23 MAI 2010 – J+288 – ET DE DEUX !

Dernières pérégrinations en terre indienne

Nos dernières pérégrinations en terre indienne se sont déroulées à l'image de notre mois passé sur le territoire : agitées ! Tout d'abord, le dernier train de nuit que nous avons emprunté est parti avec une bonne heure de retard. On aurait pu considérer cela comme relativement correct si notre départ n'avait pas eu lieu à 1h30 du mat' alors qu'on se rêvait d'un lit depuis déjà plusieurs heures. Ander commençait même à piquer du nez sur un banc de la gare. Ensuite, nous avons du faire face une nouvelle fois à de âpres négociations dans le bus qui nous amenait à la frontière népalaise. Le mec avait gentiment oublié qu'on lui avait filé un billet de 500 et a tenté de nous rendre la monnaie que sur 200. Mais comme toujours, nous n'avons pas relâché la pression et Ander, d'un calme olympien, a rapidement obtenu gain de cause. Non mais ! Finalement, le passage de la frontière et démarches administratives associées sont, quant à elles, passées comme une lettre à poste. Papier rempli, passeport présenté, tampon effectué... hop, le tour était joué, nous étions au Népal !

Mais tout juste débarqués en terre népalaise que nous goutions déjà au joie des transports locaux. Le changement de pays avait modifié les visages, la langue mais absolument pas la vitesse moyenne des bus. Quoique, peut-être que si... Ça les avait ralenti de ce côté ! 40 minutes pour faire 4 kilomètres du poste frontière à la première ville et 2h30 pour 26 autres kilomètres de cette ville à notre première étape Lumbini.

Après le premier sermon... le lieu de naissance

Après Sarnath à quelques kilomètres de Varanasi, nous avions décidé de faire un petit détour pour aller voir un deuxième lieu sacré bouddhique : là où notre ami Bouddha est né, à Lumbini. La reine Mayadevi, sa mère, à la sortie d'un bain, aurait accouché près d'un arbre après une gestation de 10 mois et mis au monde le prince Siddhartha Gautama, qui deviendra Bouddha 35 ans plus tard. La légende raconte que celui-ci à peine né aurait alors effectué 7 pas. Le lieu exact est symbolisé par une pierre datant tout de même de 245 environ avant J.C.. Cet emplacement, initialement occupé par la magnifique forêt de Lumbini, a progressivement donné naissance à des sites de pèlerinage, en hommage au Prince illuminé. La simplicité et la sérénité des lieux surprend et si un projet de créer une capitale universelle du bouddhisme n'avait pas été mis en place par le secrétaire général de l'ONU en 1967, Lumbini aurait nécessité un grand effort d'imagination pour faire revivre le passé. Hormis le temple principal, c'est tout un ensemble de temples autour des jardins sacrés qui rend la visite agréable et calme.

Enfin presque nous concernant car la météo s'est mêlé au jeu sans y avoir vraiment été invitée. Peut-être simplement voulait-elle nous souhaiter la bienvenue mais l'on se serait amplement satisfaits de beaux rayons de soleil sur les espaces verts. Au lieu de ça, on a eu droit à une belle averse, prémisse de la mousson. Des trompes d'eau sont tombées en quelques minutes, suffisamment puissantes pour détremper les chemins du parc et contribuer à nous laver les pieds et tout le toutim sur nos vélos quand nous avons enfin pu quitter la cabane des gardiens du parc où nous avions trouvé refuge. Cela faisait longtemps que nous n'avons pas autant apprécié une douche... chaude !

24 – 26 MAI 2010 – J+289 - J+291 – UN PEU DE NATURE ANIMALIERE !

 

On a rejoint Panta, guide népalais avec lequel Ander était parti « trekker » il y a de cela quelques années, pour se faire « cocooner » lors de notre trois jours d'exploration du Parc National de Chitwan. Cette réserve, autrefois domaine des chasses royales, est certainement aujourd'hui la plus célèbre du Népal, réputée notamment pour ses rhinocéros à une corne, ses tigres ou encore ses ours lippu. Mais l'animal le plus répandu, le plus plus familier de la région, c'est l'éléphant ! Dressé, il sert d'animal domestique autant que de mode de transports (principalement pour les touristes).

 

Ça trompe énormément

Nous avons donc débuté notre séjour par une petite Visite du côté du centre de repos de ces bestioles pour constater de visu en quoi ces pachydermes s'éloignent de leurs homologues africains. Loin d'être identique, il diffère non seulement de son cousin par la taille de ses oreilles, bien plus petites (il fait moins chaud, donc moins besoin d'éventer) mais aussi par sa taille (plus petit), sa tête bulbeuse, son dos convexe et la présence de quatre ongles (vs trois pour l'Africain) sur ses pattes arrières. Sans oublier qu'ici, seuls les mâles possèdent des défenses (les deux sexes en Afrique) et que la race asiatique a la particularité de développer une dépigmentation de la peau en vieillissant (phénomène génétique n'ayant aucun lien avec le soleil ou autre signe de maltraitance).

Nous avons également appris que dresser un éléphant prend environ quelques mois car dès leur naissance, ces animaux baignent dans l'univers humain et il ne reste plus qu'à leur apprendre à obéir à des ordres précis. Les méthodes d'apprentissage semblent toutefois un peu barbares puisqu'elles consistent à mettre le spécimen face à tous les dangers pour qu'il sache les « gérer » et certains, plus rebelles que d'autres, doivent faire face à une pluie de coups de bâtons. Mais, parait-il que les individus de la région sont bien traités et bien nourris. Nous ne sommes pas experts en la matière pour le valider mais notre visite ultérieure au centre des naissances nous permettra de constater la présence de nombreux éléphanteaux (il y avait même des jumeaux, phénomène extrêmement rare). Et compte tenu qu'un éléphant en captivité semble difficilement se reproduire s'il n'est pas épanoui, on ne peut que les croire.

Au fil de l'eau

Notre premier réveil matinal du séjour a été réservé à l'une des expériences les plus reposantes du Parc : la descente en canoë. Se retrouver une embarcation de bois, assis sur des petits sièges à fond de cale et naviguer à fleur d'eau nous a rappelé quelques souvenirs de « mokoro ». Même le bâton du mec avec lequel il dirigeait était identique. Pendant une bonne heure, on s'est laissé couler sur la rivière, au son de la riche population aviaire... Ah, quel calme après les longues semaines de klaxons et cloches en tout genre en Inde ! On aurait presque cru qu'on était devenus sourds ! S'il nous aurait fallu plus que de la chance pour voir le dauphin du Gange, on a au moins pu observer quelques spécimens de gavial (espèce de crocodile dont la longue et fine bouche est toute droite). « Euh, tu fais pas le con batelier, on voudrait pas avoir à nager là, maintenant, tout de suite, non, ce ne serait pas franchement une bonne idée ! ».

Près de la catastrophe ?

A défaut d'avoir pris de gros risques sur la bicoque en elle-même, c'est la fin de l'excursion, à pied dans le parc qui s'est révélée plus tendue. Rien d'officiel puisque nous avons tranquillement déambulé au milieu de la végétation, accompagnés d'un guide maîtrisant les lieux ainsi que de notre ami Panta... une belle balade bucolique, quoi ! Sauf qu'il ne fallait pas oublier que nous étions dans le Parc National de Chitwan, réputé pour sa faune. Et pas n'importe quelle faune !

Ses rhinos, pas vraiment néfastes pour les humains, mais qui, ne parvenant pas à distinguer ce qui leur fait face, ont tendance à supposer que toute forme peut être dangereuse et à charger. Autant ne pas se retrouver dans leur ligne de mire, ce à quoi, nous nous sommes appliqués, vous imaginez bien.

Ses ours, certainement l'animal le plus dangereux des lieux, quant à eux, s'attaquent à l'homme et grimpent aux arbres. Impossible de lui échapper, sauf, paraît-il, en gloussant un parapluie ouvert à la main ou en se livrant à un strip-tease, abandonnant, un à un, ses vêtements derrière soi... Quand on vous dit qu'il faut apprendre à payer de sa personne en voyage !

Ses tigres, bien sûr, d'un naturel peureux, si bien que l'on a peu de chances de les rencontrer mais que si cela arrive, la chair humaine devenant alors son mets favori, on a peu de chances d'en témoigner. Alors, non, nous n'avons pas vu l'ombre d'une queue orangée (ouf !) mais nous avons suivi pendant quelques mètres le chemin que l'un d'entre eux avait du emprunter la veille tout au plus, de belles traces fraîches l'attestant ! Bon, nos guides étant en tong et totalement désarmés, on était bien soulagés de rejoindre le centre des naissances des éléphants, gardienné et grillagé ! Sauvés !

Jamais deux sans trois

Nous avons vu notre premier monstre cuirassé à proximité du centre des naissances. Zigzaguant comme si de rien était entre les buffles, il a traversé la plaine devant nos yeux. Clairement à découvert, on a bien vu ses plis de peau qui donne l'impression qu'il porte une armure. Un véritable bouclier ambulant ! Il semblait serein et absolument pas déterminé à venir nous chercher des noises mais sa route se rapprochant fortement de notre observatoire, les gardes nous ont quand même demandé de reculer. On ne sait jamais. Bon, on avait déjà noté qu'il y avait d'autres touristes devant nous nous protéger au cas où... Sympas les gars !

Mais loin d'être rassasiés de cette rencontre matinale, nous avons opté pour l'option « safari à dos d'éléphant » pour aller en côtoyer d'autres d'un peu plus près. Les approcher de cette façon là semble beaucoup plus aisé parce que repérant certainement un de ces compères sauvages, les rhinocéros ne se cassent pas en courant et on peut alors les regarder brouter les buissons environnants sans risque. Verdict ? On confirme ! Du haut de notre « howdah » (plateforme carrée, entourée d'un garde-corps sur laquelle on s'est installé chacun à chaque coin), on a pu suivre de longues minutes une maman rhino et son petiot. Cette balade nous a également permis de valider qu'un éléphant dévore aisément plus de 250 à 300 kilos de nourriture par jour et 200 litres d'eau. Pendant nos deux heures de circuit, notre gentil porteur a passé le plus clair de son temps à arracher des brassés d'herbes puis à les agiter pour chasser les insectes et la poussière avant de les engloutir. Heureusement, il le faisait tout en marchant sinon on aurait jamais parcouru plus que quelques mètres !

Décidés à profiter au maximum de la facilité d'accès aux rhinocéros, on a embrayé le dernier jour avec un safari en 4x4. Et si nous avons longtemps cru que nous allions revenir bredouille (le chemin servant également de voie d'accès locale à un village), notre patience et notre changement de cap s'est avérée payante ! Nous avons pu voir deux cervidés en plein combat ainsi qu'un rhinocéros à la carapace totalement détrempée.

Au total, 3 rencontres (4 spécimens) extraordinaires. Trop brèves à notre goût !

A la douche

Après notre première rencontre avec les éléphants au centre des naissances, nous avons approfondi nos liens avec eux lors d'une deuxième attraction originale : le bain ! Ce jeu consistait à grimper sur la bête, à même son dos puis à se rendre au centre de la rivière et accepter de prendre des litres d'eau sur la tronche, déversés par son instrument le plus agile, sa trompe ! Bien sûr, le « mahout » (celui que le monte) s'est donné un malin plaisir à lui donner l'ordre de nous donner la douche à foison. Pourtant, il n'avait pas besoin d'en faire autant, la première saucée avait suffi à nous détrempés ! Et au cas où un cm² de vêtement aurait résister à ces douches répétées, le dresseur a lancé une deuxième demande plus efficace encore : celle de nous jeter dans la rivière. Oui, oui ! Sous l'impulsion plantaire de son maître, l'éléphant s'est gentiment couché sur le côté, le temps de nous faire basculer ! Aller hop, tout le monde à l'eau !

Une fois mouillés jusqu'aux os, on a quand même pu assister à la toilette de l'éléphant. A l'aide d'une pierre, le « mahout » gratte fort une grande partie des oreilles et de la trompe de son « bébé » pour le débarrasser de la couche de poussière collée. Et il n'a pas fait semblant de frotter mais le pachyderme avait vraiment l'air d'aimer ça, il ne bougeait pas un poil ! En même temps, vu l'épaisseur et la dureté de sa carapace, il valait mieux ne pas y aller avec le dos de la cuillère !

Et les humains dans tout ça ?!

Notre petit séjour a aussi été l'occasion de découvrir la culture Tharu à travers un spectacle de danses traditionnelles. Et, oh surprise, Ander a retrouvé des traces de sa culture : des hommes habillés de rouge et blanc claquant des bâtons les uns contre les autres. Ah, ces basques... ils sont partout !

27 MAI – 4 JUIN 2010 – J+292 - J+300 – TEMPLES, SHOPPING, HIPPIES ET CIE !

Freak Street ou la légende hippie

Passer de la nature à la culture népalaise nous a coûté en heures de bus... Plus de 6h30 de bus pour parcourir les quelques 180 km qui séparent le Chitwan de Katmandou. On vous laisse faire le calcul... 25 km/h ! Bingo ! Qui dit mieux ?! Et encore, le trajet n'a pas été des plus inconfortables puisque nous avions pris le bus « touristique », donc avec un max de place pour les jambes !

Nous avons quand même fini par débarquer à Katmandou où nous avons élu quartier dans Freak Street. Jugée trop calme aujourd'hui (fini les « space cake » et autres produits canabistiques en vente libre) à côté du quartier ultra touristique de Thamel (quelques propositions du coin des lèvres de produits illicites), on n'a pas pu résister à cette ambiance désuète et mythique. Et puis, soyons pragmatiques, elle se situe au pied de Durbar Square, LA place de Katmandou avec ses temples aux multiples esplanades. Rien de plus mystique que ce lieu à la tombée de la nuit pour déguster un bon « chai » bien chaud en regardant la vie se dérouler. Rituel que nous avons initié dès notre premier soir et ce, tout au long de la semaine... Avec 8 nuits dans la même « guest-house », Freak Street a vite pris des allures de « chez nous ». Nous avons également fait du restaurant « Lumbini », un super boui-boui, notre cantine attitrée. Le serveur serait presque devenu notre copain si nous avions parlé népalais. Nous avions notre câble réseau qui nous attendait chaque soir que l'électricité le permettait au café Internet du coin et nous avions même notre vendeur de « chai » sur Durbar Square.

Un dîner entre amis

Sans oublier notre ami Panta, qui nous a reçu chez lui comme des rois autour d'un délicieux « dal bhat » (le meilleur de tous), accompagné d'un vin cuit népalais pour la mise en bouche puis d'un Lussac-Saint Emilion 2004 pour la suite. Une grande soirée ! D'autant plus que nous avons vécu avec l'ensemble de la famille ce qui devait être un des tournants politiques majeurs du Népal : l'adoption de la constitution. Malheureusement, le paysage politique népalais actuel ressemble plus à un cirque qu'à une démocratie (les Américains et les Indiens tirent les ficelles), le Premier Ministre (qui devait démissionner depuis plusieurs semaines après d'importantes grèves à travers le pays) a repoussé l'échéance d'un an pour éviter de nouvelles émeutes dans la capitale. Vaut mieux pour lui qu'il ne pousse pas le bouchon trop loin et qu'il tienne parole parce que les Népalais sont patients mais quand c'est trop, c'est trop ! S'il ne fait rien, ce sera la révolte ! Nous suivrons cela du coin de notre œil parisien, leur souhaitant qu'une nouvelle voie s'ouvre pour eux. En attendant, nous avons pu profiter comme il se devait de la capitale, sans fond de guerre civile.

Daskinkali, le temple aux sacrifices

Notre première excursion dans la vallée de Katmandou n'a pas été piquée des vers... loin de là ! Tout d'abord parce que nous avons dû mettre les pieds sur terre de nuit, à 4h30 pour parcourir les 20 kilomètres en bus qui séparent le centre de Katmandou du temple de Dashinkali. Ce temple, dressé en l'honneur de Kali, la version « sauvage » de la femme de Shiva reçoit deux fois par semaine de nombreux fidèles venant effectuer sacrifices et offrandes pour apaiser la soif sanguinolente de la déesse. Et ces pratiques surprenantes attirent plus que du monde ! Lorsque nous sommes arrivés à l'entrée du site, nous avons été effrayés de voir qu'à 6 et demi du mat' une queue digne de « Space Mountain » s'était formée. Pas très motivés pour patienter on ne sait combien de temps, nous avons vite compris que si nous n'avions pas d'offrandes à faire, nous pouvions directement descendre dans le creux voir le temple. Ouf, sauvés ! Même si on s'énerve parfois, on n'en est pas encore au point de vouloir s'égorger ! Et oui, égorger, c'est le mot ! Les animaux, coqs et chèvres quand nous y étions, étaient présentés tour à tour au pied de la statue noire de Kali afin de l'arroser de leur sang au moment où on leur tranchait la carotide. Ce fut à la fois repoussant et attrayant d'assister à ces scènes. Heureusement quand même que nous n'avions pas petit déjeuner au préalable sinon notre estomac aurait pu montrer quelques signes de faiblesse ! Pourtant, il ne s'agissait pas que de pervers assoiffés de gore ou de paysans païens, bien au contraire, beaucoup de gens de la ville avec tee-shirt « Red Hot » et sac à main doré étaient de la partie... Une sorte de tradition populaire du samedi ! Même « l'égorgeur », avec qui Ander a tapé une bavette, était étonné de voir notre étonnement devant ce spectacle. Rien de plus classique pour lui. Tellement classique qu'à côté du temple se dressait un toit où toute une équipe s'affairait à dépecer (ou déplumer), vider et préparer les carcasses mortes. Méchoui géant pour tout le monde ! Et « hallal », s'il vous plaît !

 

De déesse en déesse

Témoins d'honneur à une déesse « normale » le matin, nous avons été ensuite rendre hommage à une « déesse vivante » l'après-midi. En effet, dans l'enceinte de Durbar Square, réside une petite fille considérée comme une déesse vivante, la Kumari Devi. Cette coutume se serait instaurée sous le règne du dernier roi Malla et plusieurs légendes courent sur l'origine de cette tradition. La première raconte que le roi Malla aurait eu une relation sexuelle avec une enfant prépubère qui en serait décédée et en pénitence, il se serait mis à vénérer une fillette comme une déesse vivante. Une seconde raconte que ce roi, jouant habituellement avec la déesse Taleju (protectrice de la vallée de Katmandou), lui aurait fait des avances inconvenantes et celle-ci l'aurait alors menacer de lui retirer sa protection mais se laissant attendrir, elle se serait engagée à revenir sous forme d'une fillette. La dernière parle d'une fillette possédée par la déesse Durga et qui aurait été bannie du royaume ; la reine, furieuse, aurait ordonné à son mari de ramener l'enfant et de la considérer comme une véritable déesse. Quoi qu'il en soit, cette fillette, pour résister à son élection, doit être forcément un peu déesse. Dans un premier temps, l'enfant (issue de la castes des orfèvres newar) doit avoir entre 4 ans et l'âge de la puberté et présenter 32 signes distinctifs bien précis (couleur des yeux, forme des dents, son de la voix...) et son horoscope doit lui être favorable. Une fois toutes les candidates présentées, elles sont rassemblées dans une pièce obscure où l'on entend des bruits terrifiants et dont le sol est jonché de têtes de buffles sanguinolentes. La future élue, en tant que véritable déesse, ne doit bien sûr pas être effrayée. Enfin, après cette épreuve, comme pour le choix du Dalaï-Lama, la dernière étape consiste pour la Kumari à choisir les vêtements et ornements portés par celle qui l'a précédé. Que d'efforts ! Et pour quelle récompense ? Celle d'être installée avec sa famille dans le palais de Katmandou pour y vivre entièrement recluse hormis lors de quelques cérémonies annuelles afin d'être trimbalée sur un char à travers la ville. Par chance, elle sera « libérée » dès l'apparition de ses premières règles et on lui offrira pour l'occasion une belle dot dont elle n'aura que faire puisque personne ne voudra l'épouser, cela portant malheur ! Finalement, quelle chance que d'être simple mortelle !

Swayambunath, premier contact bouddhique

Après une grasse mat' bien méritée (nous avons dormi comme des loirs presque 10 heures d'affilé), nous étions remontés à bloc pour la visite de la journée : le temple de Swayambunath. Et il fallait bien ça parce que non seulement nous avions décidé de nous y rendre à pied (même pas peur, le temple ne se situe qu'à deux kilomètres du centre de Katmandou) mais surtout parce que nous avions choisi de pénétrer les lieux par l'escalier est, c'est-à-dire un put... d'escalier à pic de... on ne sait combien de marches tellement y'en avait et surtout bien raides ! L'effort valait le coup puisque que cette entrée débouchait directement sur le superbe stupa. Notre souffle, tout juste retrouvé de la montée, fut de nouveau coupé par la vision imposante de la blancheur du dôme, de son par-dessus doré et du regard énigmatique du Bouddha.

Mais nous n'avions pas une minute à perdre car l'office des moines allait commencer, le gong les appelant à l'ordre. On les a donc suivi dans le monastère et nous nous sommes docilement installés à leur côté sur un des murs libres tandis qu'ils prenaient place sur des banquettes au milieu de la salle, les uns en face des autres. Progressivement, l'enceinte s'est remplie et la cérémonie a débuté. Le « maître » de cérémonie a commencé à psalmodier tandis que les autres faisaient silence. Ses paroles languissantes ont alors été reprises par les autres disciples et nous avons eu soudainement eu l'impression d'entendre un bourdonnement collectif. Nous étions pourtant loin d'une ambiance studieuse. Nous qui nous attendions à sentir une certaine retenue voire de l'austérité durant cet office ! Rien du tout ! On se serait plutôt cru dans une salle de classe avec des collégiens forcés d'écouter une leçon un peu trop barbante, un peu trop souvent entendue... Certains baillaient, d'autres s'envoyaient des petits mots ou se montraient leur dernière acquisition (montre, portable). Clins d'œil et rigolade étaient de rigueur. Bien sûr, le maître « d'école » corrigeaient de temps à autres ses élèves et haussaient le ton pour les faire se discipliner mais sa meilleure recette fut certainement ses cymbales. D'un coup, il les fit claquer et le silence fut immédiat ! L'un des disciples actionna le « tambourin » tandis que deux autres se joignirent à eux à coup de cor ou de flute. Ces rythmes musicaux s'alternèrent ainsi tout au long de l'heure de prières, délimitant passages oraux ou gustatifs. Et oui, on vous a dit que c'était détendu ; un novice, drapé de rouge également, leur sert du thé pour accompagner leurs bols remplis de mets. Une fois le long livret qui leur sert de support (leur Bible en quelques sortes) écumé, la célébration a pris fin et nous avons été gentiment priés de sortir afin qu'ils puissent le faire à leur tour.

Nous avons pu alors visiter le complexe religieux, considéré comme l'un des premiers sanctuaires bouddhiques au monde (il aurait été fondé il y a 25 siècles). La partie arrière nous a plutôt fait penser à un jardin public où les amoureux viennent passer du bon temps. Autrefois réputée pour ses singes (ce sont plutôt les chiens que l'on rencontre aujourd'hui), l'attraction majeure est aujourd'hui devenue la fontaine où chacun vient tenter sa chance d'obtenir la protection du Bouddha en visant un pot à ses pieds, au milieu d'un bassin. Autant dire qu'on est plus vite soulagé de quelques roupies que d'avoir atteint l'objectif ! La partie principale, quant à elle, nous a subjugué par son accumulation de temples, de « chaitya » (sorte de mini stupa), de moulins à prières... sans compter la vue panoramique sur la vallée de Katmandou. Que demander de plus ? Un beau coucher du soleil, un éclairage du stupa pour illuminer son regard ! Et bien, rien de tout cela ! Le ciel nous a offert en échange un bel orage, des vêtements mouillés et une coupure d'électricité, histoire d'avoir attendu la nuit tombée pour rien ! Heureusement que les meilleurs mo-mos (vapeurs tibétaines remplis de viandes ou de légumes) de la ville nous ont réchauffé les entrailles.

 

Patan... Durbar Square, le retour !

Histoire d'alterner entre les sites bouddhiques et les « Durbar Square », nous avons poursuivi notre tour de la région avec la visite de Patan. Ancienne ville royale, ce village nous a offert une petite escapade à quelques kilomètres de Katmandou, où nous avons flâné au fil de ses ruelles pavées, observant ses temples, ses anciennes maisons, ses bassins d'eau, visitant son temple d'or, son musée... On se serait presque cru au calme pendant une bonne partie de la journée si nous n'avions pas fini par débarquer sur Durbar Square (place centrale) ! Woilà, changement de décor ! Il y avait du monde partout... des locaux, des touristes... et même des agents chargés de vérifier nos tickets d'entrée. Oui, c'est comme cela au Népal, on paie pour visiter les centres-ville ! Katmandou, Patan, Bhaktapur... les prix varient mais la présence de comptoirs d'entrée, non ! Bon, cette fois-ci pour le prix, nous avons eu quelques éclairages sur les monuments mais rien de bien sexy pour qu'Ander ne se régale. On s'en est donc allé vers notre autre Durbar Square (celui de Katmandou) à bord d'un minibus surbondé où nous avons du nous plier en 2 pour entrer et rester dans cette position pendant une vingtaine de minutes. Ça nous a fait travailler les abdos !

Bodhnath, un avant-goût tibétain ou trois petits tours et puis s'en vont !

Bodhnath regorge d'une véritable communauté tibétaine riche et influente. Il s'agit de la communauté ayant fui le Tibet il y a de nombreuses années quand la Chine l'a indexé de force. Ainsi, cette ville est devenu le premier site majeur tibétain hors du Tibet et surtout un lieu de pèlerinage pour remercier d'avoir pu traverser sans encombre l'Himalaya ou pour prier avant d'entreprendre le voyage. A quelques jours du départ pour Lhassa, on a donc fait nos trois tours du stupa dans le sens des aiguilles du montre, tournant dès qu'ils étaient disponibles les longs alignements de moulins à prière. Bon, on a aussi touché du bois... histoire de mettre toutes les chances de notre côté.

En dehors de la magnificence du monument (ses dimensions et son alternance de cercles et de carrés pour l'équilibre de la méditation), nous avons surtout été touchés par le défilé permanent des croyants autour. Saisissant ! Nos premières têtes tibétaines ! Et pas n'importe quelles têtes ! Beaucoup de mamies creusées de rides, au sourire enfantin, emmitouflées par 30° degrés dans leurs habits traditionnels (longues jupes noires avec un tablier de couleurs rayé)... baskets aux pieds ! Certes, elles ont de la ferveur mais quand même, elles sont pas folles les guêpes. Quand il s'agit de parcourir trois fois la circonférence du stupa dont le diamètre atteint déjà plus de 100 mètres, de bonnes Nike ou Adidas sont les bienvenues !

Un dernier tout pour voir une assemblée de moines, tout de rouge vêtus, priant en hommage au tremblement de terre de Kay-Gu Do Kham... et nous étions de retour sur la route principale à la recherche d'un bus toujours aussi surchargé (bien que nous ayons pu nous asseoir cette fois-ci) pour rentrer au bercail.

Pashupatinath, le Varanasi népalais

Pashupatinath est l'un des centres les plus sacrés du pays, une ville de pèlerinage baignée par la rivière Bagmati, le Bénarès et le Gange du Népal en quelque sorte. La Bagmati se jetant dans le Gange, la crémation à Pashupatinath a la même valeur qu'à Varanasi. L'endroit y est plus confiné (les « ghats » ne sont pas en plein milieu de la ville mais dans une enceinte spécifique) mais l'alignement d'avancées de pierre structurées et la largeur restreinte de la rivière avec de grands escaliers en face des bûchers rendent les lieux peut-être plus « étouffants ». D'autant plus que les familles entières accourent au près de leur mort, hommes et femmes ; ces dernières exprimant souvent leur tristesse par des pleurs démonstratifs, se soutenant les unes les autres. Ces scènes revêtent un caractère plus dramatique et nous renvoient à notre propre détresse judéo-chrétienne. Et puis, les corps sont bien moins enveloppés car ici, le corps n'est pas trempé dans l'eau mais l'un des membres de la famille l'asperge... tantôt sur les yeux, tantôt dans la bouche. Notre petite balade nous a donc plus « secoué » qu'en Inde. Heureusement, en fin de journée une cérémonie a pris place sur les gradins face aux « burning ghats » animant tout ce petit monde. Comme à Varanasi, nous avons retrouvé les clochettes, les officiants drapés avec leurs chandeliers enflammés mais, en bonus, nous avons eu droit à un public plus dansant, frappant dans les mains pour rythmer le spectacle. Un moment de douce ferveur dans cet univers quelque peu morbide.

Pour l'anecdote, ce que nous retiendrons certainement du site sera peut-être notre façon d'y accéder. En effet, à peine étions-nous arrivés sur les lieux qu'un mec nous accostait. Il nous expliqua rapidement qu'il pouvait nous revendre deux billets de touristes venus le matin et qu'il nous offrait une heure guidée gratuitement en échange. Sentant venir l'arnaque, nous ne lui avons pas donné suite. Un autre mec s'approcha alors de nous et cette fois-ci nous proposa d'entrer sur le site par une « route » secondaire légale mais sans comptoir d'entrée où pointer notre ticket. Il nous incluait même une heure de visite guidée pour nous prouver qu'il n'y avait pas de contrôle à l'intérieur du site. Le tout pour 300 roupies. Comme nous vous en avons déjà parlé des Durbar Square, beaucoup de lieux publics au Népal sont payant et le site de Pashupatinath n'échappe pas à la règle. Au contraire, l'entrée de 250 roupies népalaises il y a 3 ans lors de la première visite d'Ander est maintenant de 500 roupies (environ 5,4 €), si bien que de moins en moins de touristes viennent découvrir les lieux. Nous avons donc réfléchi à deux fois mais face à l'économie proposée, nous avons penché pour l'option secondaire. Nous avons donc suivi le guide qui nous a effectivement fait passer par le haut d'une colline puis par un escalier descendant sur l'une des extrémités du site. Pas de comptoir, pas de saut de barrières... rien d'illicite à première vue. Nous avons ainsi accédé au site sans soucis et avons profité des explications sur le temple d'or, quelques temples secondaires ainsi que sur les cérémonies crématoires. Ander a même retrouvé le « saddhu » qu'il avait photographié lors de sa première venue. Ça fait 25 ans qu'il vit là, alors 3 ans ?! Mais tout cela était trop beau ! Vers 18 heures (alors que nous étions entrés vers 14h30), un militaire s'est approché de nous et nous a demandé nos tickets. On lui a dit que nous n'en avions pas mais nous avons honteusement profité de ses bribes d'anglais pour ne pas s'expliquer davantage. Résultat, nous avons été priés de le suivre jusqu'au comptoir. Ne voulant pas entrer dans plus de considérations, nous avons simplement menti, jouant les innocents en faisant croire que nous avions été victimes d'un guide qui nous avait demandé les tickets. Ce n'était pas très correct de notre part mais nous avons pensé à ce moment qu'il n'allait pas être très simple de lui expliquer qu'après tout, nous n'avions enfreint aucune barrière de sécurité, que nous avions simplement pris un chemin de traverse. Pas sûr qu'ils auraient été compréhensifs. Ils ont dû nous croire qu'à moitié (ou s'en foutre de notre histoire) parce qu'ils nous ont dit qu'ils étaient désolés mais que nous devions attendre la fermeture des guichets, environ 30 minutes plus tard, avant de pouvoir pénétrer de nouveau dans l'enceinte gratuitement. Nous serions partis directement s'il n'y avait eu les prémisses de la cérémonie. Nous avons donc patienté avec deux jeunes guides officiels cette fois-ci que l'heure tourne, punis de notre pêché par une leçon de français... gratuite ! Ah, on en voit déjà certains se moquer de nous ! Qu'à cela ne tienne, nous assumons ! 700 roupies d'économiser simplement en ayant pris une autre voie, qui plus est non surveillée, et en ayant manqué ½ heure de visite. Certains diront tout ça pour économiser 7,5 €... Pas faux... mais 700 roupies c'est 3 nuits pour deux dans notre « guest-house »...

 

A Pashupatinath, les militaires... y rigolent pas !

Notre sortie à Pashupatinath nous a offert un autre spectacle tout aussi décontenançant que les « ghats », dans un registre plus drôle... quoique ! Voilà l'histoire ! Nous marchions tranquillement sur les marches en face des « ghats » VIP, Ander prenait des photos, Ophély observait un dessinateur quand soudainement, un groupe de jeunes dégringola les marches 4 par 4, presque à en tomber. L'un d'entre eux tentait même de se cacher dans un des temples. Mais que se passait-il ? Et voilà qu'en suivant, on voit débarquer une troupe de militaires. Ils ont eu vite fait de les rattraper et de les faire monter sur l'estrade principale pour leur affliger leur punition pour « consommation de marijuana ». Tout d'abord, ils leur ont fait faire la brouette, les pieds appuyés contre le mur et à chaque fois que l'un d'eux « craquait » et lâchait prise, il se voyait affublé de quelques coups de bâtons jusqu'à ce qu'il se remette en position. La deuxième partie a consisté à les faire tourner sur eux même de plus en plus vite, l'index pointant vers le ciel, avec toujours autant de coups de bâton que nécessaire. Forcément, y'en a un qui a fini par vomir. Même à jeun, une personne normalement constituée aurait régurgité, alors, après avoir fumé ! Le spectacle, oui, oui, spectacle, parce que ceci se passait sous les yeux de tout le monde (histoire de donner l'exemple certainement), a dû durer une bonne vingtaine de minutes. Et une fois « décuvés », les militaires les ont enfin relâchés, les faisant traverser la foule pour la dernière leçon : la honte. Ah, ça rigole pas avec le « chit » maintenant... on est loin des années « hippies » !

 

Bhaktapur : jamais deux sans trois !

Pour finir la tournée des Durbar Square de la vallée de Katmandou, nous avions gardé Bhaktapur. Après celui de Katmandou, totalement urbanisé, envahis de taxis et autres motos jours et nuits, celui de Patan, le plus concentré avec un amoncellement de temples visibles d'un bout à l'autre de la place, celui de Bhaktapur relevait plutôt de l'authenticité avec un place totalement piétonne, calme, dégarnie de quelques monuments après le terrible tremblement de 1934 qui lui donne cet aspect aéré tant appréciable. Nous avions donc décidé d'y séjourner une nuit pour mieux profiter de la sérénité des lieux en soirée et très tôt le matin, avant que ne débarquent ou après que les touristes de Katmandou aient déserté les lieux ! Et nous n'avons pas regretté, non seulement nous avons profité pleinement des lueurs du crépuscule comme de l'aube sur les temples à multiples toits des places centrales mais nous avons pu aussi découvrir l'arrière pays népalais. En effet, à tout juste une douzaine de kilomètres de la capitale, on vit pleinement la campagne : le mode de transport local est la « tondeuse-tracteur-transport en commun », les potiers font sécher leurs produits en plein centre-ville et les femmes collectent l'eau aux différents puits parsemés dans la ville...

Mais bien sûr, la ville n'a pas été épargnée par l'impact touristique et les prix de certains cafés et restaurants sont purement et simplement hallucinants. Certains de façon permanente et d'autres en fonction de la tête du client. Ce qui fut notre cas. Lors de notre balade de l'après-midi, Ander avait repéré un petit « rooftop » bien sympathique et la carte que lui avait alors tendue le chef était plus que correcte. Nous avions donc décidé d'y revenir le soir même. Ophély reçut le menu pendant qu'Ander était aux toilettes et quelques lignes d'observation rapide lui suffirent pour comprendre qu'il y avait quelque chose qui clochait : les « mo-mos » à 40-50 roupies de l'après-midi avaient soudainement atteint la somme de 90 roupies ; les pâtes plus de 150 contre environ 80 quelques heures auparavant. Elle en causa deux mots à Ander dès son retour et en y regardant de plus près, il constata qu'il ne s'agissait pas du même menu. Il interrogea le patron qui appela le serveur pour lui demander quelle carte il nous avait donné : la carte touristique, pourquoi ? Euh ?! Et bien parce que le patron avait dû prendre Ander pour un NRI (Non-Resident Indian) et qu'il lui avait fourni la carte « locale » lors de sa première venue. Seulement voilà, revenir en la compagnie d'Ophély, ça respirait plutôt le plan « touristique » classique, double menu à la clef ! Au moins, cette fois-ci, nous sommes sûrs d'avoir payé le bon prix !