurs 15 kilos bien pesées et attachés aux barres, il ne lui a laissé aucune chance de les bouger !). Puis, vient le moment de s'installer confortablement dans le style « tant pis pour toi si ton siège est entre moi et la fenêtre... il faudra que tu me passes sur les genoux si tu veux l'atteindre ! » Sauvés, nous avions deux sièges sur le couloir ! Enfin, le train est parti à l'heure... exacte ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, les trains indiens sont d'une ponctualité à toute épreuve. Et au fur et à mesure que le train avançait... le volume sonore s'est mis à augmenter : par-ici, une femme en réconfortait une autre aux bords des larmes autour d'un chaï (thé parfumé aux épices), par-là, des enfants soufflaient à pleins poumons dans des serpentins ; d'un côté, le serveur annonçait les plats disponibles à la vente et prenait les commandes, de l'autre, un indien ronflait comme un bébé (mais comment faisait-il avec tout ce vacarme ?!) ! Une vision abracadabrante comme on s'attendait à la voir en débarquant dans ce pays !

 

Une soirée pleine de surprises...

Après 6 heures et demi de voyage, nous n'étions pas mécontents de descendre à Aurangabad, pour découvrir de nuit notre première ville indienne. Heureusement que nous avions un plan relativement bien fait pour trouver le chemin de l'auberge de jeunesse car même les policiers ne pipaient pas deux mots d'anglais ! Et dire que c'est la langue officielle du pays !

Et de surprises en surprises, nous sommes allés... Le « gardien » de l'auberge, qui s'occupait d'ouvrir la porte passé une certaine heure, était avachi dans son canapé, n'a daigné se lever pour nous ouvrir qu'après cinq tentatives et un haussement de ton. Faut dire qu'on se voyait mal faire le tour de la ville à 21 heures en quête d'un dodo ! Mais aussitôt entrés, il s'est recouché et n'a même pas pris la peine de nous dire où nous pouvions dormir, ni de nous donner des draps, ni encore moins de nous donner les prix. « Sit down and wait » qu'il nous a dit ! Tu parles ?! Au bout de 5 minutes à l'observer ronfler, on a été prospecter par nous-même trouvant une chambre double de fortune et c'est là que nous avons fait connaissance avec Adhonika et Vikram, deux indiens du coin qui venaient chercher un irlandais rencontré sur « CouchSurfing » et qui dormait lui aussi dans l'auberge, pour aller dîner en ville. Ils nous ont gentiment proposé de se joindre à eux et nous avons passé une fort agréable soirée en compagnie de ces deux sympathiques locaux prêts à nous faire partager leur culture. Cette première rencontre nous a donné un goût de reviens-y puisque nous avons passé chaque soirée à Aurangabad avec eux afin de mieux comprendre ce pays au multiple facette et nous avons même eu la chance d'être invités à dîner chez eux le dernier soir. Et si leurs prochaines vacances auront lieu la Thaïlande pour fêter les examens de chirurgien de Vikram, nous espérons qu'un jour ils viendront nous rendre visite à Paris !

 

27 – 28 AVRIL 2010 – J+262 - J+263 – DE GROTTES EN GROTTES

 

Aurangabad n'est pas en soi une ville touristique mais c'est l'un des points de chute principaux pour aller visiter deux sites majeurs de la culture indienne classés au Patrimoine Mondial de l'Unesco : « Ajanta caves » et « Ellora caves ». Il s'agit de deux complexes religieux dont les multiples temples, bouddhistes, jaïn et hindous, ont été taillés dans la roche.

Le premier jour, nous nous sommes rendus à « Ajanta » et avons, grâce aux deux heures de route pour s'y rendre, appréhendé les joies de la conduite indienne. Disons qu'une route à deux fois une voie sert sans aucun souci à trois voire quatre véhicules et que pour doubler, pas besoin que le champ soit libre, le véhicule d'en face s'écartera vers le bas côté sans problème... à moins que ce ne soit un bus, alors, dans ce cas, il faudra se rabattre rapidement ou freiner assez sèchement afin de reprendre sa place d'avant dépassement. Le plus simple, c'est d'écouter les indiens expliquer eux-mêmes leur principe de conduite en Inde : « no rules » (pas de régles) !

Sains et saufs (le retour allait être encore plus calme !), nous avons pénétré les lieux sans trop savoir à quoi s'attendre et rapidement nous avons été séduits. Il faut dire qu'une enfilade d'une trentaine de temples bouddhiques troglodytes emplis de fines peintures colorées pour certains et bondés de sculptures aux détails incroyables pour d'autres, ont de quoi laisser coi plus d'un visiteur ! Nous étions d'ailleurs ravis de remettre le couvert le lendemain sur le site d'« Ellora » où cette fois-ci les ensembles bouddhiques côtoyaient des temples jaïns et hindous... un esprit de tolérance religieuse soufflaient à l'époque dans la région ! Inutile de vous noyer d'explicatifs « techniques »... les plus intéressés iront tapoter sur Internet, mais nous vous invitons surtout à visionner les belles photos d'Ander pour mieux vous rendre compte de l'ampleur de ces incroyables chantiers. N'oubliez pas que chaque statue (et toute la somme de détails minutieux sur les piliers, les plafonds, les murs...) de chaque temple ont été creusée puis taillée à la main dans la falaise par des milliers d'hommes. Pour l'exemple, le temple principal d'Ellora aura nécessité la main d'œuvre de 7000 hommes pendant 150 ans !

Au bilan de ces deux journées, il nous a été impossible de faire un choix entre ces deux sites somptueux tellement ils sont différents et se complètent, pourtant un point commun nous a permis de les relier sans la moindre hésitation : la curiosité des Indiens ! Si les premiers contacts furent plus timides avec seulement quelques questions sur notre pays de provenance, nos prénoms..., ils se sont rapidement enhardis et très vite, nous avons eu droit aux demandes de photos. Pas pour les prendre eux avec notre appareil, non, non ! Pour nous prendre nous avec le leur ! Si, si ! Et une photo avec le bébé dans les bras et une autre avec la mamie à côté et une dernière parce que le cousin troisième génération égaré dans le temple voisin n'avait pas eu la sienne... Des stars, on vous dit, nous étions littéralement des stars ! Mais nous ne l'avons été que quelles heures parce à la sortie aucune limousine pour nous conduire au frais dans notre palace prendre une bonne douche ! Non, seulement, le vieux bus local qui nous a ramené en ville pour prendre un autre bus de nuit vers notre prochaine étape. Encore toute une expérience !

29 – 30 AVRIL 2010 – J+264 - J+265 – TUTUTUTUTUTUTTTTTT !!!!

 

Nous avons débarqué à Ahmedabad à 8 heures du matin après une nuit relativement agitée dans le bus (les nuits dans le bus fera l'objet d'un article ultérieur...) et une... enfin deux (il fallait bien ça pour faire baisser la température de notre corps) bonnes douches bien fraiches, nous nous sommes attaqués à la visite de la ville. Et Ahmedabad n'est pas n'importe quelle ville ! Loin des hordes de touristes du Rajasthan, elle a tout d'une mégalopole indienne : bruyante, embouteillée, chaude... ! Antipathique nous direz-vous ? Et bien, non ! Passés les ribambelles de klaxons et les 46° degrés à l'ombre (auxquels nous avons parfois eu du mal à nous habituer ne le cachons pas), cette cité nous a ouvert les portes de l'Inde comme on l'aime : chaleureuse, animée, envoutante ! Bon, c'est sur que lorsque nous avons tourné trois fois autour de la gare de bus pour trouver le bureau de la municipalité parce que personne ne comprenait l'anglais et nous envoyait n'importe où, on a ragé ! Mais lorsque l'on a fini par le trouver ce put... de bureau et que 5 hommes se sont pliés en quatre pour nous permettre de prendre le « city touristic bus » pour faire une visite guidée de la ville... on a été charmés ! Et de vérifier ce principe de cordialité partout durant nos deux jours d'escale, dans les mosquées, dans le bus... !

Au-delà de ce contact humain, nous avons également aimé la ville en elle-même. Tout d'abord, lors de notre tour de ville en bus où nous avons découvert musées, temples et autres particularités et surtout le « Gandhi Ashram », la première « communauté philosophique » que Gandhi a créé selon son propre idéal de vie dans les années 1910. C'est dans ces lieux que ce grand homme a établi sa charte de tolérance, prônant les vertus de la vérité, de la non-violence, de l'inexistence des castes... devenant ainsi le premier indien à ne pas considérer les intouchables comme intouchables. Cet « ashram » fut également le berceau de la « révolution douce » que mena Gandhi contre les Britanniques jusqu'à l'indépendance de l'Inde en 1947. Si l'austérité des lieux ne nous a pas permis de prendre à sa juste mesure la vie qui se déroulait ici, les nombreux descriptifs de la vie de Gandhi nous ont, quant à eux, permis de mesurer l'importance de cet homme pour toute une nation. « The father of the nation », tout simplement !

Notre balade à pied du lendemain matin dans la vieille ville nous a encore davantage conforté dans les trésors que recèlent Ahmedabad. Guidés, nous avons circulé de « pol » en « pol » (quartiers séparés où vivaient les gens de mêmes castes et de mêmes religions) par des portes dérobées et autres petits passages secrets dignes d'un labyrinthe. Loin des artères surchargées, nous avons profité de ces havres de paix où nous avons même été surpris de voir des pigeonniers en pierre élevés pour offrir habitat et nourriture aux oiseaux.

La chaleur se faisant alors de plus en plus assommante (à titre indicatif on a consommé environ 4 à 5 litres d'eau par personnes et par jour) , nous nous sommes réfugiés dans les nombreuses mosquées de la ville où, au-delà du plaisir des yeux devant les détails architecturaux, nous avons savouré leur fraicheur avec délectation !

Et en parlant de délectation, nous avons fini notre séjour au « Gujarat » (région où se trouve Ahmedabad) autour de notre premier « thali », grand classique de la gastronomie indienne.

ENCART SPECIAL « SLEEPER, SLEEPER »

 

Pour passer d'une ville à l'autre en Inde, cela prend vite plusieurs heures. Alors, pour optimiser ces délais incompressibles, on en est vite venus à utiliser des transports de nuit et c'est là que le folklore a commencé !

Version « bus »

Tout d'abord, nous avons testé la version « sleeper bus ». Après avoir parcouru différentes agences un ou deux jours auparavant pour être sûrs d'avoir de la place (et surtout comparer les prix et les prestations), nous voilà en train d'attendre à Aurangabad dans le bureau de la compagnie de bus. Arrivés à l'avance sur les conseils de notre vendeur (et oui, compte tenu de la politique de surbook indien, mieux vaut être prudents !), on se met à taper le carton. Pas âme (de client) qui vive à l'horizon ! Puis, soudain, la cohue commence... Chacun arrive avec son baluchon, ses cartons, ses valises... et très vite, on se retrouve à une , facile ! Sauvés, on est au moins au bon endroit, reste à savoir si on va tous rentrer dans le bus avec tous ces excédents de bagages ! Encore quelques minutes et le bus débarque ! Surprise, il paraît neuf (somme toute relativf par rapport au pays mais quand même) ! D'un coup, c'est l'affolement général... Et que je te pousse pour mettre mon chargement dans le coffre... Et que je te pousse pour monter... Et que je te pousse pour redescendre alors que tu cherches à monter (andouille, si tu me laisses passer, tu descendras deux fois plus vite !) ! Après quelques minutes et quelques mouvements de coudes, nous y sommes ! Euh..., je ne vois que des sièges qui ne semblent pas se coucher ?! Ils sont où les lits ?! Au-dessus bien sûr ! Ah, les mini box vitrés au-dessus des sièges classiques, c'est ça les « sleepers » ! Cabine E et F, nous voilà enfin dans notre « casba » pour la nuit : deux matelas fins l'un à côté de l'autre avec deux grandes vitres donnant sur la rue, l'air climatisé (pour une première, il faut y aller avec le luxe) et un dévidoir suspendu pour mettre quelques affaires (pas trop quand même!). Ça nous a paru presque cosy jusqu'à ce que nous tentions de nous allonger ! Si Ophély pouvait presque s'installer de tout son long (presque), pour Ander, c'était mission impossible et la position « chien de fusil » allait être incontournable ! Un peu de nettoyage car on aurait dit que les précédents occupants avaient fait un gueuleton sur place et hop, nous étions prêts pour... 15 heures de route ! Rien que ça ! La sortie de la ville s'est effectuée relativement tranquillement mais une fois sur la route dégagée, aie, aie, aie ! Qu'est-ce que ça peu dandiner un « sleeper bus » ! Sans oublier le principe de base indien « no rules » ! Chacun prend la place où il la trouve ! Bon, nous avons tout de même réussi à piquer un somme intermittent et sommes arrivés à destination courbaturés... mais entiers !

On a dû aimer ça car on a remis le couvert quelques jours plus tard pour un nouveau trajet de 10 heures initiales, transformées en 14 heures ! Franchement, c'est surtout qu'on a pas eu trop le choix, aucun train ne circulant entre nos deux étapes ! D'autant plus que cette seconde expérience a été une montée en puissance : le bus d'une vieillesse certaine était plus que surchargé (nous avons même trouvé un indien dans notre couchette qu'il a fallu gentiment houspiller pour qu'il se déloge), le nettoyage avait du être fait dans une autre vie (ouf, les paréos sont multifonctions!), l'air climatisé n'existait pas sur cette route mais comme il nous manquait carrément une fenêtre (heureusement, il y avait un barreau en travers pour ne pas passer par dessus bord !), nous avons eu notre dose de ventilation toute la nuit. Ajoutez à tout ça, une pression du mec qui s'occupait des bagages à l'arrière du bus pour nous faire payer un bakchich si l'on voulait retrouver nos effets personnels à l'arrivée et une fin de parcours aux heures les plus chaudes dans une région désertique... et vous obtenez deux « backpacker » heureux de débarquer ! A quand, la prochaine ?!

Version « train »

En parallèle des bus, nous avons aussi testé la version ferroviaire du « sleeper ». Tout aussi folklorique pour le spectacle des indiens qui s'y pressent, le train est surtout plus stable, plus ponctuel, plus confortable... Plus quoi ! En même temps, c'est pas difficile !

Mais le train possède aussi ces inconvénients. Le principal, c'est l'achat du billet en gare ! Mais mis à part Mumbai où le début des vacances scolaires avait surbondé les wagons, la basse saison actuelle au Rajasthan nous a facilité la vie car les lignes de train sont plutôt vides. Pas besoin pour Ophély de pousser trop d'indiens devant le guichet pour acheter nos billets car, en Inde, les femmes sont prioritaires et peuvent sans aucun scrupules dépasser une file de trente, quarante indiens pressés de parler au vendeur ! Il y a tellement peu de monde que lors de notre premier voyage, nous avons eu un ensemble de 6 couchettes pour nous tous seuls !

Il y a aussi la poussière ! Ah oui, la poussière ! Les fenêtres laissées ouvertes toute la nuit pour ventiler les wagons lui permettent de s'y engouffrer et nous retrouvons, au petit matin, nos banquettes, nos sacs, nos fringues, nos narines... plus ou moins recouverts d'une fine pellicule ocre !

Avantage de cet inconvénient, cela permet de voir si des intrus sont venus visiter nos affaires ! Car le troisième dilemme du train, ce sont les vols ! Pas d'agressions ni de menaces... seulement quelques mains baladeuses qui cherchent à faire glisser les sacs sous les banquettes afin de se les approprier. Mais nous avons trouvé un remède efficace utilisé par tous ici : les cadenas ! Il y a même des anneaux spécifiquement installés pour pouvoir y attacher ses affaires ! Et pour le moment, touchons du bois (pourvu que ça dure), rien n'a bougé !

 

Et si le « sleeper » est parfois dur pour le quota de sommeil, il nous permet quand même de vivre plus près des indiens le temps d'une nuit pour mieux comprendre leur mode de vie, leur désorganisation souvent organisée et de leur incapacité à attendre en silence !

 

1ER – 4 MAI 2010 – J+266 - J+269 – QUELQUES GRAMMES DE FINESSE DANS CE MONDE DE BRUTES !

 

Une atmosphère paisible, une rencontre agréable...

Après Ahmedabad et ses 5 millions d'habitants, Udaipur et ses pauvres 400.000 âmes nous a paru... paisible ! On savait pourtant que l'on entrait dans la partie touristique du pays, « franchouillarde » comme dirait un ami, mais la diminution notable des klaxons et des « richshaw », la circulation dans des artères plus étroites et un contact « soft » avec les vendeurs touristiques nous ont tout de suite fait apprécier Udaipur. Et les jours suivants nous l'ont confirmé. Après 10 mois de haute saison touristique, mai et juin sont deux mois calmes au Rajasthan. Du coup, ils ont dû faire leur beurre parce que nous n'avons pas eu droit au harcèlement classique à chaque coin de rue. Ils proposaient, on déclinait, ils n'insistaient pas. On a même pu se dégoter une jolie « guest house » avec un splendide « rooftop » (terrasse sur le toit). Le « rooftop », c'est l'arme touristique par excellence mais on plaide coupable, quel pied ! Quel pied de s'installer tranquillement sur des poufs sur lune terrasse dégagée de tout obstacle pour observer la ville à ses pieds et profiter de la vue sur le lac et son célèbre « Lake Palace », l'hôtel où a été tourné quelques scènes de l'« Octopussy » de James Bond.

Udaipur a aussi été le lieu d'une sympathique rencontre, celle d'Amandine et Sylvio que nous avions croisés à la gare le matin en arrivant et que nous avons retrouvé par pur hasard dans la « guest house » où nous logions. Infirmière et pharmacien en route pour la Nouvelle-Calédonie, ils prennent le temps de leur déménagement pour visiter quelques pays asiatiques. Nous avons fait connaissance pour partager un taxi pour la visite de deux lieux majeurs à bonne distance de la ville et le liant a bien pris puisque nous nous sommes suivis de plus ou moins près pendant plusieurs jours où nous nous donnions rendez-vous dans chaque ville-étape pour partager du bon temps et la découverte des lieux.

De belles architectures pour agrémenter l'ensemble !

Malgré le calme d'Udaipur, pas question pour autant de fainéantiser, la région regorgeant de beautés que nous ne voulions surtout pas manquer !

Nous avons donc débuté notre tour d'horizon par deux sites majeurs situés à quelques heures de route de la ville : l'inexpugnable Kumbhalgarh et l'holistique Ranakpur. Le premier est un incroyable fort Mewar (une des dynasties de l'époque) datant du XVème siècle dont les contours sont délimités par une muraille de plus de 36 kilomètres à travers des paysages arides. L'enceinte du royaume englobait aussi bien des palais que quelques 360 temples, de nombreux jardins et plus de 700 bunkers à canons. Avec la vue imprenable sur la vallée et une position en hauteur permettant une aération indispensable en ces lieux de fortes chaleurs, le fort devait être un haut lieu de vie à l'époque ! Notre deuxième étape fut plus spirituelle puisqu'il s'agissait d'un des cinq temples sacrés de la religion jaïn (religion très présente en Inde que nous allons tenté de comprendre rapidement mais qui pour l'instant reste encore pour nous une nébuleuse!). Malgré notre compréhension partielle des lieux, nous avons été subjugués par cette bâtisse de marbre blanc, par la finesse de son architecture. Autour du cœur s'articulent 29 halls supportés par une forêt de 1444 piliers ! Bon, on les a pas comptés mais on fait confiance à notre source ! Et chacun de ces piliers est taillé, décoré, sculpté, orné... de dieux et déesses, de danseuses, d'animaux et autres détails minutieux. Une pure merveille !

Après cette escapade en campagne, nous nous sommes aussi appliqués sur la ville en elle-même avec un tour en « rickshaw » pour apprécier cénotaphes (tombeaux-mausolées), marché, musée folklorique et autres jardins pour se rafraichir au gré des fontaines ! Nous n'avons pas non plus manqué de déambuler au rythme de l'audio-guide dans le « City Palace », le plus grand palace du Rajasthan avec une façade de 244 mètres de long et une hauteur de plus de 30 mètres ! Véritable conglomérat de palais de différents maharajas, ce complexe nous a permis de toucher du doigt l'imagerie « maharaja ». Au détour de paisibles jardins intérieurs, au son des envoutants « ragas » (musique traditionnelle lancinante), on se serait bien projetés quelques siècles auparavant pour se faire éventer par de somptueuses persiennes humidifiées et suspendues à des crochets au-dessus des fenêtres pour ventiler et rafraîchir la pièce.

Traditions et compagnie

On a aussi profité de notre séjour pour appréhender deux axes de la tradition rajasthani : la cuisine et les danses folkloriques !

Pour la gastronomie, on s'est laissé tenté par un petit cours de cuisine réputé des environs. 6 heures de laborieux travaux ! Pourquoi laborieux ? Parce qu'une coupure d'électricité nous a sucré le ventilateur qui tentait péniblement de réduire notre moiteur... Parce qu'avec cette même coupure, la lecture de la recette et le mijotage à la bougie a été moins facile... Parce que la variété des recettes indiennes nécessitait que le cours s'éternise jusqu'à minuit... Mais nos efforts ont payé et non seulement nous avons pénétré certains secrets de la cuisine indienne mais en plus, on a eu droit à un succulent repas et même des « doggy bag » pour le lendemain !

Concernant le folklorique artistique, le spectacle de danses traditionnelles rajasthani auquel nous avons assisté le dernier soir nous a ravis. Après une introduction musicale de l'orchestre et une saynète animée par des hommes rugissants pour symboliser un combat, les femmes sont entrées en jeu avec leurs robes colorées. Débutant par une danse « simple » où elles jouaient du jupon, elles se sont ensuite mis à joindre le son à l'image. Tenant dans chaque main des clochettes, elles les frappaient avec alternance sur des mini timbales installées sur leurs tibias, leurs coudes, leurs plantes de pieds... Elles ont laissé place quelques minutes à une démonstration de « puppet show » (marionnettes) avec que l'une d'entre elles ne revienne pour le clou du spectacle. Ce petit bout de femme, d'un mètre cinquante les bras levés sur un tabouret, a entassé progressivement 10 pots à eau sur sa tête, alternant les animations et mouvements entre chaque accumulation : montée sur des verres brisés avec les trois premiers pots, puis sur une assiette qu'elle faisait basculer pour accompagner l'orchestre du tintement avec 6 pots et enfin, une ondulation du corps avec la total, 10 pots qui représentaient deux fois sa hauteur. Époustouflant !

 

5 – 7 MAI 2010 – J+270 - J+272 – DANS LE DESERT

Une arrivée en fanfare

Notre expédition vers l'étape suivante, Jaisalmer, a commencé par une guerre des nerfs ! Tout d'abord parce notre bus qui devait partir vers 22h30 dernier carat n'a pas daigné pointer le bout de son nez avant 23h15 et le temps que chacun prenne sa place, on n'a pas décollé avant minuit moins le quart ! Sans parler que notre prise de quartier (nous avons de nouveau réservé des « sleepers ») nous a demandé d'entrée de la patience ! Un petit indien, certainement monté à un arrêt précédent, s'était tranquillement approprié nos couchages ! Et malgré sa grande capacité à faire la sourde oreille, nous l'avons suffisamment secoué pour qu'il s'éjecte de là vite fait ! Pas de pitié en Inde, sinon, on est foutu ! Et après avoir joué des coudes, il nous a fallu résister à la pression du « backshish » d'un des mecs du bus qui surveillait les sacs. Soit disant qu'il y avait une « surcharge » bagages pour leur assurer confort et sécurité ! On a bien tenté de faire comme si on comprenait pas mais les nombreux arrêts au milieu de la nuit et son insistance sur l'augmentation du risque ont eu raison de notre self-control et nous avons fini par céder ! Pauvres de nous mais nous n'allions pas prendre le risque de nous retrouver à poil pour 15 malheureuses roupies (1 € = 58 roupies). La fin de nuit a du coup été plus réparatrice, ce qu'il fallait pour affronter les turpitudes des « rickshaw » qui venaient nous chercher jusque dans le bus ! Encore heureux, nous avions déjà « booké » une « guest-house » par l'intermédiaire de nos amis, Amandine et Sylvio (arrivés ici la veille). Du coup, l'absence de commission à la clef (en fait, les « rickshaw » demandent une com° aux hôtels à qui ils ramènent des clients et généralement, l'hôtel en répercute une partie sur le prix de la chambre) les a de suite calmé et nous avons pu atteindre notre dodo relativement calmement ! Et pas n'importe quel hébergement ! Une « guest-house » avec piscine ! Quel pied que de piquer une tête après 15 heures de bus... en plein désert ! On a eu du mal avec un tel rafraîchissement d'aller parcourir la ville mais la chaleur décroissante et la magnificence du fort nous a motivés. Parcourir son labyrinthe de ruelles semi-éclairées s'est d'ailleurs avéré une balade bien agréable ! Et puis, la piscine nous attendait à notre retour afin de baisser notre température pour la nuit !

Quand t'es dans le désert ...

Aller à Jaisalmer sans une excursion dans le désert, c'est un peu comme aller à Paris sans monter à Montmartre. Bien sûr, il s'agit du truc à touristes par excellence mais un passage obligé ne peut se rater !

Après une remise en ligne de l'organisateur du tour (qui bien sur demandait un prix exorbitant alors qu'on est en basse saison...) par un représentant de l'office du tourisme pour nous faire un prix correct et assurer les prestations en conséquence (ne jamais relâcher la pression en Inde, on vous le dit !), nous avons pu embarquer dans un splendide 4x4, direction le désert du Thar et ses petits villages... plus ou moins authentiques ! Tandis que le premier nous a réservé un bel échange autour de nos écrans photos et nos piercing / tatouages, que le troisième nous a permis une douce pause « chai » (thé aux épices), les enfants du second nous ont plutôt reçus à coup de « give me ! Give me ! » (donne-moi), de tirage de doigts pour tenter d'ôter les bagues et de jets de pierre à la sortie lorsqu'ils ont compris qu'ils n'obtiendraient rien de nous sinon un échange. L'envers du décor du tourisme dans toute sa splendeur ! Ne jamais donner aux enfants de façon gratuite... en croyant les aider, les soulager, on les pervertit ! Mais bien sûr, bien plus facile à dire qu'à faire !

La tournée des villages terminée, le traditionnel « camel ride » (tour en chameaux) nous attendait. Deux heures de balades au milieu des dunes sur les dos arrondis de ces bêtes du désert ! C'est sacrément adapté à cet environnement un chameau (enfin plutôt dromadaire vu le nombre de bosses pour ce qui nous concernait !). Bon, les dunes dorées par les prémisses du crépuscule n'avaient rien de comparables à leurs pairs namibiennes ou sahariennes mais c'était bien sympathique de se dandiner au milieu de ce style de paysage et puis notre ami Sylvio nous a animé la méharée. Et un I-pod dans le sable, et de un ! Et une bouteille dans le sable, et de deux ! Et une casquette dans le sable, et de trois ! Le gamin qui devait se dévouer pour ramasser ses effets personnels à chaque fois aurait fini par le fusiller du regard s'il y avait eu une quatrième chute !

Dernière étape de la journée : le spectacle traditionnel de danses et musiques. Installés seuls depuis quelques minutes autour de la scène, nous commencions à nous inquiéter. Euh, y'a bien un spectacle ce soir, non ?! Oui, oui ! Nous attendions seulement le car d'indiens partis faire eux aussi leur « camel ride ». Et pas de doutes, à les voir débarquer du bus et courir comme dans un concert de Madonna pour s'approprier les meilleures places, il allait y avoir quelque chose ! La soirée a commencé paisiblement sur des airs d'accordéons et de tam-tam indiens et de quelques danses. Mais très vite, les indiens ne sachant tenir en place, quelques énergumènes ont fait des tours de pistes, y allant chacun de sa démonstration en échange de quelques billets laissés aux artistes. Puis le tour des danses de « groupe » est arrivé et tout le monde a pu s'engouffrer sur la piste pour suivre de façon plus ou moins réussie les gestes et pas effectués par les danseuses. Et forcément, étant les seuls blancs de l'assemblée, ils sont venus nous chercher, de gré ou de force, pour les accompagner ! Une fois de plus, nous nous sommes retrouvés en train d'onduler nos corps au milieu de peuples étrangers...

 

Une dernière journée architecturale

Toujours autant tentés de rester immergés dans les eaux fraiches de la piscine, nous avons du nous faire violence pour aller visiter d'autres merveilles architecturales locales.

Dans un premier temps, le fort pour profiter de l'imbrication de ses temples jaïns, de ses ruelles trop marchandes le jour, de ses vues sur les étendues désertiques alentours mais aussi et surtout, de celle sur les nombreuses immondices qui tapissent le sol des tours de gués. Malheureusement, la conscience écologique indiennes reste plus que sommaire mais on ne peut leur en vouloir tellement leurs préoccupations quotidiennes sont primaires.

Puis, dans une deuxième temps, la visite de l'« haveli » (demeure fortifiée de l'aristocratie indienne) du premier ministre du temps où Jaisalmer était un état princier, il y a de cela 300 ans. Nous y avons découvert des astuces de construction surprenantes : la réalisation d'espaces vides entre deux étages pour permettre une aération des lieux mais aussi une alarme de sécurité grâce au principe de résonance, l'existence de zones creuses recouvertes à la chaux dans les piliers de certaines pièces servant à conserver les biens personnels des soldats lorsqu'ils partaient en guerre et la mise en évidence d'un système de baïonnettes et de vis dans de la pierre pour accrocher des décorations extérieures lors de grandes cérémonies. Tout un art !

Après avoir nourri nos cerveaux, nous nous sommes occupés de soigner nos corps... dans la piscine ! C'était une obsession, allez-vous penser ! Euh... disons que par 45°C de moyenne depuis près d'une semaine... oui !

8 – 10 MAI 2010 – J+273 - J+275 – DANS LA VILLE BLEUE

Une tradition particulière...

Tout juste le temps de finir notre nuit après une arrivée matinale à 5h30 à la gare, de se remettre de nos émotions des retrouvailles avec Amandine et Sylvio (que l'on ne les quittera plus jusqu'à Varanasi !) et de se ravitailler le gosier avec quelques « samossas » que nous voilà en train d'embrayer vers la pièce majeure du coin : Mehrangarh, majestueux fort, propriété des descendants du Maharaja de Jodhpur. Et la vue accordée du haut de ces remparts nous a permis de confirmer de la prédominance des tons azurs sur la cité. Même si ce n'est pas une majorité, de nombreuses maisons sont peintes en bleue et l'on comprend mieux le surnom de Jodhpur, la « Ville bleue ». Pourquoi bleu ? Notamment pour les propriétés anti-moustique de la couleur apparemment mais nous n'avons pu vérifier, les 45° degrés habituels ayant eu raison de la peau de ces pauvres anophèles avant !

En dehors de la somptuosité des remparts (dont vous trouverez facilement toute l'histoire sur Internet) et de l'enchevêtrement des palais (« pearl palace » pour sa couleur blanc nacré, « pleasure palace » pour la beauté de ses spectacles artistiques...), notre attention a été retenue par la présence de nombreuses empreintes de petites mains rappelant le « Sati » (suicide rituel qui avec nos yeux d'européens parrait assez barbare) des veuves du Maharaja qui s'immolèrent sur son bûcher funéraire en 1843 (apparemment, dernier « sati » royal officiel de Jodhpur). Nous avions déjà eu écho à Udaipur de cette tradition avec des sous-entendus plus ou moins explicites sur la pression mise aux veuves afin qu'elles achèvent leur vie avec celle de leur mari défunt. Et des dates à faire froid dans le dos avaient alors été murmurées par le guide : les années 1980... Cette tradition serait depuis devenue interdite mais certains doutes subsistent dans des castes très conservatrices.

 

Mais pourquoi tant de haine ?!

Après de nombreuses heures de visite des richesses de la ville, nous n'étions pas contre un bon petit apéro et la perspective d'une bière fraîche commençait à nous titiller ! Renseignement pris, nous avions l'adresse d'un « beer shop » facile d'accès mais malgré notre grande motivation et notre envie limitée d'un énième coca, nous avons vite du nous rendre à l'évidence, les délicates bulles de houblons n'allaient pas être pour nous cette fois-ci. 1,5 km à tourner en rond à la recherche de cette pauvre échoppe, à demander à chaque nouveau coin de rue la direction. « Première à droite » à chaque réponse, même après 3 ou 4 ruelles dépassées ! Grrr ! Changement de tactique alors car nous n'allions pas nous décourager d'être en territoire jaïn et direction la « guest-house ». Dans un repère à touristes, il y a forcément de la bière ou au moins une adresse fiable à communiquer ! Notre seconde tentative fut bien plus fructueuse puisque nous avons réussi à obtenir notre petite « Kingfisher » (bière locale) mais cela fut toute une histoire quand même. Nous avons du nous rendre dans le restaurant végétalien de la « guest-house » et commander le cocktail spécial du patron ! Officiellement, une boisson dans la pure tradition jaïn et en catimini, un mug de bière. Et oui, hors de question de mettre en évidence une bouteille de bière sur la table ! Et bien, croyez-nous qu'on l'a dégustée avec délectation, sans en perdre une goutte, tant pour sa rareté que pour son prix. Avec nos deux pauvres mugs, nous en avions pour la moitié du prix de notre nuit.

Frustrés devant tant de difficulté à prendre un peu de plaisir (par 46° degrés, une petite bière fait toujours du bien), on a profité de séjourner dans une « guest-house » tenue par une famille jaïn pour leur demander un petit brief sur leur religion ! Pourquoi tant de dureté envers l'être humain ?! Nous avons ainsi eu la confirmation de leur régime alimentaire. Ce sont des « pure veg » (végétaliens pour nous) : il leur est hors de question d'avaler un morceau de viande ou tout autre produit animal tels que les œufs (qui sont de futurs animaux) compte tenu du respect absolu de toute forme de vie. Le lait est en revanche accepté puisqu'aucune trace de vie n'a transité à l'intérieur. Concernant l'alcool, il est formellement interdit pour les distorsions qu'il apporte sur l'esprit. Mais plus qu'une alimentation strict, c'est tout un mode de vie drastique. Deux exemples frappants, tout d'abord, celui de la mère du propriétaire. Confortablement assis en train d'écouter ses explicatifs sur la religion jaïn, ses traditions, ses obligations... il insiste soudainement sur le besoin d'être fort pour être jaïn et nous montre du doigt une affiche accrochée au mur à laquelle nous n'avions pas prêté attention. On y voyait à droite le portrait d'une femme bien portante et à gauche, le même portrait affaibli, à moitié caché par une gaze avec des traces jaunâtres. Et sous chacun de ces portraits, deux dates : 29 juillet et 2 août 2005 ! Nous avons pensé qu'il s'agissait d'un simple cadre commémoratif mais plus que cela, c'était l'affirmation du choix de mourir de sa mère. Le 29 juillet était la date où elle décida qu'il était temps pour elle de s'en aller, qu'elle avait fait son temps et où il stoppa et de s'alimenter et de boire ; le 2 août était la date de sa mort ! 5 jours à se laisser mourir, de son propre gré, à petit feu ! Pour avoir du cran, il faut avoir du cran ! Pour le deuxième cas, il s'agit des « sadhus » (sages). Afin de mériter leur statut, ils doivent entre autres s'arracher les cheveux un à un à la main le tout sans verser une seule larme bien sur sous peine de sanction supplémentaire ! On avait l'air malin avec notre complainte pour notre pauvre malheureuse bière !

 

Session sportive à la gare

En dehors de nos apprentissages métaphysiques, c'est tout l'art quotidien indien que nous avons appréhendé chaque jour... notamment l'art des trains ! Et notre petit tour en gare de Jodhpur a peut-être été l'un des plus éducatifs !

Une session Internet dans les pattes et nos programmes respectifs remaniés, il ne nous restait plus qu'à nous rendre en gare pour tenter d'acheter les billets correspondants et surtout obtenir quelques confirmations. Dans chaque gare, il y a des « booking office » avec des guichets spéciaux pour les touristes où les mecs parlent relativement bien anglais... mais bien sûr, nous avions choisi un dimanche pour aller à la pêche aux tickets et nous avons donc trouvé porte close ! « Euh, rappelez-moi, vos trains partent bien tous les jours, quasiment 24 heures sur 24 ?! » On s'est donc rabattus sur un guichet quelque conque à l'intérieur de la gare et là, ce fut une toute autre histoire ! Déjà, il a fallu repérer le bon guichet, ce qui nous a valu pas moins de 3 allers-retours entre deux qui se renvoyaient la balle... puis se faire comprendre ! Heureusement, on a fait marcher notre cerveau et on a fini par comprendre que l'un comme l'autre ne pouvait vendre que des billets sur des train au départ de cette gare. Tiens ! Mangeons nos dents, pour les informations et les billets sur les autres destinations, on repassera ! Qu'à cela ne tienne, on va au moins acheter ceux pour le lendemain, histoire de ne pas avoir fait le voyage pour rien ! Et puis, maintenant qu'on tient le bon guichet, on va pas le lâcher ! Ophély s'attaque donc à la commande à travers le minuscule trou et c'est là que la session la plus sportive a eu lieu ! 1 : résister aux 3 mecs qui poussent derrière pour atteindre la caissière alors qu'elle est en train d'éditer nos billets ; 2 : résister à la petite qui quémande 10 roupies depuis maintenant 3 minutes accrochée à son bras ; 3 : résister à l'envie de foutre une claque à la guichetière qui pipe pas un mot de ce que l'on veut ou fait semblant de ne pas comprendre ou est sourde comme un pot, au choix. Bref, le maître-mot : résister ! Mais on commence à avoir de l'endurance, alors, on résiste et après 5 minutes le billet est en poche. Pas le temps de souffler pour vérifier que tout est OK, les trois lourdauds sont déjà en train de beugler à la nana leurs requêtes. On s'éloigne un peu pour bien relire et surprise, la classe éditée est différente de celle demandée. Waaouuhhh ! Va falloir y retourner ! Retour sur les lieux du crime et cette fois-ci, pas de quartier, un coup de coude et un ! En moins d'une minute, on est en face de la nana qui nous répond que la classe demandée n'existe pas sur ce train. Elle se fout de notre gueule, son collègue du premier guichet pouvait nous la vendre mais que le lendemain matin ! On insiste mais on doit commencer à la saouler parce qu'en ni une ni deux, on se retrouve dans le bureau du chef qui nous confirme qu'il n'y a effectivement que la « seconde » sur ce train. Bon, bon, et bien on va faire avec ! Mais à 136 roupies (2,35 € le billet pour 4, oui, oui, pour 4), ça promet. Surtout qu'il est spécifié dans tous les guides que la « seconde », c'est la bétaillère ! Pas de réservation et des personnes en surnombre. Moins de 24 heures à attendre pour vivre cette expérience ! Euh, on n'est pas si pressés finalement !

Après tout ce sport, on a été se réconforter avec quelques friandises sur le « rooftop » de notre « guest-house », dominant la ville jusqu'à la tombée de la nuit, avant de faire un dernier tour au marché observer les échoppes colorées animées rameter le chaland !

10 – 11 MAI 2010 – J+275 - J+276 – LE LAC SACRE

Pas si pire !

Un peu inquiets de par ce qui nous attendait en seconde, on était sur le pied de guerre plus d'une ½ heure à l'avance pour être sûrs d'avoir de la place. Et bingo, notre stratégie s'est avérée payante puisque nous avons pu nous installer confortablement tous les quatre sans avoir besoin de jouer des coudes malgré l'absence de places réservées ! Le trajet s'est même révélé presque agréable puisque nous avons pu piquer un somme pour compenser notre départ matinal à 7 heures et nous avons même pu jouer au « Time's Up » pour faire passer le temps ! Faire deviner des personnalités aussi stéréotypés de notre culture que Superman, Sheila ou Rimbaud et Verlaine au milieu de cet environnement indien plus qu'en contraste nous a bien fait marrer !

Pushkar, ville détente

Après une première agréable surprise concernant le trajet, notre arrivée à Pushkar, véritable village aux yeux de l'Inde avec ses quelques 20 000 habitants, nous en a réservé une seconde tout aussi savoureuse. Dépendante du tourisme telle une station balnéaire, Pushkar a été un véritable terrain de jeu pour la négociation ! Pour une fois, on a pu faire notre loi. C'est la basse saison pour 2 mois (mai – juin) et les touristes ne se bousculant pas au portillon, ils font tout pour nous attirer. Et vu qu'ils se « gavent » pendant 10 mois sans pitié sur le dos de nos compères, on s'est pas fait prier pour les faire transpirer ! C'est comme ça qu'on a eu l'un de nos meilleurs dodo, rapports qualité/prix (le premier sera celui de Khajuraho, autre petite ville dépendant du tourisme) : 150 roupies (2,60 €) pour deux (100 à Khajuraho) ! Et attention, une chambre « clean », ni glauque, ni crado !

On a remis le couvert dans les rues commerçantes inondées d'articles textiles en tout genre ! Heureusement pour eux, nous avions encore du chemin et donc des kilos à porter, sinon, ils auraient encore sué davantage !

En revanche, si on a gagné haut la main la partie « shopping », la partie culinaire est resté dans leur camp ! Nous avons beau avoir sélectionné un restaurant réputé et répondu « no, no, no spicy » à la question du chef lors de la commande, nos palais ont eu droit à l'incendie indien incontournable ! Même les deux hommes, les plus habitués d'entre nous, ont avalé plus rapidement que d'habitude leurs bouchées pour sentir le feu passer plus rapidement ! Quand on vous dit qu'on donne de notre personne en Inde !

 

Pushkar, ville sacrée

Haut lieu de pèlerinage pour les hindous (la petite ville aurait surgi là où Brahma aurait laissé tomber une fleur de lotus), Pushkar abrite des rangées de « ghats » (ensemble de marches descendant vers des bassins d'eau sacrée) où l'on trouve aussi bien de véritables croyants en plein rituel que des « escrocs à touristes » prêts à se dévouer pour vous faire votre « holly passport » (passeport sacré). Volontaires pour nous délester de quelques roupies, ils nous ont sauté dessus en moins de deux, nous séparant tous les quatre pour mieux se laisser influencer ! Nous avons été polis et les avons laissé effectuer leur sketch sans les interrompre ! Presque sagement car on s'est quand même amusé à répéter de façon erronée les phrases anglaises qu'ils nous demandaient pour voir à quel point les roupies qu'ils devaient voir défiler dans nos yeux les rendaient indulgents... Ah, ils étaient mignons de prier avec nous pour nos familles, nos amis, nos proches... mignons de nous donner fleurs et autres offrandes « free » comme ils disaient... mais tout d'un coup bien moins mignons quand on leur a dit que l'on ne donnerait pas ! Ah, là, tout de suite, ça les a beaucoup moins fait rire et Ophély a même eu droit à un gentiment déplacé « bad karma » ! Euh, rappelle-moi, dans ta religion, tu ne dois pas escroquer ton prochain, non ?! Alors, « bad karma for you ! ».

Une fois la grappe lâchée (ils se sont vite passés le mot : « eux, laisse tomber, ils donnent pas ! »), on a pu assister tranquillement à la venue des pèlerins, leurs cérémoniels, etc. On a même pu en faire le tour pieds nus comme le veut la tradition, chose dont on aurait pu s'abstenir à la vue des granules blanches sur lesquelles nous avons marché. Si nous avons eu quelques instants le doute, l'identification formelle d'un os de bassin dans les eaux du « ghat » (présence d'infirmière à l'appui) nous l'a très vite ôté, nous avions marché sur des restes crématoires. Bouuhhh ! Mais les choses ici ne se perçoivent pas comme chez nous, il suffisait de voir les enfants sautant dans le bassin à quelques mètres de là ou encore les femmes se lavant soigneusement les cheveux. C'est un lieu sacré et tout le monde y a droit, vivant comme mort !

 

11 – 13 MAI 2010 – J+276 - J+278 – LA VILLE EN ROSE

 

On gagne pas à tous les coups !

On est arrivés à Jaipur en fin de soirée où nous devions être accueillis par un mec de « CouchSurfing », sa belle-sœur nous avait invités par le site mais comme nous n'étions plus deux mais quatre avec nos deux « loulous » ramassés au passage, nous avons été transféré vers la maison de son beau-frère, plus spacieuse ! Avec nos différentes soirées passées en compagnie d'Adhunika et Vikram, on avait un goût de reviens-y d'être en contact avec des locaux. Mais si l'accueil réservé par nos deux « aurangabadais » a été plus que super, les multiples promesses non tenues et les pirouettes incessantes de dernières minutes à chacun de nos rendez-vous de notre hôte de Jaipur nous ont plutôt laissé sur notre faim. Rien de bien méchant mais l'échange ne fut pas au rendez-vous ! On ne peut pas gagner à tous les coups !

 

Fort d'Amber, « Hawa Mahal », City Palace, « Monkey temple »... la totale !

A défaut d'expérience humaine, on a au moins bien profité des splendeurs de la ville : le fort d'Amber, le « Hawa Mahal » (ou Palais des vents), le « City palace », le « Monkey temple », les bazars... Tout y est passé ! Et on s'est bien régalé !

D'abord avec le fort situé à une dizaine de kilomètres de la ville. Après Jaisalmer et Jodhpur, on se disait que les forts allaient commencer à nous raser ! Mais le passage en bus de la porte de l'enceinte de la citadelle, juste au creux de deux remparts rocheux cernés de murailles pour les rendre encore plus infranchissables, nous a enchanté ! Et la découverte de la forteresse et de l'enchevêtrement de ses ruelles, dominant la vallée de tout son poids, a renforcé cette impression. Seule peut-être, la finesse des sculptures et des peintures... moins délicate, plus simple qu'au fort de Jodhpur nous a moins séduits.

Nous avons continué notre tournée des grands ducs avec le célèbre « Palais des vents », conçu spécifiquement pour les femmes par le maharaja Sawap Pratap Singh et qui doit son surnom à l'architecture atypique de ses fenêtres semi-octogonales permettant une ventilation exemplaire.

Le lendemain, après un tour complet des bazars du vieux quartier de la « ville rose » (en 1876, toute la ville fut peinte en rose, couleur de l'hospitalité, pour recevoir le prince de Galles), nous nous sommes attaqués à la cerise de la ville : le City Palace. Avec sa collection d'armes parmi les plus importantes d'Inde, la finesse du mobilier de son « darbar » (salle des audiences), ses deux jarres d'argent hautes de 1,60 mètres, inscrites au livre « Guiness des records », sa cour des « quatre saisons ».... Un régal que la visite de ce palais différents de ceux des autres villes.

Pour finir, le coucher de soleil au « Monkey temple » nous attendait. Après une légère altercation avec le « richshaw » qui nous riait à la barbe du prix démesuré qu'il nous avait fait (rien de tel pour faire dégoupiller Ander), nous avons cru que les innombrables singes sur le chemin allait nous en barrer l'accès ! « Jaipur, c'est une grande ville, il doit bien y avoir un centre antirabique dans le coin, non ?! » Mieux vaut quand même prévenir que guérir ! On a donc commencé par mettre nos jambières (mieux vaut mourir de chaud que mourir tout court !), puis on a suivi des mecs qui leur distribuaient de la bouffe (ils s'occuperaient plus d'eux que de nous) et on a quand même garder une bouteille à la main (au cas où malgré toute notre prudence un téméraire daignerait s'approcher). Score final : 1 seul coup de bouteille et pas une égratignure !

N.B. : Pour les détails techniques de toutes les beautés visitées, nous vous invitons à visionner nos photos ou bien encore feuilleter des guides documentés, naviguer sur la toile ou encore venir vous rendre compte par vous-même, cela sera beaucoup plus parlant, pertinent et fourni.

 

Chauffeur !!

Nous ne pouvions clôturer l'article sur Jaipur sans parler de notre expérience du bus local. Non seulement parce que bien que moderne (affichage digitale du numéro du bus sur le haut du pare-brise, je vous prie), nous n'avons pas été épargné par la cohue intérieure qui nous a fait sentir la chaleur des corps indiens bien plus proche que notre cercle de sécurité ne pouvait le tolérer, non seulement parce qu'une fois de plus, nous avons été de véritables attractions (on arrivera même à négocier de passer un coup de fil sur un mobile en échange d'une photo) mais surtout parce qu'un soir, de nuit, malgré l'aide d'un mec dans le bus pour identifier l'arrêt, le bus n'a pas stoppé.

Essayant, en vain, dans un laps de temps limité de lui faire comprendre de demander au bus de s'arrêter puis obtenant la précision que le prochain arrêt était loin, trop loin... (ce qui était hors de question, après les nombreuses heures à crapahuter sous la chaleur),, nous nous sommes mis à beugler tous les quatre en même temps « stop » ! Sous les yeux éberlués de nos copains les indiens qui ont fini par avoir pitié de nous et ont prié le chauffeur de s'arrêter afin de nous laisse descendre... 500 mètres plus loin ! Nous avions évité le pire... se perdre dans la banlieue de Jaipur à plus de 21 heures à la recherche d'un bus retour !

 

14 – 16 MAI 2010 – J+279 - J+281 – DU COTE DU TAJ MAHAL

Les expériences se suivent mais ne se ressemblent pas

Lorsque nous avons débarqué à la gare de Jaipur pour prendre notre train en direction d'Agra et que nous avons découvert sur le listing (1 heure avant le départ de chaque train, des listes imprimées avec les noms des passagers et les sièges correspondants sont affichées en gare) nos noms avec des places numérotées, nous avons été agréablement surpris. Cette deuxième expérience de « seconde classe » s'annonçait encore mieux ! Mais lorsque nous avons fini par repérer notre wagon, à peine quelques minutes avant le départ du train, et que nous avons constaté la surabondance humaine à l'intérieur, on a vite compris que c'était bien moins gagné qu'on ne le pensait ! On a toutefois réussi à monter à temps dans la cabine mais un challenge en remplaçant un autre, nous nous sommes heurtés à une muraille humaine et se dégager de nos sacs à dos pour les mettre dans les racks prévus à cet effet s'est relevé du parcours du combattant. Bon, après avoir pris un ou deux coup, les locaux ont fini par nous laisser faire. Et voilà qu'ensuite, de longues minutes ont suivi avant que l'on arrive à faire comprendre à la famille qui occupait nos quatre places qu'il fallait qu'elle bouge. Patience et longueur de temps en Inde... Une fois... rien, deux fois... rien ! Petit haussement de ton, trois fois... enfin, ils ont daigné bouger ! On vous laisse imaginé comment se sont déroulées les 5 heures qui ont suivi, coincés sur nos banquettes, les jambes pliées tant bien que mal entre les cabas volumineux de nos amis les indiens, serrés eux à 5 sur une banquette pour 3 (leur gabaris est en adéquation il faut dire). Quant à la sieste (nous nous étions levés à 4h30 pour prendre le train), elle fut plus que sporadique et notre cou a eu droit à une grand séance de gymnastique pour faire de nos petits sacs à dos conservés sur nos genoux une tentative d'oreillers décents ! Quelle libération que notre arrivée en gare d'Agra !

Epuisés, nous avons abordé la deuxième partie de la journée plus que calmement : petite sieste, visite paisible du « Baby Taj » (en gros un petit monument ressemblant au vrai Taj Mahal mais en petit...) et premier coucher du soleil sur l'incontournable Taj Mahal ; de quoi retrouver des forces pour les deux jours de visite qui venaient.

Partie remise et compensation non négligeable

Après une première tentative avortée de visiter LE monument d'Agra, le Taj Mahal bien sûr (d'une part, nous ne nous étions pas levés assez tôt et foule d'indiens se pressait déjà au portillon et d'autre part, nos sacs à dos n'étaient pas tolérés dans l'enceinte), on s'est rabattus sur la découverte du second lieu incontournable de la ville... son fort. Cet ensemble dont les doubles remparts massifs atteignent par endroit plus de 20 mètres et s'étalent sur 2,5 km de circonférence est un subtil mélange de grès rouge (pour la partie construite par le père) et de marbre blanc (celle édifiée par le fils qui n'était autre que le constructeur du Taj Mahal). Mais son atout le plus significatif peut-être reste sa vue imprenable sur le Taj (bien que ce dernier est été construit ultérieurement). Malgré notre déception du matin (nous avions quand même posé les pieds sur terre à 6 heures), déambuler dans ce harem où vécurent jusqu'à 5000 femmes simultanément, au milieu de beaux jardins aménagés nous a mis du baume au cœur. Et nous n'aurions pas été contre une découverte plus approfondie des lieux si la part « visitable » n'avait pas été un peu trop limitée, la plus grande partie étant une base militaire interdite au public.

Le temple de l'amour

Cette fois-ci hors de question de se rater, nous n'avions pas de troisième chance ! Nous étions donc sur le pied de guerre dès 5h30 pour arriver à l'ouverture des portes. Le petit ticket magique déboursé 750 roupies en poche (13 € environ ; les locaux ne paient que 20 roupies pour info et ce quelque soit leur niveau de vie) et le contrôle de sécurité passé plus ou moins sans encombre (on a toujours un truc qui traine dans les poches qui est interdit, n'est-ce pas Ander ?), nous y étions ! Quelques mètres supplémentaires pour dépasser les somptueuses portes d'entrée et voilà ! Il était là sous nos yeux, majestueux comme sur les clichés innombrables qui circulent à travers le monde, d'une blancheur immaculée sous les premières lueurs de l'aube : le Taj Mahal ! L'un des monuments les plus célèbres et les visités au monde où même Lady Di au bord de la rupture n'a pu résister à se faire prendre en photo devant ce temple de l'amour ! Et bien, nous non plus, on n'a pas résisté et on était prêts à jouer des coudes pour avoir notre cliché ! Heureusement l'heure matinale a rendu l'accès au panorama relativement simple et avec un peu de patience on a même pu limiter la casse sur le nombre de bras et de jambes ne nous appartenant pas dans les cadrages ! Il était temps d'aller le scruter d'un peu plus près. Et malgré les vus et revus de ce bâtiment et bien, on est resté sur le cul ! Non pas que l'ambiance qui s'en dégage est quelque chose de particulier, il y a tellement de monde qu'on se croirait chez Disney, mais simplement par la finesse inimaginable d'une structure aussi imposante par ailleurs. Cette dualité permanente entre sa simplicité et sa complexité laisse perplexe. Et apprendre, en observant des arabesques au détail effarant et au incrustation de pierres précieuses hallucinantes, que le Taj Mahal possède une symétrie parfaite de part et d'autre de la ligne qui traverse la tombe de Mumtaz Mahal (deuxième épouse de Shah Jahan, morte en mettant au monde leur 14° enfant en 1631 et à qui le mémorial est donc dédié) laisse littéralement coi. Quel boulot ! En même temps, le gars, il n'a pas lésiné sur les moyens : 20000 ouvriers et artisans d'Inde et d'Asie centrale ont participé à sa construction qui débuta en 1631 et s'acheva en 1653. Quand on aime... on compte pas !

 

Une journée en enfer qui avait pourtant si bien commencé !

 

sur la route de Fatehpur Sikri

Nous avions « booké » un taxi pour l'après-midi pour aller explorer un autre site classé au Patrimoine Mondial de l'Unesco à 1 heure de route environ d'Agra. Après moult négociations forcément, rendez-vous était pris pour 14 h tout rond. En tant que bon français, nous débarquons tous les quatre avec un petit quart d'heure de retard... rien de bien méchant voyez-vous et personne n'est là. On patiente, 10 minutes, ¼ d'heure, toujours personne. On commence alors à interroger le mec : « Il est où le taxi ? ». Soit-disant qu'il est dans les bouchons et qu'il ne va pas tarder. 5, 10 minutes de plus. 14H50, là, c'est plus possible ! « Il est où ce put... de taxi ? ». Dans les bouchons ! On leur a vite fait comprendre qu'on était pas dupe et que si le taxi n'était pas là dans les 5 minutes, ça allait commencer à sentir mauvais pour eux. Et voilà qu'à peine la pression mise, un chauffeur débarque de nulle part. 15H10, on est enfin prêts à décoller et à peine les pieds mis dans la voiture, on apprend qu'en fait, le mec venait juste d'être appelé 10 minutes auparavant. Nous nous interrogeons et le chauffeur que nous avons vu nous précise qu'en fait, ses prix sont fixes et qu'en général, on l'appelle quand on n'a pas pu obtenir de bonnes négociations avec les autres. Bon, c'est pas grave, incident terminé, repartons sur de bonnes bases et voyons avec le mec si nos demandes ont bien été transmises. Et là, les ennuis ont continué, ça coinçait au niveau de l'heure de retour souhaitée mais les frais annexes semblaient bien inclus dans le package. 15H30, après plus d'une heure et demi sur le délai initial, on sort enfin de la ville ! Pas trop tôt ! Mais, c'était trop beau pour que la suite se déroule comme sur des roulettes. 20 minutes de trajet et voilà que le moteur s'est mis à chauffer ; voyant au rouge et fumée sous le capot ! Et bien, nous voilà bien maintenant ! Heureusement qu'on avait des bouteilles d'eau minérale à lui mettre dans la cornet à la titine parce qu'il n'y avait pas âme qui vive aux alentours. On est repartis avec le capot ouvert, histoire de l'aérer un peu (et oui, 47° degrés et plus, c'est pas facile, même pour les voitures). Bien sûr, avec une montée à 70 km/h et rien pour le retenir, le capot s'est rapidement envolé. Dans notre malheur, on a eu la chance qu'il se plie et le chauffeur a pu avoir un coin de visibilité pour s'arrêter sur le bas-côté en toute sécurité. On a tenu comme cela jusqu'au village suivant où enfin, on a pu trouver de l'eau... beaucoup d'eau ! 4 bonnes cruches plus tard (put... le radiateur était carrément au bord de la déshydratation !), la température a commencé à redescendre pour atteindre un niveau honorable et on a pu reprendre la route. Allait-on y arriver cette fois-ci ?! Oui, non... presque ! Pas d'encombres mécaniques supplémentaires, simplement, nous nous sommes fait déposer à 6-700 mètres à pied du site sous prétexte que les voitures touristiques ne pouvaient pas pénétrer plus près. On a cru qu'on allait exploser car on avait expressément choisi de prendre le taxi pour ne pas avoir à marcher sous le caniard et on avait bien précisé que le parking (justement pour les touristes) était inclus dans le prix. Quoi qu'il en soit, on a eu beau batailler, il ne nous restait plus qu'à transpirer un peu à l'aller et au retour ! Mais imaginez bien que la moutarde nous est quelque peu montée au nez quand on a croisé quelques centaines de mètres plus loin des taxis identiques au nôtre et qu'on a même eu la précision qu'à partir de 18 heures, ils pouvaient venir jusqu'au pied du site gratuitement ! On saura jamais le fin mot de l'histoire mais notre journée qui avait si bien débuté avait failli se barrer en jus de chaussettes... Au-delà de ces contre-temps, le site valait le détour puisqu'il s'agissait d'une magnifique cité fortifiée, ancienne capitale de l'Empire moghol, alliant à merveille architecture indienne et musulmane.

Le retour en soirée vers Agra s'est effectué sans événements intempestifs mais si l'on croyait en avoir fini avec les surprises pour la journée, notre arrivée en gare allait nous remettre au jus vite fait, bien fait (nous avions un train de nuit pour notre étape suivante Khajuraho).

Spécial « escroquerie »

Pour l'anecdote (on vous a déjà servi en aventure pour la journée mais on ne pouvait manquer de vous raconter ça), notre escapade à Fatehpur Sikri a été également l'occasion de mettre à jour l'une des plus belles escroqueries indiennes. A la fin de notre visite, plusieurs gamins nous ont demandé nos tickets d'entrée comme souvenirs. D'ailleurs surpris, leur insistance nous ont mis la puce à l'oreille et nous leur avons refusé, par principe. Ils ont alors commencé à nous les négocier... contre des cartes postales... contre notre retour au parking en tuk-tuk gratuit pour ceux en âge de conduire. Étrange ! En les interrogeant sur leur intérêt si particulier pour nos pauvres tickets déjà utilisés (il y a une partie que les gardiens arrachent à l'entrée), on a compris qu'ils les revendaient 50 roupies chacun (on les avait acheté 250). Mais quel intérêt et qui voudrait de billets usagés, non réutilisables ? Qui serait prêts à mettre 50 roupies dans un bout de papier inutile ? Et bien les vendeurs officiels de tickets figurez-vous ! Oui, oui, les mecs du gouvernement qui nous avaient vendu ces mêmes tickets quelques heures auparavant. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'ils sont de mèche avec les gardiens de l'entrée. Comme cela, ils rachètent un ticket qui n'existe plus aux yeux du gouvernement pour 50 roupies, qu'ils revendent ensuite 250 roupies au prochain touriste qui n'y voit que du feu puisque personne ne lui dit rien sur la partie manquante garantissant la validité du billet, le gardien faisant partie du complot. Et hop, reste 200 roupies à se partager ! L'arnaque est de notoriété publique puisque le gouvernement fait des descentes de temps à autres pour faire le ménage et changer quelques agents mais le temps que les tensions s'apaisent et la combine repart de plus belle !

en gare d'Agra et dans le train

Arrivés en avance pour vérifier nos sièges (nous étions alors en « waiting-list » 6 à 9, ce qui est très peu en Inde, parfois, on peut arriver à monter en ayant été au rang 50, 60), le mec, de surcroît désagréable au possible, nous annonce qu'on est encore en « waiting-list » pour trois d'entre nous et que le 4° à un demi-siège. Ah, merdouille ! On se renseigne sur les politiques d'« up-grade » pour lesquelles, en payant un surplus, on peut changer de classe et éventuellement trouver de la dispo. mais il faut voir cela directement avec le contrôleur dans le train. On n'avait plus qu'à attendre et croisait les doigts. Le train est arrivé en gare et comme pour ajouter un peu de pression à cette journée pas encore assez longue et compliquée (on était debout depuis 5 heures et il était 23 heures passées), on a du courir avec nos gros sacs à dos pour atteindre notre voiture qui, bien sûr, était en queue de peloton alors que le train commençait déjà à partir ! Y'a des jours comme ça... Soulagés d'être à bord, notre sursis fut plus que court car nous avons vite constaté que le train est complet... pas une banquette de libre dans notre classe « sleeper » et quand on a demandé au contrôleur si il y avait d'autres places en AC, nous avons eu la grande désillusion d'apprendre que l'ensemble du train était complet ! Malgré nos vérifications de visu en AC (pas un siège), notre insistance sur la possibilité de payer le « upgrade », tout ce que nous avons pu faire a été de jouer l'option pas très « fair play » du « backshish ». En temps normal on rechigne à céder à ce genre de pratique mais là il faut avouer notre faiblesse : après une journée sans fin, s'imaginer faire nuit blanche ou dormir dans un coin « craignosse » de la plateforme d'entrée ne nous faisait vraiment pas envie. A quatre, on rentrait même pas assis ! Le contrôleur a accepté de vérifier son listing et nous a trouvé... des places ! Ne nous demandez pas comme il a fait mais il a délogé sans vergogne deux personne et un peu honteux, on a commencé à s'installer. Le « bon Dieu » ne devait pas être très fiers de nous non plus car nous avons été de nouveau mis à l'épreuve : rentrer à 2 dans une banquette pour 1... format indien ! Dans un sens... dans l'autre... tête bêche... on a réussi à s'en sortir mais on peut dors et déjà affirmer que ça n'aura pas été l'une des meilleures nuits !

 

17– 18 MAI 2010 – J+282 - J+283 – CLASSES X

 

Si nous pensions en avoir fini avec les déconvenues après notre nuit mitigée dans le train, les « rickshaw » ne nous ont pas laissé de répit dès notre débarquement pour autant : proposition de « guest-house » à foison, racolage pour un tuk-tuk... Au contraire, nous étions des proies faciles ! Mais comme toujours, nous avons résisté et il était hors de question de payer un trajet 100 alors qu'on savait qu'il en coutait 60 ! Notre résistance a payé puisque l'un d'entre eux a fini par baisser à 70 mais il a failli se faire fusiller sur la place publique pour son geste. Les autres en colère qu'il ait « trahi l'union » (union à « enpapaouter » les touristes, bien sûr), ils ont voulu se mettre en travers du véhicule et nous empêcher de passer. Ouuhhh ! Là, ça n'allait pas le faire, après hier, cette nuit, nous n'avions plus la patience pour leurs conneries. Ander est donc gentiment descendu du rickshaw, a bombé le torse (et oui, pour une fois que la différence de gabarie peut servir !) et a haussé le ton : « Vous voulez nous empêcher de partir ?! Vous essayez de nous avoir, ça ne marche pas et vous vous énervez en nous menaçant ?! Vous voulez que je m'énerve moi aussi et que je vous menace ?! » Le ton, le regard, l'attitude... peu importe ce qui a fait son effet mais ils se sont calmés illico presto et on a pu rejoindre le village de Khajuraho où pour la première fois depuis plus de 24 heures, un événement positif majeur nous attendait : une chambre plus que correcte à 100 roupies(soit 1,8 € la chambre double avec salle-de-bain privée...), le meilleur rapport qualité / prix en inde dont on vous a déjà parlé !

 

Khajuraho, petit village de 20000 habitants, est réputé pour ses « mithuna » (sculptures de couples enlacés dans des poses sensuelles) sur les façades de ses temples tantriques hindouistes... autrement connu sous le nom de temples érotiques ! Et voilà, comme tout d'un coup, tout le monde tend l'oreille ! Ces temples ont la particularité d'avoir pris la voie de l'assouvissement du désir pour atteindre le « nirvana ». Au lieu d'entretenir la frustration par le renoncement au désir en y résistant, l'idée des lieux est en quelque sorte d'affirmer qu'il est plus efficace d'y céder du moment que l'on suit certaines règles. « La meilleure façon de résister à la tentation est d'y céder » comme disait Oscar Wilde.

Mais, attention, il ne s'agit pas seulement de temples érotiques. Ces murs servaient également de panneaux d'informations civiques avec le récit des guerres du royaume et autres événements quotidiens (combats d'éléphants, scènes de chasse...).

Au-delà des messages transmis par les sculptures, ces temples sont de toute beauté d'un point de vue architectural ; la grâce de certaines « asparas » (nymphes célestes dansantes) en ferait presque oublier qu'il s'agit de statues de pierre. Et leur construction n'est pas sans rappeler la magnifique cité d'Angkor. Et pour cause, la civilisation qui a établi Khajuraho, au IX et Xème siècle, s'est ensuite déplacée vers le Cambodge et y a créé le complexe que tout le monde connaît, sans figures érotiques et quelques deux siècles plus tard.

Pour les curieux, Ander s'est fait un malin plaisir de prendre quelques clichés des plus belles gymnastiques mais pour les plus libertines (zoophilie chevaline par exemple), notre devoir de protéger les enfants qui nous suivent ne nous permet pas de les afficher. Ne soyez-pas déçus, y'a déjà de la matière entre masturbation, fellation et autres positions.

 

19 – 22 MAI 2010 – J+284 - J+287 – AU COEUR DU SACRE

 

Varanasi, alias Bénarès, font partie de ces villes où l'on sait que l'on en sortira différent. Imprégné de spiritualité, ce lieu offre des moments aussi délicats qu'impérissables et nous espérons qu'avec toute notre application nous arriveront à vous retranscrire l'atmosphère que l'on a ressenti dans l'une des plus anciennes cités constamment habitées au monde et l'une des grandes villes saintes d'Inde.

Une vieille ville aux ruelles étroites, débarrassée de toute circulation

Pour mieux mieux comprendre cette ville, ses habitudes, ses croyances..., nous avons réalisé une petite visite guidée de la vieille ville accompagné d'un guide qui à travers de nombreuses anecdotes, nous a fait partager sa culture. Progressivement, on s'est approprié les lieux, on a mieux compris la perception du temps chez les hindous, l'importance du respect des offrandes et autres rituels pour se racheter de ses pêchés et espérer mettre fin au cycle des réincarnations.

On a également appris la légende du Gange : à une époque indéterminée, un homme se mit à prier pendant des années le Dieu Brahma pour que celui-ci offre à la ville de Varanasi le fleuve sacré. Ce dernier, convaincu par tant de ferveur, ne put le lui refuser mais lui expliqua qu'il ne pouvait lui envoyer le fleuve sans l'aide de Shiva, seul Dieu capable de recevoir autant de puissance aquatique afin de la transformer et la transmettre à la ville sans risque de destruction. L'homme pria alors de nombreuses années supplémentaires Shiva pour que celui-ci accepte de l'aider à recevoir le Gange. Également convaincu par tant de dévotion, il accepta et c'est ainsi que Shiva accueillit le grand fleuve dans se grande tignasse, « l'intégra » et le reversa sous forme de doux jets dans l'himalaya pour en constituer un fleuve paisible.

En dehors de ces légendes religieuses, notre balade nous a surtout permise de découvrir les ruelles étroites de la vieille ville qui sonnent encore comme un labyrinthe à nos yeux : palais, temples, gargotes, guest-house, épiceries, marchés de fruits et légumes... on n'imaginait pas tout ce que cet enchevêtrement de artères minuscules regorgeait ! On a même visité un quartier spécifiquement réservé à la fabrication de la soie de Bénarès (dont la réputation internationale n'est apparemment plus à faire) dans lequel il était difficile de soupçonner que plus de 10000 personnes travaillent.

 

Les « ghats », le pouls des hindous

On ne peut pas venir à Varanasi sans se balader sur les « ghats » (longs escaliers descendant jusqu'au Gange). Véritable centre de la vie spirituelle de la ville, tous les rites les plus intimes, de vie comme de mort, s'y côtoient. Les pèlerins hindous y viennent pour se laver de leurs pêchés dans le Gange ou pour la crémation de leurs proches. Mourir à Varanasi permettrait parait-il de mettre fin au cycle des réincarnations.

On ne pouvait donc se la jouer différemment et on s'est fait le grand classique : la balade en bateau sur le Gange pour voir les rives depuis le fleuve, tantôt le soir pour prendre le pouls de l'extérieur de la cérémonie journalière réservée à la déesse Ganga, tantôt le matin pour voir la ville s'éveiller, à la douce lueur de l'aube. « Puja » (offrande ou prière), séance de yoga, parties de crickets... les activités ne manquent pas sur les rives du fleuve. Les enfants se baignent, apprennent à nager, s'éclaboussent... les femmes lessivent, se pomponnent... les hindous prient, effectuent leur rituel quotidien... Le cœur de l'univers hindous est bien plus vivant que mort.

Mais si la plupart des « ghats » servent au bain et aux activités quotidiennes, deux d'entre eux sont réservés au crémation où l'on peut observer les feux crépiter indéfiniment : 300 incinérations journalières environs pour le « burning ghat » principal, situé au pied de notre « guest-house ». Mais que l'on se s'y méprenne pas. Il ne s'agit pas d'une esplanade glauque où l'on sent le cochon grillé comme on peut l'entendre dire quelques fois. Non, au contraire, les odeurs d'encens emplissent l'atmosphère et les défilés traditionnels donnent une dimension pour ainsi dire intime à l'endroit. Nous ne sommes pas particulièrement voyeurs mais nous voulions voir cela de plus près et comprendre, enfin tenter de toucher du doigt, leur appréhension de la mort. Et si nous pensions y rester à peine quelques minutes avant de se trouver face à nos limites culturelles, l'ambiance nous a amadoués tout en douceur. Certes, les corps enroulés dans de longs draps orangés débarquent de tout part pour être imbibés dans le fleuve avant de rejoindre le bucher ; certes, certains de ces mêmes corps laissent entrevoir des morceaux de chairs (jambes, bras...) durant la crémation... mais les rituels effectués autour du corps (trois fois le tour du corps avant « l'allumage », versement de l'eau sacrée sur Gange sur le bucher), les nombreux regroupements d'hommes et de femmes en pleine discussion sur les marches avoisinantes, la douce luminosité ambiante des feux et les nuages de fumée qui s'élèvent rendent l'atmosphère presque... apaisante. On y ressentirait presque le sentiment que les vivants sont « heureux » pour leur défunt de cette nouvelle étape... un passage vers des cieux meilleurs. Bien sûr, pour nous occidentaux, la démarche peut s'avérer délicate et nous ne vous cacherons pas que quelques chairs de poule nous ont traversé durant nos observations mais leur sérénité nous a rapidement soulagé. Il faut simplement être ouvert à d'autres spiritualités... parfois, plus facile à dire qu'à faire !

La cérémonie en hommage à la déesse Ganga, moment fort de notre séjour

Le Gange, et la déesse associée Ganga, est à lui seul plus sacré que les quelques 400 temples que compte la ville. Pas étonnant alors d'apprendre que chaque soir, après le coucher du soleil, a lieu une cérémonie dédié au fleuve. Et quelle cérémonie ! Quelle énergie dégagée... presque hypnotique ; clochettes, encens, pagnes orangés des officiants, bougies flottantes, tout y était... On a tellement aimé que l'on y est retournés chaque soir... comme un rituel ! On a même eu la chance, un soir, d'assister à une cérémonie introduite par un gourou apparemment connu.

Tout débute sur le bord immédiat du fleuve, à même l'eau, avec la dépose de bougies sacralisées. Puis, la cérémonie en elle-même commence avec l'installation de jeunes officiants sur des estrades surplombant le Gange. Tour à tour, ils entonnent des incantations accompagnant leurs paroles de gestes minutieusement étudiés : ils tournoient des chandeliers embrasés en cercle devant eux, secouent de frêles éventails de paon pour balayer l'air, s'arment de plumeaux pour nettoyer les lieux... Et chaque changement « d'instruments » est notifié par un soufflement dans un coquillage tel un cor de chasse, un saupoudrage de l'estrade avec quelques gouttes d'eau sacrée puis un jet de fleurs en l'air. Tous ces mouvements amples sont voilés de la fumée de l'encens et des bougies qui se consument et sont rythmés par un fond sonore quasi abrutissant de clochettes secouées incessamment, de gongs frappés en alternance chaque seconde et d'énormes enceintes vociférant (certainement des incantations mais notre niveau hindi étant limité, nous ne pouvons le garantir). Après une heure, les sons électroniques cessent, les cloches ralentissent et une impression de chuchotement se dégage de la foule. Court instant de répit puisque sollicitée par un « speaker », elle lui répond sous forme de mots brefs scandés, les bras levés (certainement leur « amen »). La cérémonie s'achèvent... presque... Vient alors le moment des offrandes et chacun se presse pour obtenir une poignée de lentilles sacralisées. Ivres de bruit, de prières, de réjouissances, les gens se dispersent et les estrades retournent à leur fonction habituelle : balade publique.

Complément religieux

Après la découverte d'un lieu culte pour les hindous, on a profité de notre proximité de l'un des quatre lieux cultes bouddhistes pour y jeter un coup d'œil. Il s'agit de l'arbre originel où Bouddha prêcha son premier sermon après avoir atteint l'illumination. Rien à avoir avec la ferveur de Varanasi mais notre aventure faisant escale au Tibet dans quelques semaines, on ne pouvait manquer ça !