30 JUIN – 1ER JUILLET 2010 – J+326 - J+327 – A BORD DU TRANS-MONGOLIEN

 

Bien qu'ayant déjà empruntés la première partie du parcours du trans-mongolien pour atteindre Datong, ce n'est qu'en ce dernier jour de juin que nous avons mis officiellement cap vers la Mongolie à bord du mythique train ! Bon, OK, le plus célèbre reste le trans-sibérien et même si aller jouer les prolongations à Vladivostok nous aurait bien tenté, les steppes de Mongolie avaient aiguisé en nous une curiosité qu'il nous fallait assouvir. Nous étions donc gentiment installés sur nos couchettes en compagnie d'une hong-kongaise d'origine indienne ayant retenu la nationalité anglaise lors de la rétrocession de Hong-Kong à la Chine, résidant aux États-Unis, en visite d'une amie habitant à Pékin et profitant de quelques jours pour faire un peu de tourisme en Mongolie... Vous suivez toujours ?! Rassurez-vous, nous avons mis un certain temps nous aussi. Mais heureusement, on n'en a pas manqué de temps ! Surtout aux passages des frontières ! D'abord, côté chinois où le train est entré en gare d'Erlian (dernière gare chinoise) à 20h30 et n'en est reparti qu'à 23h59 ! D'un peu plus, on tentait l'heure fatidique ! Bien que notre train se soit un peu pris pour Cendrillon avant l'heure puisque cette halte n'a pas seulement servi à remplir nos formalités administratives de sortie du pays mais aussi à changer les roues des carrioles qui nous amenaient jusqu'à Ulan Baatar (les écartements des voies de chemins de fer sont différents entre la Chine et la Mongolie... allez savoir pourquoi !). On aurait bien aimé assister à la manœuvre si après être descendus deux minutes pour sentir l'air frais, une minuscule chinoise dans son uniforme ne nous avait pas empêchés de remonter. Grrr !!!

Peu après minuit, nous avons donc posé nos « graules » chez les Mongols. Enfin presque parce qu'avec eux, nous n'avons même pas eu le loisir de visiter en long, en large et en travers le quai de gare. Les institutions sont venus directement prélever nos passeports et visas en cabines pour nous les restituer quelque... une heure et demi plus tard !

Avec tout ça... 6 bonnes heures..., nous avons eu le temps de comprendre le parcours de notre voisine de cabine !

 

1ER – 2 JUILLET 2010 – J+327 - J+328 – LOGISTIQUE... QUAND TU NOUS TIENS !

 

Les longueurs administratives de la veille au soir n'avaient pas suffi à nous en dégouter puisque nous remis le couvert aussitôt débarqués dans la capitale mongole. De toute façon, même si on en avait eu ras le c..., on aurait pas eu le choix, alors autant s'y coller avec le sourire. Demande de visas russes (aie, aie, aie, on rigole pas avec les russes !), achat de billets de train pour être sûrs de sortir dans les délais du visa mongol (on rigole pas non plus, faut pas oublier que les Mongols ont subi la domination russe pendant près de 70 ans), recherche d'un ATM suffisamment docile pour se laisser dévaliser (non, nous n'envisagions pas de désertion immédiate, seulement un tour de trois semaines dans les steppes mongoles avec chauffeur, histoire de revenir vivants !) et approvisionnement conséquent pour faire face aux premières nuits dans le désert de Gobi... Après deux bonnes ½ journées, nous étions fin prêts à affronter l'arrière pays de Gengis Khan !

2 JUILLET 2010 – J+328 – BUMPY... WATZ !

 

Après avoir mis la ville sans dessus-dessous pour notre confort logistique, Mejet (le chauffeur référence du tout Paris bourlingueur qui a monté sa petite entreprise) nous a présenté notre chauffeur attitré pour les 21 jours suivants. Répondant au nom imprononçable de Bazaraa (ça s'écrit comme ça mais on vous met au défi de le dire correctement) nous avons alors bien constaté ce que nous savions déjà : notre chauffeur mongol ne parle que mongol ! On n'avait déjà mis le langage des signes à notre palmarès des langues usitées mais là, ça va en devenir la palme ! Par chance, son œil vif et sa gentillesse allaient contribuer à établir une bonne communication !

Les présentations faites, nous avons pu faire connaissance avec le dernier protagoniste de l'aventure à venir : le « watz » russe qui allait nous servir de monture et dont l'âge ne pouvait être estimé bien que parfaitement entretenu ! Ce van aux allures soviétiques (forcément il est fabriqué en Russie...), pouvant accueillir facile cinq personnes (petite pensée nostalgique pour Florence et Clément), nos trois carcasses allaient se sentir à l'aise comme des pachas... (au cas où vous l'auriez oublié, Tom, le hollandais rencontré au Tibet est de la partie), d'autant que Bazaraa y a même ajouté un toit matelassé clouté. Pour parfaire le côté « cocon » de l'engin ? Non, non, pour préserver au choix... le toit lui-même ou les têtes des touristes ayant pour loisir de se frotter à lui de façon répétée et un peu sportive sur les pistes. On a cru ne pas comprendre mais effectivement, passés les 20 bornes de goudron qui entourent la capitale, on a très vite pu se rendre compte par nous même que les trois semaines à venir allaient mettre à rude épreuve les parties fragiles de nos délicates anatomies ! Ça allait s'avérer bien « bumpy » comme on dit ! Non seulement nos parties postérieures mais aussi nos caboches et parfois même tous les membres lors d'un dérapage contrôlé ! Bon, sans l'accabler parce que finalement ça nous a fait marrer, notre chauffeur n'était pas innocent dans l'intensité de nos mouvements intempestifs durant l'épreuve de la route ! Il ne savait pas conduire doucement mais à part ça, il était prudent... même dans ces excès de vitesse. Que voulez-vous, il n'y pouvait rien si un rayon de soleil venait lui dissimuler une bosse ! Si on voulait du billard... on n'avait qu'à aller à Magnicourt !

2 – 3 JUILLET 2010 – J+328 - J+329 – VOUS EN PRENDREZ BIEN UNE LICHETTE ?

 

Premiers kilomètres dans l'arrière pays mongol et voilà que l'on en prenait déjà plein la vue. Mais comme on est sympa, on vous épargnera les détails techniques littéraires de ces panoramas, préférant vous renvoyer vers les images délicates du professionnel qui constitue notre binôme... au profit des anecdotes que nous avons vécues en ces contrées sauvages ! Tiens, commençons par notre première nuit en « ger » par exemple !

Cela faisait près de six heures que nos arrière-trains étaient mis à rude épreuve sur des pistes mal tamisées quand nous avons aperçu notre camp pour la nuit. Trois magnifiques « ger » se dressaient droit devant. Pour ce qui n'aurait pas suivi, une « ger », c'est une yourte mais ce dernier mot trouvant ses origines dans le langage russe, nous préférons usiter messieurs, dames, dans nos fabuleux récits le mot mongol de « ger » ! Donc, revenons à nos moutons, la « ger » est l'habitation traditionnelle mongole : ronde, recouverte de feutre et de tissus, elle possède un trou au milieu de son toit partiellement couvert avec des couvertures matelassées qui viennent recouvrir l'ensemble lorsque l'on tire sur une corde pour fermer l'ouverture... la nuit ou la pluie venue ! Ça vous paraît compliqué ? Jour... Nuit... Jour... Nuit ! Ah, là tout de suite, c'est plus clair !

Nos petons menacés de se réduire à un 41 fillette (euh, disons 39 puis qu'Ander est déjà au 41) pour cause d'un vent frais s'étant soudainement invité à la sortie du soleil, nous avons pu constater et grandement apprécier la sensation de chaleur qui se dégage dans ce véritable cocon. Bon, en revanche, nos dos ont bien moins affectionné les versions trampolines et planche à pain des instruments qui devaient nous servir de matelas. Trop mous ou trop durs, nous n'avions que le choix de notre pénitence ! Le tour du propriétaire effectué, nous avons aussi fait connaissance avec nos hôtes et notamment une petite fille espiègle à souhait et pas sauvage pour deux sous. Pour ce premier contact, on a voulu se la jouer à fond en demandant à ce que la famille nous fasse le dîner. On avait encore suffisamment de réserves de soupes chinoises lyophilisées pour prendre le risque de goûter à la viande bouillie accompagnée de pâtes mongoles dont tout le monde nous avait tant vanté les mérites... de ras-le-bol ! Et bien, ce soir-là, nous n'avons pu nous rallier à la majorité des touristes dégustant les mets du pays, nous avons amplement aimé le succulent pot-au-feu maison qui comprenait même des légumes... phénomène rare qu'on nous avait dit ! Notre seul regret fut de l'avoir dégusté entre nous dans notre « ger ». Le partager avec la famille nous aurait encore davantage émoustillé les papilles...

Mais dès le lendemain, une scène de la vie quotidienne nous attendait pour vivre la Mongolie de l'intérieur. La traite des chèvres ! Tout le monde a été réquisitionné pour réaliser un cercle autour du troupeau en général et plus précisément autour des spécimens avec un T rouge sur les fesses. T comme « traite » ou plutôt T comme « t'es bonne pour les fristouilles ma biquette ! » Puis, il a fallu les agripper et là, votre photographe préféré a payé de sa personne. Ni une, ni deux, il s'est remémoré ses clichés du « round up » islandais et s'est jeté dans le tas. Hop, une corne, hop, un enjambement et hop, une kidnappée... Ne restait plus qu'au couple nomade à les encorder et débuter les opérations. Même la petiote de cinq ans s'y est collée jusqu'à ce qu'elle tende le seau à Ophély pour qu'elle-même s'y exerce. Wouala ! Comment qu'on fait avec ces machins ?! Elle a pris le pis et a tiré dessus comme vous vous en doutez et quelques gouttes ont daigné se sacrifier en tombant dans le seau. Ouf, l'honneur était sauf ! Bon, il a fallu quand même que le fermier lui trempouille un peu les doigts dans le lait déjà récolté puis les lui positionne bien plus haut sur les pis pour que la deuxième tentative soit déclarée un succès. Une belle giclée, mes amis ! Réconfortée dans sa technique, Ophély n'a plus hésité à y aller de main forte, pressant d'une extrémité à l'autre la mamelle enduite de lait pour mieux glisser sous ses doigts fermes. Et hop, en deux trois coups, y'en avait au moins de quoi goûter de ce délicieux breuvage. « Euh, beh, peut-être, peut-être pas, c'est chaud, c'est gluant... Je sais pas... Bon, OK, allons-y ! » Mais il a fallu finir rapidement de traire les autres bêtes et Ophély a été libérée de ses obligations et de sa dégustation.

 

3 JUILLET 2010 – J+329 – CREVAISON

 

Pour notre deuxième journée sur les pistes, nous en avons encore pris plein les mirettes : steppes, chameaux, chevaux, étendues d'eau... Les couleurs étaient au rendez-vous ! Nous nous régalions donc de ce savoureux breuvage visuel quand soudainement, un événement inattendu est venu nous tirer de notre quiétude ! Notre « yokohama » arrière-droit s'est envoyé un put... de bout de métal en train de faire de l'autostop sur le bord de notre route. C'était certainement le panneau « tourist » sur notre tank qui avait mis la puce à l'oreille à ce pauvre morceau de fer forgé. N'ayant pas du apprécier notre passage à toute vitesse sans daigner le saluer, il s'est rappelé à nous et il a pas fait semblant ! Une entaille de 10 centimètres sur le pneu, de 3 facile dans la chambre à air et 75 mètres environ pour dégonfler l'intégralité de la roue. Nous n'avons eu d'autre choix que de faire une halte technique pour remettre tout ce désordre en ordre... sous les yeux amusés de nos amis les chameaux qui s'étaient rapprochés de nous pour se gargariser de leur rire à deux balles !

Mais rien ne démonte notre ami Bazaraa et on est repartis sur les chapeaux de roues à travers la végétation rase et malgré les « bump » à répétition, Ophély n'a pas tardé à coincer la bulle... jusqu'à ce que le « watz » fasse une embardée ! « Oh, put... ça y est, on chavire... Fallait bien que ça arrive... ! » Mais non, pas du tout, il s'agissait d'un effet de style de notre chauffeur pour nous faire découvrir en grande pompe l'étape du jour : des falaises de grès multicolores qui se déroulaient sous nos pieds (pour vous faire une idée plus précise du spectacle, regardez les photos). Encore une journée à couper le souffle !

 

4 – 5 JUILLET 2010 – J+330 - J+331 – UN DESERT... MONTAGNEUX ET VERDOYANT

 

Après un bon thé chaud dans notre agréable « ger » pour palier à la froideur de la nuit, nous sommes de nouveau partis sur les pistes à l'assaut de paysages toujours aussi spectaculaires, et notamment ceux du célèbre désert le plus grand et le plus froid au monde : le Gobi ! Et quelle surprise ! On était loin de l'idée qu'on se faisait de cette gigantesque étendue désertique. Nous étions entourés de végétation, rase certes mais de végétation quand même, donnant lieu à mille teintes de vert. Bon, on n'a quand même eu droit à la poussière comme toute partie désertique qui se respecte un temps soit peu, mettant nos fringues à rude épreuve. On a alors profité de notre passage à proximité d'une ville de 12 000 habitants lors de notre troisième jour sur la route pour s'offrir une petite douche publique mongole ! Oh, ne faites pas ces gros yeux... Il ne fait pas suffisamment chaud dans le Gobi pour que notre transpiration devienne insupportable et puis, on est resté pas mal de temps nos fesses dans le van russe ! Bon, on vous accordera quand même que ça nous a fait du bien de sentir couler un bon jet d'eau chaude sur nos corps crasseux ! Mais c'est aussi ça l'aventure... s'accepter soi-même et l'autre par la même occasion dans toutes les circonstances !

Bon, revenons à nos moutons... touristiques ! Nous n'avons pas consentis à tous ces efforts pour rien. C'était pour mettre les pieds dans le Parc National le plus touristique du Gobi et notamment la partie montagneuse et verdoyante du canyon de Yolyn Am avec un glacier au bout ! Non, nous ne sommes pas en train de nous foutre de vous, on vous l'assure, on a marché dessus et ça caillait ! La beauté de ces dédales de roches nous a forcément incités à établir notre premier camp dans une autre « branche » du canyon, au pied d'un filet d'eau agréable pour le bruit... et la vaisselle, beaucoup moins pour les parties de nos corps ayant eu l'occasion d'entrer en contact avec.

Notre première nuit sous tente a pu être qualifiée de « succès » et notre balade matinale sur les sommets surplombant notre campement encore davantage. Le soleil était au rendez-vous et les panoramas dus à notre hauteur également. On a même eu le plaisir de voir Bazaara se « débattre » quelques secondes avec un passage étroit pour le van à la sortie du serpentin. On n'a pourtant pas eu le loisir de se moquer de lui, c'était clairement trop facile pour notre conducteur hors pair. Mais, par prudence, il nous a réquisitionné pour les manœuvres... juste au cas où un rocher serait venu taper la tchatche de trop près à son petit bolide. Et nous, on s'est exécuté, on n'aurait pas aimé qu'il nous pique une petite crise de nerf sur place. Vous ne vous rendez pas compte, vous, derrière votre écran mais attention, on touche pas à « Bazaara's Watz » ! Faut dire qu'il avait passé la soirée à la lustrer sa « titine » : et les gentes par-ci, et l'intérieur par-là... et le moteur par-ci et les vitres par-là... Pas un cm² n'a réchappé au rouleau nettoyeur « Bazaara » !

5 – 6 JUILLET 2010 – J+331 - J+332 – AU CLAIR DE DUNES

 

Après la verdure, nous avons été testé une toute autre version du Parc National de Gurvan Saykhan (à vos souhaits) : les dunes de Khongoryn. En fin d'après-midi pour permettre au soleil de nous laisser une chance d'atteindre le haut sans déshydratation, nous nous sommes laissés tenter par un « crapahutage » jusqu'à leurs sommets ! Pour l'aspect technique, ces dunes qui s'étendent sur 100 km de long et entre 6 à 12 de large, atteignent, pour les plus grandes, les 200 mètres de haut et comme on est pas des petits joueurs, on y est allé franco ! Résultat : après un premier tiers à monter à quatre pattes, Ophély a failli rendre son tablier... enfin, ses chaussures de marche ! Mais à force de persévérance et d'un adoucissement de la pente, elle a pu rejoindre Ander et Tom déjà en haut pour assister au spectacle : d'un côté, l'enchaînement de monticules de sables, de l'autre la coulée de la rivière rendant le pied des dunes d'un vert soutenu incongru, le tout en arrière plan d'un paysage montagneux escarpé. Et surtout d'entendre ces « sables chantant » comme les ont baptisés les Mongols, en raison de la musicalité qu'ils produisent lorsque le vent balaie leurs pentes ardues ou que s'effectuent des avalanches en leur intérieur. Pour vous faire une idée du son, c'est comme si l'on frottait un verre de cristal mais dans des tonalités graves. On s'est également régalé les mirettes avec un put... de coucher du soleil comme on en avait pas vu depuis un bon bout de temps et nous nous sommes dévoués à la descente... en courant. Ah, ça va bien plus vite dans ce sens ! En 2 minutes et demi (et encore, ça, c'est avec les cabrioles), on était sur le chemin du retour vers la « ger », le cœur joyeux !

Le lendemain, nous avons payé un lourd tribu pour cette soirée exceptionnelle : une belle tempête de sable s'est efforcée de nous scotcher dans la « ger » mais nous avons tenté de lui échapper en nous dirigeant avec un jour d'avance vers notre étape suivante. On a alors dû y laisser quelques plumes : l'abandon de notre balade en dos de chameaux... des vrais, avec deux bosses ! La prochaine fois... !

 

6 – 7 JUILLET 2010 – J+332 - J+333 – DINOSAURUS

 

Les dunes de la veille, n'ayant certainement pas apprécié d'être abandonnées comme de vieilles chaussettes après nous avoir montré leur plus beau attirail, ont certainement passé le mot aux falaises de Bayanzag (notre étape suivante), réputée pour ces découvertes de fossiles de dinosaures (même si on n'en trouve plus aujourd'hui).... car si on a pu éviter la tempête de sable, on a rien pu faire face à l'averse qui nous est tombée sur la tronche en pleine visite.

Et on s'est consolés comme on a pu dans notre nouvelle « ger », entre une partie de rami, une autre de yam's et une belle discussion mimée avec Bazaara. Et on a bien rigolé ! Notamment quand notre chauffeur a éclaté de rire lorsqu'il a pris connaissance de la taille de la Hollande, le pays de notre compagnon de voyage Tom. Comparée à la Mongolie qui fait déjà trois fois la France, le pays du « gouda » lui a paru bien ridicule. Sans parler de la comparaison des climats, là aussi, il s'est bien foutu de nous quand nous nous sommes plaints de la pluie mordante de l'après-midi qui nous avait bien refroidis (disons que l'on devait avoisiner les 25-27° - faut nous comprendre, on dépasse en permanence la trentaine de degrés depuis plusieurs mois maintenant !). Bazaara nous a expliqué qu'il faisait chaud dans cette partie de la Mongolie, surtout en été et il nous a fait comprendre que l'hiver dernier, il avait fait un tour où durant une journée la température avait atteint les -53° ! C'était des touristes mongoles bien sûr ! Alors quand on lui a dit que chez nous, on avait 0° environ l'hiver, que l'on considérait cela comme froid, qu'il y avait de la neige et que c'était rude, il s'est gentiment moqué de nous ! Nous expliquant que la neige ici n'atteignait pas péniblement nos chevilles comme en France mais arrivait aisément à la ceinture ! Rudesse du climat : Mongolie 2 – France 0 !

Mais comme pour faire un pied de nez à nos débats climatiques de la veille et de la fraicheur de la Mongolie, la journée du lendemain a été de folie avec un soleil de fou. On en a profité pour revenir sur les lieux paléontologiques de la veille pour prendre la mesure de la formation géologique. Tout de suite, le bleu du ciel donnait encore plus de contraste au site orangé. On se serait cru dans les prémisses du Grand Canyon.

 

7 – 8 JUILLET 2010 – J+333 - J+334 – SOUVENIRS TIBETAINS

 

Par une journée ensoleillée comme nous avons eu la chance de l'avoir ce jour-là, nous en avons profité pour visiter également les ruines d'un ancien monastère réhabilité depuis les années 90. Il faut savoir que la Mongolie est un des hauts lieux du bouddhisme depuis toujours mais dans les années 30, lorsque l'envahisseur russe a annexé le pays, tous les temples et monastères ont été détruits. Certains ont mieux résisté que d'autres mais ont été abandonnés à leur triste sort durant des décennies. Heureusement, à compter de l'indépendance, de nombreux sites religieux ont retrouvé leur rôle initial et d'importantes aides gouvernementales ont été allouées pour permettre au bouddhisme de retrouver ses fleurs de noblesse. Ainsi, à Ongiin, un des bâtiments principaux de l'époque abrite aujourd'hui une école bouddhique. De même, le monastère de Shankh, que nous avons eu le loisir de voir le lendemain, a été restauré pour accueillir une poignée de moines. C'est sûr qu'on n'est loin des centaines d'habits rouges d'autrefois en ces mêmes lieux ainsi que de la splendeur des bâtisses tibétaines mais cette remémoration de notre en terre bouddhiste nous a bien plu. Et même si la ferveur n'égale pas celle de Lhassa, voir des temples bouddhiques prospérer sans brimades gouvernementales envers leur culte et exposer de toute part des photos du Dalaï Lama nous a fait un certain effet.

8 JUILLET 2010 – J+334 – SEANCE DEGUSTATION

 

Notre halte du 8 juillet nous a amené dans la famille qui devrait nous accueillir normalement pendant quelques jours à la fin du mois, après notre tour en « Watz ». Et nous ne savons pas si nous leur avons tapé dans l'œil ou s'ils sont adorables tout court mais leur accueil a été plus qu'agréable et... gustatif !

Nous avons eu droit à notre première dégustation d'« airag », ce fameux lait de jument fermenté qui semble soulever le cœur de bon nombre de touristes. Seule fille parmi 10 mecs présents (Ander, Tom, 6 autres touristes masculins et les 2 chauffeurs), Ophély a eu l'honneur du bizutage. Lorsque l'hôte lui a tendu le bol rempli à ras bord, tous les yeux se sont braqués sur elle. Elle n'a pas trop eu le choix de se jeter à l'eau... enfin, au lait et y a trempé ses lèvres, délicatement puis plus fortement. Ander étant le suivant sur la liste des « sacrifié-volontaires », il s'est vite dépêché d'interroger Ophély : « Alors ? ». Et bien, pour ceux qui se posent également la question, ça a un goût acide faisant penser à un cidre d'Espagne rude et éventé. Pas de quoi en faire des folies mais ni de quoi se précipiter hors de la « ger » pour en faire profiter les pâturages. Bon, on revanche, nous ignorions la coutume des « trois fois » (certainement une autre influence russe car les vodkas vont aussi toujours pas trois...) car peut-être nous serions-nous contentés d'humecter nos lèvres les deux premières fois ! Non tant que le goût répétitif ne devienne révulsant mais surtout parce que la fermentation se poursuivant dans l'estomac, nous sentions déjà les premiers ballonnements ! Nous allions pouvoir mettre au repos nos estomacs fragiles !

Enfin, pas dans l'immédiat car nous n'étions pas au bout de nos sensations gustatives. Puisqu'après l'« airag » dans la tente de notre hôte, nous avons eu droit au fromage mongol dans celle de sa belle-sœur. De la même façon que le lait de jument, le fromage n'est pas franchement repoussant. Il ressemble à un fromage fait à pâte molle de chez nous. Le seul hic, c'est qu'il est séché sur le toit de la « ger » afin de mieux le conserver. Et pour se conserver, ça, il se conserve... Pas de développement de moisissures autres que celles de départ. Et pour cause, il devient dur comme de la pierre ! Nos dents ont failli y laisser leur âme si notre salive ne les avait pas soutenu dans leur difficile combat. Alors pas fou les asticots, ils vont pas aller se casser le c.. à envahir une terre hostile !

En plus des quelques spécialités culinaires locales déjà testées comme les « orsok », (beignets de viandes bien gras mais très goutus) et les « pâtes à la mongoles », cette journée dégustation a fini de nous dire que nous n'allions pas maigrir en Mongolie, au contraire ! Qui a dit que l'on mangeait mal en Mongolie ?!

9 – 10 JUILLET 2010 – J+335 - J+336 – NAADAM

Sur les traces de Chinggis Khann

On ne peut pas venir en Mongolie sans penser à Gengis Khann, alias Chinggis Khaan dans la version mongole. Et comme nous n'avions pas au programme une épopée dans l'est mongol où ce grand chef est né, on a été se faire un petit tour du côté de Karakorum, la capitale qu'il a fondé en 1220. Bon, il n'en reste pas grand chose de cette cité administrative, commerciale et culturelle d'antan hormis le temple le plus important du pays, Erdene Züü, qui avec son enceinte de 108 stupas, demeure un lieu bouddhique encore en activité, deux des trois tortues encore visibles sur les quatre initiales (vous avez bien suivi ?!) qui marquaient les limites de la ville autrefois et le monument à la mémoire du grand Khann, notifiant l'empire mongol avant, pendant et après. Vous l'aurez compris, Karakorum, c'était le passage culturel obligatoire !

 

« Naadam »

Mais pas seulement... Au-delà de tous ces amuse-gueules historiques, nous avons surtout fait le détour par ici pour des raisons plus festives : le Naadam ! Quezaco ?! C'est LA fête mongole par excellence ! « Naadam » signifie « jeux » en mongol et cette fête populaire consiste en des combats de lutte, des courses de chevaux et des compétitions d'archers. Le plus grand a lieu les 11 et 12 juillet à Ulan Bataar pour célébrer l'anniversaire de l'indépendance de la Mongolie mais d'autres, plus confidentiels, sont organisés en province et notamment les 9 et 10 à Karakorum cette année. Ça y est, maintenant, vous comprenez mieux pourquoi et comment nous nous sommes retrouvés en ces lieux et ne nous reste plus qu'à vous expliquer plus en détails à quoi nous avons assisté.

Les courses de chevaux

Les différentes courses de chevaux s'effectuant sur des distances de 15 à 30 kilomètres, nous n'avons pu assister qu'aux « finish » et bien que l'on aurait aimé suivre ces gamins (le plus vieux a moins de 10 ans) sur l'ensemble du parcours, on s'est régalé à les voir passer la ligne d'arrivée. Coûte que coûte, le but est d'arriver premier et qu'importe les moyens : à nu ou en selle, avec ou sans étriers, à coups de fouets ou de bâtons... C'était incroyable de voir tant de dextérité chez ces bonshommes hauts comme trois pommes.

Et puis, on a pu profiter de la topographie mongole qui permet d'avoir des « finish » ultra-longs. On voyait la poussière soulevée par le peloton des kilomètres avant la fin et on avait l'impression qu'ils étaient là, que d'un instant à l'autre, on allait apercevoir le dossard du gagnant mais quinze minutes facile s'écoulaient sans que l'on puisse observer le moindre naseau ! Et lorsque qu'enfin, on a été en mesure d'appeler un cheval, un cheval, le public s'est réveillé à coup de « cook, cook, cook »... un dernier encouragement avant la délivrance. Il ne nous restait plus qu'a rejoindre les autres champs d'action avant qu'est lieu la remise des prix avec, pour l'occasion, une chansonnette poussée par un notable en mal de reconnaissance. Ils n'auraient pas dû le laisser chanter en public comme ça, ce n'était pas bon, ni pour les oreilles des spectateurs ni pour l'orgueil de l'artiste lui-même, le laissant se ridiculiser encore davantage ! Bon, la tenue officielle a rattrapé un peu les meubles et on lui a pardonné ses vocalises hasardeuses quand il a remis le bol d'airag aux vainqueurs pour qu'ils en arrosent le cul de leur monture.

Les archers

La compétition d'archers ont été beaucoup plus informelle. On a pu observer quatre par quatre des tireurs se relayer pour viser des plots en tube de carton à une centaine de mètres de distance mais dans un « bordel couvré » total... pas de champs de tir à proprement dit (on ainsi pu voir traverser une voiture, un cheval et bon nombre de spectateurs en plein dans la trajectoire), pas de tenue ni de dossard spécifique. On se serait cru sur un stand de balltrap de la fête à neuneu ! Et à les voir atteindre le champ d'à côté, on s'est en plus dit que le niveau n'était pas au rendez-vous. Clairement, on n'avait pas à faire à des foudres de guerre. Pourtant, l'un d'entre eux avait du potentiel... Dans un premier temps, il a littéralement explosé la tête d'un des arbitres qui, regardant ailleurs quelques secondes, s'est retrouvé avec une flèche en pleine arcade sourcilière sans même l'avoir vu venir... Car même si les bouts des flèches n'étaient pas très acérées, la vitesse d'expulsion suffit à bien claquer. On l'a retrouvé quelques heures plus tard avec un gros bandeau autour de la tête, reparti comme en l'an quarante. Ça a la tête sacrément dure un mongol parce qu'à la vue du deuxième exploit de ce même tireur, le mec a évité de justesse le traumatisme crânien ! Pour sa deuxième tentative, le « doué » s'est, cette fois-ci, offert un seau d'airag situé à proximité. De part en part, le seau a été transpercé. Et pas de pansement pour lui, chacun a du vite se proposer pour boire de la boisson magique avant qu'elle ne se répande sur le sol. Rassurez-vous, y'a eu suffisamment de volontaires dans un temps restreint pour limiter les dégâts.

La lutte mongole

La lutte, c'était le gros du spectacle et nous n'avons pas été déçus. Même l'entrée en matière a été à la hauteur. Nous nous attendions à découvrir des bêtes féroces prêtes à jaillir sur leur adversaire et voilà qu'en s'approchant des tentes leur servant de « backstage », on aperçoit deux « fin-guettes » en culottes et petits boléros rouges brodés de motifs blancs. « Heuu..., c'est bien de la lutte, l'un des trois piliers sportifs du Naadam ?! » Bien oui, forcément, on a eu le doute. Déjà pour le costume mais passe encore... par contre, quand ils sont entrés en scène pour se diriger vers l'arbitre et qu'ils ont effectué une danse imitant le vol de l'aigle qui est censée leur apporter plus de forces, là, on a cru qu'on allait assister à un ballet. Heureusement, on s'était renseigné avant de venir (quand même, vous nous prenez pour qui) et on savait que le meilleur allait arriver : les combats. Et nous en avons eu de toutes catégories car n'importe qui peut se présenter au combat sur simple demande auprès des arbitres ! Bien sûr, les minus se sont vite fait, bien fait, rétamer par les balèzes et en deuxième moitié de journée puis le lendemain matin, on a pu voir de beaux bébés. Mais même certains balèzes ont pris leur rouste. Citons l'exemple de ce combattant d'un bon mètre quatre-vingt, quatre-vingt-dix kilos qui s'est fait battre en 5 minutes par un étudiant coréen en vacances ayant tenté sa chance sur les sollicitations de ces potes. Comment le mongol, il est rentré penaud ! Bien sûr, certains combats se sont révélés plus équilibrés... trop même et lorsque la situation ne se décantait pas malgré les tentatives des arbitres à inciter les lutteurs au combat, ils ont eu recours au « shifumi » (pierre, ciseau, feuille). Si, si ! Pour déterminer quelle prise allait être effectuée dans la session de combat suivante afin de faire avancer les choses. Durant des heures, nous nous sommes tour à tour amusés, pris au jeu ou désolés devant les pirouettes effectuées pour que seuls les mains ou les pieds ne touchent le sol afin d'éviter la défaite. Ils ont eu beau essayer de résister, les perdants ont fini par mettre un genou, un coude, une fesse ou tout le corps au sol, avec plus ou moins de grâce, mais signant irrémédiablement leur perte et le droit (enfin, l'obligation plutôt) de passer sous le bras du vainqueur pour que celui-ci puisse lui mettre une tape aux fesses. Le summum ! Chaque gagnant est retourné près de l'estrade présidentielle pour effectuer de nouveau la danse de l'aigle, censée lui apporter une fois de plus la puissance pour la lutte suivante puis s'est dirigé vers une table à proximité pour recevoir sa dose d'airag et de fromage séché à laquelle il avait droit pour reprendre des forces.

Après deux jours de festivités, nous avons assisté à la remise des médaille au grand gagnant de la lutte qui, dès le lendemain, se rendait à Ulan Bataar pour défendre son titre.

 

10 – 11 JUILLET 2010 – J+336 - J+337 – ORKHON VALLEY

 

Après les festivités du « Naadam » local, nous nous sommes aventurés les deux jours suivants dans la somptueuse vallée ouverte de l'Orkhon, inondée de pierres volcaniques mais malheureusement pour nous, la pluie nous a suivi dans ce petit coin de paradis. Malgré son insistance à rester parmi nous, nous avons réussi à la braver à deux reprises pour profiter des collines arborées des alentours et aller taper une bavette aux yaks et aux aigles mais aussi pour découvrir la particularité du site : la chute d'eau d'une vingtaine de mètres issue d'une gigantesque faille sortie de nulle part, en plein milieu de la vallée.

Le deuxième jour nous a fait l'honneur de nous accorder quelques rayons du soleil pour profiter du 11 juillet, anniversaire de l'indépendance de la Mongolie. 20 ans seulement ! Et pour l'occasion, nous avons pu déguster un plat très rarement cuisiné : le mouton aux pierres chaudes. Comme son nom l'indique, le mouton découpé en morceaux est entreposé entre des couches de pierres chaudes... enfin plutôt brulantes puis recouvert pour que la cuisson se poursuive. Au moment de la dégustation, le jeu consiste à prendre une des pierres dans les mains et la faire jongler d'une paume à l'autre pour tenter de résister le plus longtemps possible et avoir le droit de déguster ce succulent repas. Chacun alors se jette avec ses canines aiguisées sur les côtes afin de les faire briller ! Hors de question d'en prendre une seconde si le premier os n'a pas été récurée nickel chrome ! Et faut faire vite, parce que les Mongols, ils font pas semblant eux... Bon, ils ont été gentils devant notre délicate mâchoire d'européens, ils nous en ont redonné avant qu'on ait fini les premières et on a même eu droit au morceau de choix : l'intestin ! Ouais, bon, tant d'attentions, ce n'est peut-être pas la peine... Mais comment refuser ? Alors, on s'est laissé aller sans réfléchir à la partie du corps de cette pauvre bête que nous mettions dans la bouche et... Et, on a survécu ! Le goût un peu fort en bouche et la texture caoutchouteuse ne nous a pas laissé un souvenir impérissable mais on est pas morts raides d'un coup ! Pour digérer le tout, on a ensuite au droit à quelques gorgées cul-sec de vodka du pays devant le show télévisuel du « Naadam » d'Ulan Bataar.

12 JUILLET 2010 – J+338 – VIVA ESPANA !

 

Pas de souci sur les dates, nous sommes encore en phase avec le calendrier (en tout cas, celui dans lequel on vit), les espagnols sont devenus champions du monde pour nous le 12 juillet à 5h30 du mat'... Olé ! Et oui, nous avons suivi ça du fin fond des steppes mongoles. Ben forcément, notre trio se composant d'un hollandais et d'une moitié d'espagnol, vous vous doutez bien que ces deux loustiques allaient tenter de faire de pieds et des mains pour dégoter une télé dans la nuit du 11 au 12 juillet. Et ce fut chose faite grâce à notre incontournable « Bazaara » ! Bon, on a dû faire silence parce que le téléviseur était dans la « ger » principale et que 8 mongols ronds comme des ballons d'avoir fêté le « naadam » roupillaient à nos pieds. De toute façon, le son aurait recouverts par leur ronflement de mammouths ! Mais, on a bien cru qu'Ander allait quand même entonner l'hymne hispanique à la remise de la coupe ! Il s'est contenté de lever les bras ! Et pour la première fois du voyage, on aurait payé cher pour une téléportation du côté de Pamplona... en compagnie des Bilbao ! Ça a du être une sacrée java ! A défaut de sangria, on s'est contenté de « trinquer » au feu de bois !

Et quelques heures plus tard, lors d'une balade en forêt dans le temple où Zanabazar (le premier Bouddha vivant pour les Mongols) a créé le « soyombo » (symbole de la Mongolie que l'on retrouve sur le drapeau national), nous avons prié pour l'équipe de France cette fois ! Que le phénix renaisse de ses cendres ! Affaire à suivre !

13 JUILLET 2010 – J+339 – COMME UN VENDREDI !!!

 

La journée avait déjà mal débutée la veille au soir avec une « ger » sans lit qui avait donné lieu à une improvisation de camping durant lequel des locaux sont passés voir Bazaara pour lui causer deux mots à plus de 11 heures du soir et qui, certainement frustrés de ne pas avoir pu nous déloger, se sont retirés dans leur vallon en klaxonnant du haut de leur mobylette, frôlant nos tentes. Cette anecdote aurait dû rester au rang des anecdotes si elle n'avait pas été le signe annonciateur d'une journée « catastrophes ». Et quelle journée mes aïeux !

Tout a commencé lorsque Bazaara a fait des siennes ! Notre irréductible chauffeur-mécanicien a décidé de se la jouer « champêtre » en coupant à travers champs, non pas que l'air de « colchique dans les près » le lui ait chatouillé l'oreille mais belle et bien parce que notre seigneur s'était égaré ! Heureusement, les Mongols ont leur GPS... infaillible : le « Ger Positionning System ». Ça consiste a demander à chaque « ger » rencontrée le chemin pour atteindre l'étape suivante, rien de plus simple ! Ce jour-là, Bazaara est passé maître en la matière, nous permettant par la même occasion d'apercevoir des familles excentrées de tout. Au-delà des rencontres, on a pu aussi se rendre compte de plus près du relief accidenté de cette région de Mongolie. Et oui, quand le gentil monsieur de la « ger » nous a indiqué que le point recherché se trouvait derrière la colline qui nous faisait face, il a bien fallu prendre nos responsabilités et dans ces cas-là, que fait le Mongol qui a un super van 4x4 entre les mains ?! Et bien, il va tout droit et il franchit de front la belle butte remplie de forêt. Ben voyons, pourquoi y allait par quatre chemin ! Zigzaguant à travers les arbres, nous avons dépassé la première difficulté sans encombre mais bien sûr, Dame Nature s'est chargée de nous mettre d'autres animations sur le chemin, notamment quelques passages de gués ! Ce petit air islandais nous a bien amusé et l'on se revoyait à bord de notre « Jimny » sauf qu'encore une fois, notre chauffeur y est allé tout droit, pas de « banana turn » pour amortir la montée de l'eau sur le capot ! Connaissant certainement sa capacité d'exécution directe sans ménagement, il avait quand même pris quelques précautions préalables en demandant à Ander de traverser à pied pour vérifier la profondeur de la rivière puis en mettant une couverture sur le moteur. Et oui, pas « snorkel » (tuyau permettant au véhicule d'être submergé d'eau sans risquer de noyer le moteur) en Mongolie ! Ah, ça a chauffé et on a eu droit à un petit sauna gratuit à l'intérieur de l'habitacle mais on est arrivés tous entiers à bon port... de l'autre côté de la rivière !

Mais au cas où cette mésaventure ne nous aurait pas suffit pour nous égayer la journée, fraichement débarqués au « tourist camp » pour profiter des eaux chaudes, voilà que la météo se décide à nous faire jouer les « Abraracourcix » en nous faisant s'abattre le déluge sur la tronche ! Vous nous direz que des bains chauds, c'est mieux quand il fait froid ! C'est sûr ! Mais quand même, quand ça en arrive à remplir la bière dont on espérait se délecter, c'est plus possible. Alors, on a pris notre mal en patience au restaurant, en attendant que ça se calme un peu et pour joindre l'utile à l'utile (pas d'agréable dans cette affaire), on a voulu en profiter pour se mettre à jour sur le site et par la même occasion, recharger les batteries de tout notre attirail électronique... On a bien essayé mais on n'arrive pas à décrocher de toutes ces merveilles technologiques ! Mais loin de vous l'envie de critiquer bien sûr puisque c'est grâce à ces petits bijoux que vous profitez du meilleur site de voyage du moment ! Et puis, imaginez une seconde le petit Ander sans un appareil photo chargé à bloc ?! Impossible ! Et bien pourtant, il allait devoir apprendre car figurez-vous donc que pendant ce temps, le générateur électrique a décidé de faire des siennes et a généré (comme son nom l'indique) un courant immodéré ! Résultat, le chargeur a flambé ! Et un malheur n'arrivant jamais seul, surtout pas ce jour-là, la nana du camp a tenté de rassurer Ander en confiant le chargeur à son électricien pour qu'il le lui répare en deux temps, trois mouvements. Cassé pour cassé, le risque était limité ! Limité soit mais pas inexistant ! Et que peut-il arriver de plus à un pauvre bloc noir blindé de composants cramés par une surcharge ? Qu'un électricien mongol se charge de son cas ! Comme ça, non seulement, il se retrouve fondu de l'intérieur mais aussi « indévisable » de l'extérieur, une pointe de couteau ayant tenté de servir de tournevis et endommageant au passage le pas de vis ainsi que l'ensemble de sa carlingue ! Imaginez la tête du chargeur mais imaginez aussi celle de votre photographe préféré réalisant qu'il va se retrouver sans batteries pendant encore une semaine, risquant de ne plus pouvoir prendre de photos ! Son salut proviendra d'un coup de chance énorme (le seul de la journée) : notre voisin de « ger », un allemand, possédait le même chargeur et a gentiment accepté de nous le prêter pour la soirée. Ça a retardé l'heure de nos bains mais la température étant plus que clémente, on se les ait offerts de nuit... sans personne ! Quel pied après après une journée aussi « éprouvante »... Rien de tel pour ressourcer nos petits cœurs de « tourdumondites » ! Et histoire de vous en rajouter une couche de dernière minute, passé minuit, le 13 a continué son effet néfaste puisque une tentative avortée de « siphonage » du réservoir de notre van pendant la nuit, laissant seulement un bouchon de réservoir fracassé ! Par chance ?! Quand on pense qu'il y en a qui dise que le 13 porte bonheur ?!

 

14 JUILLET 2010 – J+340 – ALLONS ENFANTS DE LA PATRIE, LE JOUR DE DELUGE EST ARRIVE...

 

En ce jour de fête nationale, le ciel mongol a eu pitié de nos deux pauvres âmes d'étrangers égarés loin de leur patrie et nous a concocté un feu d'artifice à sa sauce : une gigantesque averse de grêlons. A croire que la journée d'hier n'avait pas suffisamment suffit à nous éprouver en émotions fortes, car il ne nous a pas envoyé n'importe quels grêlons ! Non, non, on a eu droit aux mammouths de la catégorie, de la taille de gros « berlons »... et par milliers, bien sûr ! Tandis que notre trouillomètre se rapprochait de zéro, de peur de voir le pare-brise s'évanouir dans la nature, notre chauffeur, mort de rire, continuait de conduire dessous comme si de rien n'était. Il avait raison, il fallait bien sortir de ce merdier le plus vite possible sous peine d'être réduits à notre nouveau rôle de passoire mais on s'est vraiment demandé si le pare-brise et les vitres allaient résister. Le cataclysme a duré une bonne dizaine de minutes et on a pu voir par la suite des pans entiers de collines recouverts de blanc comme s'il avait neigé !

ENCART « SPECIAL DEDICACE »

En même temps que l'on s'évertuait à passer entre les billes de glace, un bout de chou... forcément magnifique... venait au monde sous la même latitude (à proximatif) mais de l'autre côté de la planète. Ophély était « tata » pour la première fois !

Bienvenu Louca !

15 JUILLET 2010 – J+341 – SOUS PROZAC ?!

 

Comme le dit si bien le proverbe, « le calme vient après la tempête » et c'est sur les bords du « lac blanc » (Terkhiin Tsagaan Nuur en mongol pour ceux que ça intéresse) que l'on a trouvé le repos... en s'accordant une petite séance de « horse riding » (balade à cheval). Et là, pour le coup, on est passé de l'autre côté de la barrière en matière d'intensité émotionnelle car à n'en pas douter nous avons eu droit à des chevaux sous « Prozac ». Malgré les « tchou » (commande mongole pour faire avancer les chevaux) répétés et les coups de chaussures de marche au cul, pas moyen de les faire se secouer. Il a fallu qu'Ophély multiplie les coups et les ordres de façon intensive et sans relâcher la pression pour que le sien accepte de monter au trop tandis que celui d'Ander n'a même pas daigné accélérer la cadence ! Ben, pourquoi faire ?! Ophély finira par obtenir un galop... le temps de trois foulées sur le chemin du retour bien sûr, c'est toujours plus motivant pour l'animal !

On a cru qu'on était tombés sur des mauvais bourricots mais à voir les autres touristes, on pense surtout que les chevaux mongols sont caractériels ! Il faut taper fort du poing (ou plutôt du pied) pour qu'ils obéissent ! Et encore... On a vu plusieurs guides être obligés de prendre la monture d'un de leurs clients pour aller récupérer la leur qui avait décidé de se faire la malle !

Pour se détendre les jambes après cette séance d'une tranquillité presque affligeante, on a enchaîné par une balade vers le volcan, l'attraction du coin, et pour ça, on s'est mis à la mode locale : tout droit... à travers le champs de lave pour atteindre plus vite l'objectif et le cratère. Nos efforts ont été récompensés par une magnifique vue sur les environs et nous avons agrémenté notre retour d'un autre sentier pour observer de plus près les tunnels de lave souterrains avec ses habitants : marmottes, chauve-souris, touristes...

Notre fin de journée a été de nouveau égayée par un touriste (un pro, ça peut pas être autrement) en train de trier deux énormes poissons pêchés par ses soins. « Euh, dis donc toi, tu nous as l'air sympa, tu voudrais pas nous en filer un bout ?! Aller, entre touristes blancs ! » Ben, non, on est bien élevé (ou stupides au choix) mais on n'a pas osé et on est rentrés tous penauds à la « ger » manger nos pâtes aux légumes sautés. De toute façons, il n'avait pas vraiment l'air motivé à partager ! Avant d'oublier, pour la précision photographiques, nous n'avons pas réussi à prendre en image l'heureux propriétaire de ces deux merveilles, les touristes de passages (chinois et mongoles) se les étant accaparés pour faire leur photos et surtout croire que c'était les leur ! Trop fort !

16 – 18 JUILLET 2010 – J+342 - J+344 – LE PLUS COURT CHEMIN N'EST PAS TOUJOURS CELUI QU'ON CROIT

 

Deux longues journées de route rythmées par quelques stèles gravées de figures de rennes au milieu de nulle part, des lancers de pierres sur un rocher « porte-bonheur » (celui qui arrive à lancer sa pierre en son sommet sans qu'elle ne retombe est sensé devenir riche) et un campement en bord de rivière dans laquelle Ander a pu jouer comme un enfant en se laissant dériver dans le courant, nous avons atteint les rives du deuxième lac de notre trip (et le premier parc national en termes touristiques de Mongolie) : le Khövsgöl Nuur, plus connu sous le nom de « perle bleue de Mongolie ». Cet immense lac de plus de 2 600 km², le plus profond d'Asie centrale (il peut atteindre 262 mètres de fond par certains endroits), s'étend jusqu'à la frontière russe que l'on peut atteindre soit par la route en bordure de l'étendue d'eau soit directement sur l'eau l'hiver lorsque le lac est gelé. Mais cette dernière option n'est pas garantie à tous les coups... Certains mongols en ont fait les frais, terminant ainsi au fond de l'eau ! Du coup, on se l'ait faite version « pépère » avec au programme balade sur la rive et ricochets. On est aussi passés faire un coucou rapide au camp de Tsataan (tribu d'éleveurs de rennes) installé dans les parages pour l'été mais c'était plutôt histoire de dire qu'on y a été que par « partage culturel » parce que voir deux pauvres rennes les pattes attachées entre elles pour limiter leur mouvement ne nous a jamais fait « triper ». Exemple parfait de dommages collatéraux touristiques !

Notre second jour dans le coin s'est avéré sportivement beaucoup plus actif que prévu ! Initialement, nous devions aller marcher pour atteindre LE point de vue sur le lac. Pour ça, on parcourt la vingtaine de kilomètres qui nous sépare du dernier stop où notre chauffeur nous explique rapidement qu'au-delà du panneau, « no car » mais que pas de souci, il ne nous reste plus qu'à finir à pied mais que ce n'est pas long. Allons-y gaiment, donc puisqu'il fait un super temps ! 30 minutes, 1 heure, 1 heure et demie... « Euh, t'as compris quoi exactement dans sa gestuelle ? Et qu'est-ce qu'il appelle pas long ? Put..., on a encore pas dû bien comprendre où c'était ? » Et bien si, on ne s'était pas trompés puisqu'au moment où nous commencions à douter fortement, un van, tout pareil que comme le nôtre et rempli de gentils touristes, nous est passé devant et s'est dirigé vers le haut de la montagne où il a effectivement marqué l'arrêt. Et à vue de nez, ça n'avait pas l'air tout prêt ! Enfin, c'est sûr que quelque chose avait du nous échappé dans l'interprétation mongole parce que le « no car »... mes fesses ! Au moins trois véhicules sont montés sans problème. On a enragé quelques minutes pour le principe, enfin plutôt pour l'absence de chapeau sous le soleil de plomb mais le temps étant au beau fixe et la balade jolie... on s'en est vite arrangés et on a fini par arriver à destination ! Comme pour nous récompenser de nos efforts (près de deux heures de marche au final), une famille de touristes mongoles nous a accueilli à coup de photos, de passages de tabatière (manière respectueuse de saluer) et de... vodka ! Tout juste le temps de bavarder un peu et de les laisser partir que la pluie s'est joint à nous pour nous remettre les pieds sur terre. On s'est donc décidé à redescendre et comme les nuages étaient bien vilains, on a voulu se tenter le raccourci « made in tout droit ». On était persuadés qu'une fois la pente raide du début passée, on allait rejoindre un sentier aperçu auparavant qui devait nous ramener direct au van. Mais ça s'est pas tout à fait déroulé comme prévu ! On a bien dévalé la première pente pleine de cailloux sans se foutre en l'air une cheville malgré la pluie intensifiée, on a bien débouché sur un sentier mais voilà, il s'est avéré tout aussi raide et il ne nous mené pas là où nous l'avions escompté mais plutôt en plein dans la forêt. L'avantage avec notre option « tout droit », c'est qu'on a fini par déboucher sur la rive du lac ; l'inconvénient, c'est qu'on n'a pas pu éviter le relief et qu'on est arrivés tout aussi trempés par la pluie et les hautes herbes que boueux après quelques dérapages non contrôlés.

19 – 22 JUILLET 2010 – J+345 - J+348 – RETROPECTIVE...

paysagère

Faut pas croire mais on en parcourt des kilomètres sur les pistes de Mongolie malgré une vitesse moyenne limitée mais faut pas croire non plus, il en faut du temps pour parcourir ces mêmes kilomètres. Bref, l'un dans l'autre, le long trajet qui nous séparait de la capitale nous a demandé plusieurs étapes, sans nous déplaire puisqu'on a pu revoir les classiques de la Mongolie centrale : les montagnes, la forêt, les pistes, les maisons en bois des « sum » (villages), les « ger » et leurs troupeaux de chèvres, de yak, de chevaux... Et on a pu apprécier une dernière fois les joies du camping en pleine nature : les couchers et levers du soleil, les douches de chat dans la rivière, les plâtrées de riz et les thés citron préparés au réchaud, l'invasion nocturne de criquets autour de la tente pour nous chanter une berceuse... Que de souvenirs !

festive

Oui, oui, oui, le « naadam » ! Le deuxième jour, on est tombé par hasard sur un autre « naadam » local. On est arrivé pile poil pour les finales de la lutte et la course de chevaux la plus importante. Cette fois-ci, on n'a pas eu droit aux « shifumi » mais aux lancers de boites d'allumettes pour savoir qui choisira la prochaine prise. En revanche, on a retrouvé les mêmes accoutrements de « fillettes », assisté de nouveau à de beaux combats de « gros bébé » contre « petit costaud », regardé avec plaisir les rituels identiques de la danse de l'aigle, du jet de fromage à la terre mère et de la tape sur les fesses.

Côté courses de chevaux, on a pu davantage voir l'importance que revêtent les chevaux gagnants. A l'arrivée, le balisage, plus que sommaire (même un mec bourré a pu se retrouver dans le champ de courses quelques secondes avant l'arrivée des premiers... même si une « poussade » un peu fort d'un policier a suffit à le déséquilibrer et le garder tranquille au lieu de se faire piétiner), permettait aux gens de toucher la croupe des chevaux ; chacun voulait y aller de sa goutte de sueur du vainqueur sensée porter bonheur. Les propriétaires étaient même obligés de tirer rapidement les rênes de leur monture pour les extraire tant bien que mal de la foule avant qu'elle ne se déchaîne et qu'en retour elle ne prenne des coups de sabots. La remise des prix a, quant a elle, aussi été dans la même lignée que celle de Karkorum, à part la tenue des jeunes jockeys « déguisés » en superman (avec des pantalons et blouses très colorés armées d'une cape et coiffés d'une espèce de bandana, la pointe vers le haut) ainsi que le lot du premier cheval dont le propriétaire est reparti avec une... mobylette ! Une agréable piqûre de rappel !

 

bouddhique

Construit au XVIIIème siècle à la mémoire et pour accueillir la dépouille de Zanabazar, le premier Bouddha vivant mongol et ayant occupé la fonction de Bodh Khaan, troisième « pilier » du bouddhisme lamaïsme avec le Dalaï Lama et le Panchen Lama, Amarbayasgalant Khiid est l'un des plus beaux monastères de notre tournée mongole. Même si, comme plus de 700 autres structures religieuses bouddhiques il a subi la destruction soviétique dans les années 30, il retrouve progressivement sa splendeur depuis quelques années, depuis notamment son inscription au Patrimoine Mondial de l'Unesco en 1996. Sa structure chinoise et son mur aux esprits en face de l'entrée principale pour leur en empêcher l'accès (les esprits ne peuvent se déplacer qu'en ligne droite) en font un exemple parfait d'architecture ; sans oublier ses magnifiques « tankas » et ses centaines de bouddhas miniatures. Accompagnés d'un jeune lama en formation, on s'est régalé à revivre une fois de plus cette religion, à tourner les moulins à prières et observer du coin de l'œil les protecteurs aux regards méchants.

23 JUILLET 2010 – J+349 – UN REGAIN DE CIVILISATION ?!

 

Nous avons effectué de nouveau un passage technique dans la capitale mongole pour opérer des gestes simples que l'on avait presque oublié dans l'arrière-pays : prendre une douche, trôner sur des toilettes, redécouvrir le goût subtil des légumes, tapoter sur Internet... En deux mots : retourner à la civilisation ! Même si par la même occasion, on a bien sûr récupéré ses travers : se « cramoisir » les poumons dans les embouteillages (y'a une place à prendre pour former les Mongols à la conduite collective civilisée et efficace), batailler pendant de longues minutes pour acheter un pauvre ticket de bus... Mais Dieu soit loué, certains repères ne nous ont pas été ôté trop vite afin de refaire surface progressivement. Tout d'abord, la douche ! Après une bonne dizaine de jours passés loin de tout jet digne de ce nom et arrosés tant bien que mal aux eaux froides des rivières rencontrées, nous avons eu la désagréable surprise d'apprendre que jusqu'à nouvel ordre, il n'y avait pas d'eau chaude dans le quartier ! Et bien sûr, l'eau froide n'était pas simplement froide, elle était glaciale... Elle arrive tout droit de la nappe phréatique du fin fond du sous-sol mongol et avec le superlatif de « capitale la plus froide du monde », Ulaan Baatar ne doit pas l'avoir très chaude ! En revanche, on avait des instruments non négligeables à l'amélioration de notre confort : une bouilloire et de l'électricité... à volonté cette fois, pour faire chauffer l'eau et daigner retrouver un semblant d'odeur acceptable !

En dehors de nos pauvres repères d'occidentaux bourgeois, on s'est aussi offert le luxe de la visite d'un monastère au passage pour boucler la boucle. Comme la douche, les retrouvailles furent mitigées : après ceux parcourus durant notre tour, Gandan, apparemment le temple bouddhique le plus grand de Mongolie, ne cassait pas tellement des briques, si ce n'est sa statue géante de Bouddha de 26 mètres 50 de haut, son office de moines avec les psalmodies et animations instrumentales correspondantes et surtout son maître de cérémonie aux feuilles de chou à faire passer Serge Gainsbourg pour un recollé des oreilles ! Vous l'aurez peut-être compris, nous n'étions pas mécontents de retourner à la vie des steppes, qui plus est en famille nomade !

24 – 29 JUILLET 2010 – J+350 - J+355 – NOMAD'S LAND !

Environ 30 minutes pour traverser la ville jusqu'au terminal de bus, environ 6 heures d'asphalte et de piste pour atteindre le croisement perdu où le maître de maison nous attendait pour les environ dernières 20 minutes de camionnette... et voilà que nous étions dans la famille nomade pour les 5 prochains jours ! A vivre la Mongolie de l'intérieur ! Bien sûr, l'arrivée est toujours hésitante, on est timides, eux aussi, on boit un petit coup d'« airag » en guise d'accueil et l'on retrouve les lits que nous avions déjà visités une bonne dizaine de jours auparavant. Si, rappelez-vous, c'est avec cette famille, installée près du temple de Shankiin, que nous avions fait notre baptême de l'« airag » !

Dans la famille..., je veux...

Commençons donc par vous présenter les personnages de la pièce afin que vous puissiez suivre comme des lecteurs avertis les descriptions de scènes de la vie quotidienne qui vont suivre. Tout d'abord, « Tseutmong » (on vous l'a fait en phonétique comme on a tenté de les prononcer parce que le Mongol, c'est clairement pas facile !), c'est la maîtresse de maison, douée en cuisine, habile en traite (quelque soit l'animal concerné), douce et forte à la fois : LA femme nomade par excellence ! Son mari attentionné, « Patteurch », est toujours par monts et par vaux, à cheval... sur sa mobylette et quand il s'agit de jouer les vétérinaires pour arracher des dents véreuses (avec des vers comme le mot l'indique,, preuve à l'appui), il n'y va pas par quatre chemin, c'est à coup de marteau et autres pinces coupantes qu'il tape dans le vif ! Vient ensuite « Nordjma », la maman de « Tseutmong », alias « mamie » comme nous l'appelions. Un amour de grand-mère à qui l'on pincerait les joues en lui faisant risette tellement son visage inspire la douceur et la sagesse. « Jona » et « Sotnom'ich », quant à eux, sont les deux ados de la lignée (on vous épargne les détails généalogiques qui nous ont valu une longue discussion avec ces deux loustiques et de nombreuses feuilles vierges pour pouvoir relier le bon rejeton à la bonne branche de la famille). Respectivement 14 et 12 ans, le premier est le petit homme qui s'occupe de faire respecter l'ordre lors de la traite des juments, tente de débourrer les jeunes mâles (au prix d'un ventre ultra-rouge et d'un écran de téléphone portable HS) et s'initier à la lutte mongole à l'école... tandis que le second, c'est plutôt le doux agneau qui prendra certainement plus tard du poil de la bête mais qui, en attendant, préfère rêver du haut de son cheval lors du rassemblement des troupeaux. L'espiègle et le réservé, le petit dur et le timide... Deux amours dans tous les cas ! Il y a aussi « Dérima », la belle-sœur et sa petite « Miga », une sacrée chipie ! Bon, on s'arrêtera là pour les présentations parce qu'on vous voit déjà perdus...

Espèce de... traite !

Notre occupation première pendant cette petite semaine fut les traites : celles des juments (quatre fois par jour) et celle des vaches, matin et soir. Bon, on a plutôt eu tendance à ne participer qu'à trois et une compte tenu du démarrage matinal, « aurorale » même, des premières ! Seul le dernier jour, nous avons daigné lever nos fesses de nos confortables lits douillets à 5 heures du mat' pour partager ces derniers instants en famille.

Techniquement, nous n'avons jamais effectué de traite proprement dite, c'était le domaine réservé de « Tseutmong » et « Dérima » et à voir comment le lait est sacré pour eux, c'est leur eau... littéralement ! On n'a pas voulu jouer avec leur gagne-pain et leur source de vie. On s'est donc laissés guider vers les activités annexes, notamment le maintien des poulains lors de la tétée pour faire monter le lait de leur mère dans un premier temps puis lors de la traite proprement dite afin que les juments continuent à avoir leur poussée de lait et pour les rattacher enfin sur le cordage afin qu'ils ne s'échappent pas avant le soir dans les immenses steppes voisines. Et à ce jeu là, Ander s'en ait fait rapidement un véritable métier. Un véritable mongol ! Même les poulains ne rechignaient plus à se faire attraper par ses soins dès le deuxième jour. Son astuce (en dehors de sa technique bien sûr), une seule et unique polaire qu'il remettait à chaque fois ! Intelligent, non ! Odorant aussi !

Pour les vaches, jugées moins dangereuses, Ophély a pu y mettre sans grain de sel. Même principe : attraper les veaux (dans un enclos contrairement aux poulains attachés le long d'une corde), les amener à leur mère pour faire monter le lait, petite variante les attacher le long d'une corde également le temps de la traite et les détacher une fois finie pour qu'ils finissent de se nourrir. Simple sur le papier, plus sportif dans la réalité lorsque le veau résistait ou baignait dans la bou...se de l'enclos ! Et hop, une tape sur le cul et ça avançait ! Parfois trop et il fallait alors opérer une session « rattrapage » de vaches qui s'en allaient en courant à droite, à gauche. Ophély en train de courir derrière une vache un jour d'ouverture des fêtes de Bayonne... ça ne s'invente pas et ça émeut Ander !

Bien sûr, on a eu droit à des animations météorologiques pour faire varier les plaisirs des traites : un jour de la pleine lune avec des chevaux surexcités... une autre fois avec les vaches sous la pluie pour nous détrempés les pieds de boue et autres excréments...

La traite... mais encore ?!

Notre première soirée a été baptisée au dépeçage de mouton, fraîchement tué d'un coup de couteau dans la poitrine. Nous sommes arrivés lors qu'il était déjà mort (ouf !) mais Ander a tout de suite été mis de suite à contribution pour tenir les pattes encore chaudes de l'animal pendant qu'un homme de la famille lui ôtait la peau en passant son poing ferme entre la laine et la chair. Et on a assisté à la totale : « vidange » des entrailles, nettoyage des intestins pour garder les boyaux propres (pour de futures saucisses certainement), collecte du sang et des abats, découpage des côtes et séchage de la viande... En une heure à peine, tout était réglé et le menu pour le mois à venir aussi !

Quant au dernier jour, celui-ci a été honoré d'une petite surprise de « Tseutmong », qui est entrée dans notre « ger », les bras remplis d'habits traditionnels en nous parlant de photos. « Bien sûr ! », avons-nous pensé ! Avec le « bel engin » d'Ander, elle aurait eu tord de s'en priver, on pouvait lui faire de beaux clichés et lui faire passer une fois tirés à UB par Mejet lors d'un prochain tour. Mais nous n'y étions pas du tout, c'est de nous qu'elle voulait faire des photos ! Alors, on s'est exécuté et on a revêtu leurs beaux manteaux et les chapeaux associés pour jouer les mannequins le temps d'une séance photos. Bien évidemment, on en a aussi profité pour lui faire faire la pose !

Tout au long de notre séjour, nous avons eu la joie de faire de belles siestes entre les traites pour reprendre des forces et lorsque nous émergions avec encore suffisamment de temps avant la prochaine traite, nous regardions en famille le film de l'après-midi doublé en mongol : Shrek, Crocodile Dundee et autres « soap » américains !

Vous devez vous dire qu'on commençait à s'empatter et manquer d'activités physiques dignes de ce nom ! Que nenni ! « Joné » était là pour se charger de l'entretien de notre ligne (qui commençait à se barrer en sucette à cause de bons plats bien graisseux mitonnés avec amour par « Tseutmong » et « Nordjma ») avec des combats de lutte à la fin de certaines traites. Tour à tour, il s'occupait de chaque femme : « Tseutmong », « Dérima »... « Ophély » ! En résumé, il est petit mais costaud... enfin, surtout technique. Ce qui lui a permis de nous mettre de façon générale la raclée ! Ah, ne croyez pas qu'on l'a laissé faire si facilement (un de ses jeans y a même laissé sa peau), on l'a bien dominé deux, trois fois mais ne voulant s'avouer vaincu, il revenait à a charge et son endurance avait raison de la nôtre ! Heureusement, notre cher Ander a sauvé l'honneur ! Malgré un amincissement certain cette dernière année, il dominait le frêle ado sans sourciller !

Ne nous restait plus (comme après chaque effort concédé) qu'à retourner à la « ger » pour se revigorer d'un petit coup d'« airag » et tourner le moulin à prière pour ravir « mamie ».

Nous avons aussi mis la main à la patte pour la préparation des repas avec notamment la « frappe » au marteau de la viande séchée pour l'attendrir afin de la découper plus facilement avec un énorme ciseau. On s'est aussi appliqué à plier les incontournables « buuz » que tout mongol se doit d'ingurgiter régulièrement. Tout un art... culinaire !

Comment te dire adieu ?

Voilà un peu quelle a été notre vie pendant ces quelques jours, au rythme à la fois léger et chargé... Sans s'en rendre compte, il y avait toujours quelque chose à faire ! Mais comment vous retranscrire ce que nous avons vécu là-bas, à leurs côtés, à leurs contacts ? Comment retranscrire au-delà des activités quotidiennes la naissance d'une relation sincère, joyeuse et émouvante à la fois ? Difficile ! Alors, à vous de décrypter entre les lignes les bons moments passés et d'imaginer les « au revoir » avec les nombreuses bises, les serrages émouvants dans les bras... et les quelques petites larmes une fois isolés dans le van. Un instant de grâce dans les relations humaines !

29 – 30 JUILLET 2010 – J+355 - J+356 – DERNIERS INSTANTS

 

Nous sommes revenus de chez la famille en compagnie de Lionel, un français émigré à Londres qui retournait sur Ulaan Baatar et nous a gentiment proposé de se joindre à lui dans son immense van pour rejoindre la capitale. S'il pensait nous économiser un long trajet retour en bus, il nous a plutôt épargné l'absence de confort de la banquette que la durée. Entre le ventilateur en plastique qui a explosé en route et qu'il a fallu remplacer au pied levé, le moteur qui surchauffait au fur et à mesure du trajet et les vitesses qui ne passaient plus à notre arrivée en ville nous valant un détour par chez le chauffeur pour changer de véhicule, nous avons atteint in extremis la capitale, juste le temps de se changer en quatrième vitesse (pour réduire les odeurs pestilentielles de nos contacts rapprochés avec les animaux des derniers jours, la douche n'ayant toujours pas recouvré son potentiel de chaud) et arriver à temps pour assister à un spectacle folklorique avec danses et musiques traditionnelles, « khoomi » (chant typiquement mongol indescriptible qui consiste en des variations de tonalités vocales graves et aiguës dans un même temps. Vous avez rien compris... On vous l'avait dit : indescriptible !), danses des masques du Nouvel An pour éloigner l'enfer et une démonstration de contorsionnistes hallucinante (les Mongols sont très réputés dans le monde du cirque international pour cette discipline). 1H30 de belles performances pour prendre une autre mesure de la culture locale ! Et nous avons achevé cette dernière soirée en Mongolie, toujours avec Lionel, entre visite de la place centrale, dîner pour goûter une dernière fois les spécialités mongoles et tournée de bières au « Chinggis Bar » pour refaire le monde tous les trois. On lui fera même subir les galères de la recherche de souvenirs et l'attente sur le quai de la gare le lendemain matin. Une crème que nous serons ravis de revoir dans des contrées... plus européennes !