18 – 19 NOVEMBRE 2009 – J+101 - J+102 – L'AUTRE ROI « LEON »

 

 

Bien que notre arrivée à Managua se soit faite en douceur (l'aéroport est flambant neuf et aucune agressivité ne se fait sentir, même de la part des douaniers ce qui est peu dire...), nous avons préféré quitter la capitale aussitôt pour « tracer » vers Léon, une ville coloniale estudiantine du nord du pays, réputée pour son architecture et sa ligne de volcans (los Maribios) qui l'entourent. Nous avons donc eu la joie d'inaugurer rapidement notre premier bus du pays. On s'attendait bien sûr à un transfert épique mais, en fait, pas du tout ! Nous avons eu droit à un « microbus » (c'est une sorte de van à 12-15 places suivant les envies du chauffeur) direct (sans arrêt toutes les cinq minutes pour poser une dame et sa montagne de paniers par-ci ou un petit vieux avec ses poules par-là), avec un nombre raisonnable de passagers par rapport au nombre de sièges ; Ophély a même eu droit à une place de choix, à côté du chauffeur et admirer les paysages durant les presque 2 heures de route. Le tout pour la modique somme de 40 C$ par personne (1 € = 30 C$). Que demande le peuple ! Voilà comment nous sommes arrivés tranquillement dans la charmante ville de Léon, qui a fortement surpris Ander. Il s'est cru quelques minutes à Trinidad à Cuba : l'architecture des maisons hautes en couleurs avec leurs balcons et grilles aux fenêtres, les portes d'angles en bois, les magnifiques patios intérieurs... Tout y était !

 

Pour mieux comprendre cette ville et son histoire (ah, l'histoire au Nicaragua et bien, justement, c'est toute une histoire...), nous avons choisi de faire une visite guidée avec un guide local, Guillermo : une perle ! Non pas qu'il fut véritablement beau (bien que bien taillé), mais sa gentillesse et son enthousiasme à nous parler de sa ville et de son pays, nous ont littéralement charmés. Nous qui ne sommes pas spécifiquement fans des musées en avons visité trois dans la même après-midi, en sa compagnie :

  • Le musée des arts dans une magnifique maison coloniale avec quatre ou cinq patios où l'on découvre avec surprise des œuvres contemporaines locales très tendances, faites de recyclage et de matières novatrices.

  • Le musée des mythes et légendes. Ce sont des histoires très présentes dans la vie des Nicas (c'est ainsi qu'on appelle les habitants du Nicaragua dans le coin), tant à la maison racontées par les parents qu'enseignées à l'école. On a d'ailleurs croisé chaque soir des groupes d'enfants jouant le folklore de la femme espagnole : l'un d'entre eux fait danser une poupée géante au rythme des tambours tandis qu'un autre fait gesticuler celle du petit bonhomme nicaraguayen qui tente de lui faire la cour, sans succès. Il s'agit en fait de la représentation du « dialogue » entre les deux nations.

  • Et l'incontournable maison de l'enfant du pays, Ruben Dario, célèbre poète du début du XXème siècle et véritable icône pour la population (le jour de sa mort fut proclamé jour de deuil national).

    Nous avons également découvert les nombreuses églises de la ville, notamment la principale où nous sommes montés sur le toit pour admirer la vue panoramique et certains des cônes volcaniques des environs : le plus grand et actif, le San Cristobal ; le plus jeune, le Cerro Negro ; le plus difficile à monter, le Momotombo et le plus poussiéreux, celui de nos amis Florence et Clément, le Telica. On comprend mieux le surnom de l'Amérique Centrale : « ceinture de feu » et bien qu'on aimerait bien voir la lave jaillir, on préfère qu'ils restent calmes encore quelques semaines.

 

Et pour bien s'imprégner de l'ambiance, on s'est laissé tenter par les « comedores » du coin, des sortes de cantines locales où l'on a pu goûter de bons ragoûts « faits maison » mais aussi une espèce de soda, la « Rojita », rose fluo comme son nom l'indique et que l'on aurait mieux fait de laisser pour les locaux. Enfin, hormis une petite digestion difficile qui nous a pris au même moment (certainement un truc de pas frais), pas de « tourista » à l'horizon. Nos estomacs résistent ! Et ce n'est pas faute de les ménager : pina colada, café et chocolat à la canelle (même pour Ander) au marché du coin, riz au lait et au fromage, on a même tenté le coca avec des glaçons, c'est pour dire.

 

Petit parenthèse sportive, nous avons appris avec joie la qualification de la France pour la coupe du monde, bien que modérée compte tenu des débats suscités par la fameuse main d'Henry...

20 NOVEMBRE 2009 – J+103 – VOLCANOBOARDING ET PACIFIQUE

 

 

Après avoir vu les volcans de loin, vous vous doutez bien que nous allions vouloir les taquiner d'un peu plus près. Bon, on se l'est jouée petits joueurs en sélectionnant le plus facile et le plus rapide à grimper : le Cerro Negro ! Volcan le plus récent de la région (éruption de 1850), c'est le plus actif, il a déjà gagné 400 mètres depuis sa naissance et sa dernière éruption date de 1999. Pour le décrire, c'est simple : c'est un « Cerro Negro » ou montagne noire si vous préférez. Comme quoi, les Nicaraguayens ont le sens pratique ! Autant dire que son apparence lunaire nous a rappelé quelque peu l'Islande. La vue depuis son sommet, duquel on a pu apercevoir le Pacifique, et surtout le contraste entre son pelage noir et les plaines verdoyantes environnantes était très agréable.

Il nous a bien fallu redescendre mais après avoir repensé à l'Islande, on a voulu se donner également un petit goût de Namibie et on a choisi le « volcanoboarding ». Cette fois-ci, Ophély s'y est collée... en version luge, faut quand même pas exagérer. Ils savent s'adapter ses Nicas ! Armée de nos planches respectives, de nos casques et de nos protections « roller », on s'est jetés à corps perdus dans la bac à gravier. On dirait pas comme cela mais on peut quasiment atteindre les 80 kilomètres / heure en vitesse de pointe. C'est d'ailleurs sur ces pentes que le français Eric Barone (pour les amateurs) a battu le record du monde de vitesse à V.T.T.... à 172 km / h ! Nous, on s'est contenté de quelques pauvres 20 km / h et encore, on a poussé ! Vas-t'en savoir pourquoi !

Une fois n'est pas coutume, on a décidé d'aller se reposer en suivant du côté des plages du Pacifique, à quelques vingt bornes de Léon. Ce fut surtout histoire de faire trempette dans l'Océan et pour Ander, l'occasion de taquiner la vague. Et même si le premier contact avec le sable noir n'est pas vraiment appétissant, la température de l'eau a de quoi en séduire plus d'un. Finalement, on prend vite ses aises dans ce pays !

21 NOVEMBRE 2009 – J+104 – SPECIAL « MANIFESTATIONS »

 

 

Nous tenions à rassurer tous celles et ceux qui auraient suivi l'actualité politique du Nicaragua et eu vent des manifestations du 21 novembre. Les Nicaraguayens ont le sang chaud et surtout la fibre révolutionnaire ! Pour vous la faire courte et au plus juste car nous avons du mal à bien tout comprendre (et encore aujourd'hui, on n'est pas très surs) : après plus de 40 ans sous un régime dictatoriale de la famille Somoza (dont on vous passe les rebondissements), les Sandinistes (les révolutionnaires en résumé) ont quelque peu repris le pouvoir depuis deux ans en mettant à la tête du pays, Daniel Ortega. Victoire en demi-teinte car ils n'ont qu'un pourcentage minime de leur congrès et donc certaines difficultés à développer leur politique socialiste. Ils ne comptent donc pas en rester là et mènent des actions pour gagner largement les prochaines élections. Le 21 novembre, une manifestation de très grande ampleur a donc été organisée à Managua par le parti en place mais aussi une seconde par l'opposition (pourquoi faire calme quand on peut foutre le bordel... telle est la devise de l'Amérique latine ! ), le tout monopolisant une bonne partie de la population de la capitale et du pays ainsi que la plus part des moyens de transport du pays. De Léon, nous n'avons pas vu grand chose sinon que les grands pontes ecclésiastiques d'Amérique Latine, qui suivent de près les évolutions politiques, avaient organisé une grande messe à Léon pour suivre les événements de plus près. Pour notre bonheur. Quelle chance d'apercevoir cette procession traversant la place centrale de la ville sous les regards émerveillés de centaines de fidèles (la religion étant omniprésente dans la vie des Nicas) et de percevoir les chants cantiques de la foule sur fond de son de cloches. Un beau spectacle !

 

21 – 23 NOVEMBRE 2009 – J+104 - J+106 – LA UCA MIRAFLOR OU COMMENT PRENDRE UNE SUPERBE LECON D'ECOTOURISME

 

 

Nous avons quitté Léon pour Esteli, petite ville située dans l'intérieur des terres, à quelques 800 mètres d'altitude. Réputée pour ses plantations de café et la fabrication de cigares, on voulait en apprendre davantage et surtout y goûter ! Pour découvrir la culture de café, rien de tel que d'aller passer quelques jours chez les paysans qui le cultivent et voir si le « gringo » Jacques Vabre de la TV fait mieux... Pour cela, direction la UCA Miraflor, coopérative de « campesinos » (paysans) des environs qui accueillent les touristes chez eux et leur font découvrir leur mode de vie.

 

Nous voilà arrivés un… dimanche... jour du Seigneur et comme on vous l'a dit, on ne rigole pas avec le « Big Boss » au Nicaragua ! Bilan, Nelson, notre premier hôte (qui joue de la guitare pour l'Église), avait ce jour-là une célébration à laquelle il nous a gentiment conviés. Quand on dit célébration, n'allez pas imaginer une messe... Que nenni ! En fait, c'est un individuel qui convie des « membres » de l'Église chez lui pour fêter quelque chose et s'attirer les bonnes grâces du Seigneur. En ce qui nous concernait, il s'agissait de fêter l'anniversaire du grand-père décédé et celui de son petit-fils (toujours vivant lui mais avec le même prénom que le grand-père... bref des histoires de famille).

Tout a commencé par une cérémonie relativement classique (nous étions quand même dans un jardin, avec des chaises en plastique et l'autel était installé sur une table devant l'entrée de la cuisine) : prières, prêches, chants accompagnés par des guitares donc, débats sur des passages de la Bible... Tout ce que l'on peut imaginer d'une messe pieuse.

Mais cela ne s'est pas arrêté là. Certainement pas avec un peuple aussi croyant et pratiquant que sont les Nicas ! De plus en plus, leur ferveur s'est manifestée, les chants sont devenus plus rythmés, plus forts, jusqu'à l'apothéose où l'on aurait cru entendre des incantations et assister à une sorte de transe collective. Et le summum fut lorsque les quatre « personnages » principaux se sont approchés d'un jeune handicapé (qui se déplace très mal comme atteint par la polio) faisant appel à Dieu comme pour implorer un miracle. De quoi donner le frisson !

 

Après plusieurs heures de « spectacle », nous sommes alors retournés à la « finca » (ferme) pour partager la vie de la famille : discussion avec les maîtres de maison, jeux de carte avec les enfants, dîner et surtout musiques traditionnelles autour de la guitare de Nielson. Il nous racontera à l'occasion son expérience américaine. Comme nombreux sud-américains, il a tenté l'aventure, passant la frontière de façon illégale pour gagner quelques sous afin de payer les études de ses filles. Un récit ahurissant où l'on touche de plus près le danger de l'eldorado : les camions dans lesquelles se tassent 180 passagers clandestins reliés à la vie par une trappe qui lorsqu'elle est fermée ne leur laisse plus que 15 à 20 minutes d'oxygène (elle se ferme à chaque contrôle policier qui durent parfois plus d'¼ heure obligeant les clandestins à se manifester et se découvrir pour survivre), les bateaux de retour à la frontière guatémaltèque lorsqu'ils se sont fait intercepter, la traversée du Rio Bravo où le peu qu'ils leur restent part avec les flots, l'arrivée aux États-Unis sans rien, les premiers contacts, les premières économies après le long remboursement des passeurs (6000 $ par personne) et le retour à la maison, heureux d'avoir survécu...

 

On quittera Nelson à cheval pour rejoindre notre deuxième étape, dans la partie haute de la réserve naturelle. Quatre heures de balade, tantôt au pas, tantôt au galop, entre paysages luxuriants et petite pause rafraîchissante dans une belle cascade... Que c'est agréable de découvrir la nature à cheval ! Bon, surtout, quand la selle est confortable, on vous l'accorde !

 

Cette seconde halte sera plus « productive » si l'on puis dire ainsi puisque l'on découvrira avec Luis, la culture du café : de la plantation à la graine rouge (à maturité), de la récolte à la main au tri du grain, du séchage à l'air au lavage à l'eau pure puis au soleil doux, avant d'atteindre enfin le moment où le café est prêt pour la torréfaction. Mais, là, c'est au tour de l'acheteur de jouer et nous n'en saurons pas davantage. En tout cas, pas cette fois-ci.

 

Déjà, nous devions rejoindre Esteli pour une autre découverte, le cigare puis filer vers Masaya où de nouvelles aventures nous attendaient. En tout cas, on gardera de cette escapade une stupéfaction quant à la conscience écotouristique des habitants de Miraflor, le développement de leur réflexion sur leur impact sur la nature et leur organisation en coopératives avec propriétés individuelles. Un exemple plus qu'honorable de socialisme environnemental !

23 NOVEMBRE 2009 – J+106 – UN PETIT CIGARE, FIDEL ?

 

 

Deuxième produit local de la région que nous avons eu le plaisir de découvrir : le cigare. Si l'ambiance fut différente et peut-être moins « forte » que celle qu'Ander avait déjà pu vivre à Cuba, la visite fut forte agréable car beaucoup plus ouverte et moins « usine à touristes encadrés ».

Ce qui reste le plus surprenant, c'est l'odeur. Elle vous prend à la gorge dès votre arrivée et ne vous lâche plus, même après votre départ. Déjà parce que vous avez fait un tour par le « magasin » pour ramener un souvenir genre « barreau de chaise », mais aussi parce qu'elle imprègne très rapidement les vêtements.

Toute la fabrication est faite sur place. Les boîtes sont découpées, montées, polies, gravées et laquées (au passage sans masque et bonjour la toxicité !) dans une première partie de l'atelier. Une seconde regroupe toute ce qui concerne la feuille de tabac elle-même : son séchage, son tri en fonction des couleurs, son humidification (notamment de la cape – dernière enveloppe du cigare), sa composition suivant le type de cigare souhaité, etc. La pièce suivante est consacrée au roulage lui-même. Le travail s'effectue par binôme, tandis que l'un roule le « cœur » du cigare dans « el capote » (avant-dernière couche du cigare), l'autre enveloppe le tout dans la cape et termine le « culot » (partie qui sera coupée avant que le cigare ne soit fumé) avec de la glu alimentaire. Entre ces deux interventions, le cigare est mis sous presse pour bien le tasser et faciliter la phase finale. C'est d'ailleurs cette presse qui donne la forme au cigare : classique, torpedo, salomon, etc. Enfin, la dernière salle est réservée à la mise en boîte. Le tri des cigares est optimisé au ton près, si cela est invisible pour nous, les connaisseurs y voient là la qualité d'un producteur. Et « l'empaquetage » est tout aussi minutieux. Il existe d'ailleurs un poste de superviseur pour vérifier que les étiquettes apposées sur les cigares soient à la même hauteur, que les plastiques qui les protègent soient bien droits et que l'ensemble de la présentation soit uniforme. De la même façon que l'on aime d'autant plus un plat raffiné qu'il est bien présenté, l'amateur de cigare appréciera un cigare issu d'une boîte impeccable. Ander n'a d'ailleurs pas résisté à s'en fumer un "petit" sur place... (petite pensée pour JC et Landry !)

 

 

24 – 26 NOVEMBRE 2009 – J+107 - J+109 – MASAYA, VILLE MULTITACHE !

 

Une arrivée sur les chapeaux de roues !

Après une course en taxi à Esteli avec un chauffeur en or qui nous a permis de combiner les doigts dans le nez différents bus (alors que c'était pas vraiment gagné d'avance...), ¾ de film d'un scénario policier avec Wesley Snipes et Tommy Lee Jones dans un bus nica grand luxe, 10 minutes d'attente à un arrêt de bus perdu au milieu de nulle part et 40 minutes de bus ordinaire (comprenez là, un bus qui met 40 minutes pour faire 25 kilomètres environ, qui s'arrête donc toutes les 2 minutes et qui est forcément bondé... archi bondé !)... nous sommes arrivés tard dans la soirée à Masaya où nous ne nous sommes pas faits prier pour un peu de repos. Allons-y gaiement pour la grasse mat' : réveil 7h20, lever 8h10 ! Ouaahhh, là, on s'est carrément laissé aller ! Ehhh, traverser la moitié du pays en moins de 4h, c'est un exploit ! Et un exploit, ça fatigue !

 

Et si on faisait fumer le porte-monnaie ?

Remontés à bloc (enfin presque), on s'est attaqué à la visite de la ville, euh...surtout à celle de ses marchés. Un peu de shopping, ça peut pas faire de mal ! Direction le marché artisanal, touristique forcément mais relativement bien fourni et surtout représentatif de ce que l'on peut trouver en matière de souvenirs dans tout le pays. Bon, après ce tour de repérage, on s'est empressés d'aller au marché municipal, histoire de payer la vrai valeur des choses et surtout de s'imprégner de l'ambiance locale, type « bazar organisé » ! On ressortira de nos escapades les bras bien chargés et nos sacs à dos qui nous paraissaient relativement légers vont nous peser sur les épaules les prochaines semaines. Enfin, on ne vient pas tous les jours au Nicaragua... Et puis, on va pouvoir se décharger sur nos parents qui viennent nous rejoindre pour les fêtes de fin d'année au Costa Rica. Vivement !

 

Twilight... version « volcanique »

Les emplettes achevées, on s'est attaqués au Parc National de Masaya pour découvrir le volcan du même nom à la tombée du jour et de nuit afin d'apercevoir l'incandescence de la lave. Le tour a débuté depuis le « mirador de la croix » où l'on a appris qu'un groupe de touristes avait assisté en direct (et surtout sans avertissement) à la dernière explosion du volcan en 2001. Heuuhh, on ne nous a pas dit que c'était dangereux ! Enfin, si un peu mais on n'a pas trop regardé le panneau qui bordait le chemin en montant (n'est-ce pas Clément et Flo...).

Puis, place à petite balade souterraine, dans une grotte, à quelques 25 mètres sous la roche. Il s'agit en fait, d'une ancienne rivière de lave qui a creusé la roche et reliée à plus de 15 autres cavités.

Autre curiosité des lieux et pas des moindres : les chauves-souris. C'est bien connu, elles s'agitent la nuit tombée. Et bien, ça tombait bien, c'était la nuit... Du coup, on a assisté à leur parade nocturne, tentant d'immortaliser leur pirouette avec nos flashs. Pas gagné !

Enfin, le clou du spectacle, ce pourquoi nous étions venu : la lave ! Bon, c'est vrai que l'on était prévenu, que l'on ne pouvait voir que son incandescence mais quand même, on est restés un peu sur notre faim... de ne voir que cette légère couleur rouge au milieu des nuages épais blanchâtres de gaz. Bien que de savoir que cette luminosité provienne de plus de 100 mètres sous terre soit assez surprenant. Sans parler du bord du précipice. Là, pas de barrières pour nous retenir (merci la Liberté sud-américaine !) ! Comme dirait la pub : « Le plus dur sera la chute ! »

 

Journée artisanalo-culturelle

Le lendemain, on est partis visiter les « Pueblos blancos » (villages blancs) pour découvrir l'artisanat de la région (surtout les poteries) dont la réputation mondiale n'est plus à faire. On vous épargnera les détails cette fois-ci, vous avez déjà eu droit au cours de café et au cours de cigare, on ne va pas trop en rajouter non plus.

 

Comme on est très studieux (et très curieux), on a enchaîné avec la visite de fabrique de hamacs. Et pas n'importe quelle fabrique, celle de Vicente Suazo, la référence internationale du hamac nicaraguayen. Même Jean-Paul II est venu faire la visite de son atelier. Attendez, on ne rigole pas. On découvre l'artisanat local chez les pros. Bref, grâce à la méthode Coué et grâce à Dieu bien sûr (enfin ça c'est lui qui nous l'a dit...), Vincente s'est construit une jolie entreprise et ne se lasse jamais de raconter son histoire à qui veut bien l'écouter. Attention, ça paraît sympa comme ça mais faut de la patience, de l'écoute et surtout un traducteur « Nica - Espagnol » pour comprendre les subtilités.

 

Pour bien finir cette journée, nous nous sommes offerts un petit « folklore traditionnel ». Au programme, danses typiques avec robes à frou-frou multicolores et tournoyantes pour les demoiselles, habits de cowboy, notamment chapeau et foulard pour les messieurs... le tout avec un cocktail de sonorités mi-latines, mi-caraïbe xylophonées. Une « guest-star » nous a apparemment fait l'honneur d'être présente ce soir-là. Mais alors, plutôt « guest » que « star » car si ses chansons révolutionnaires accompagnées d'une guitare paraissent bien écrites et relativement rythmées, mieux l'aurait-il fallu qu'il s'abstienne de les chanter. Le plus divertissant fut quand même la scénette théâtrale dans laquelle une femme « maltraite » son mari, le rouant de coup, le bousculant... Une histoire de tromperie ou de jalousie certainement car elle se met alors à draguer l'assemblée. Heureusement, l'éternelle réconciliation sur l'oreiller (et pas des moins osées) aura lieu sous nos yeux et sur le béton de l'esplanade... Ouhh, c'est chaud le Nica !

27 – 28 NOVEMBRE 2009 – J+110 - J+111 – GRANADA

 

Nous avons quitté Masaya pour Granada par le bus et nous ne pouvons résister à vous raconter la petite anecdote de ce trajet. Tandis qu'Ander attendait tranquillement debout près de la porte de derrière que le chemin passe, une douce caresse sur la cuisse l'interpella. Ophély ? Impossible, elle était assise à 2 mètres de là. Une belle jeune fille ? Ander a perdu quelques kilos mais quand même. En fait, il s'agissait d'une mamie « pick-pocket » qui tentait de mettre sa main dans la poche du pantalon d'Ander alors qu'elle s'apprêtait à descendre. Il le lui a gentiment attrapé la main pour la sortir et elle ne s'est pas fait prier pour sortir fissa, fissa du bus. Bon, plus cleptomane que dangereuse la mamie, car elle s'est essayée à d'autres dans ce même bus (locaux également) mais ses trois tentatives se sont soldées par trois échecs.

Nous sommes donc arrivés... en entier à Granada et après avoir pris nos quartiers dans une sympathique « hospedaje » (dont la propriétaire n'a voulu négocier qu'avec Ophély, lui faisant une promo « entre femmes »), nous nous sommes lancés dans un grand tour de la ville. De quoi nous faire mal aux pieds !

 

Une petite sortie kayak...

Après les jambes, on a décidé de mettre à l'épreuve... nos bras ! Nous nous sommes laissés tenter par un petit tour de kayak pour aller visiter « Las Isletas ». Ce sont près de 400 petites îles basaltiques, situées à quelques minutes de Granada, sur le lac Nicaragua et qui seraient nées à la suite d'une éruption du volcan Mombacho. Après un réveil en fanfare à 5h30 pour profiter du lever du soleil sur le lac, nous voilà en train d'affronter les vagues du front de mer. Ophély n'en revient pas : « Quoi, des vagues aussi fortes sur un lac ?! Put... ! Bon, qu'en faut y aller, faut y aller ! ». Quelques coups de pagaies plus tard (un certain nombre ou un nombre certain) et le kayak rempli au ras-le-bord par les déferlantes, nous avons atteint les canaux qui entourent les îlots. Et là, changement de rythme... tout coulait paisiblement au son des oiseaux et l'on a amplement profité des premières lueurs du jour sur la mangrove, les nénuphars et les arbres endémiques. On a même imaginé s'acheter une petite île (100 à 250 000 $ pour les petites...) se projetant comme des Robinson Crusoé gagnants du loto, mais on laissera cela pour une prochaine fois. Snifff... Une eau de coco dans le gosier plus tard (directement dans la noix de coco s'il vous plaît), Ander s'est fait un malin plaisir à surfer les vagues avec notre kayak pour rejoindre le continent. Arrivée impeccable ! On sent les origines basques pointer !

 

Début des festivités de la « Purissima »

Au Nicaragua, le 7 décembre a lieu la « Purissima ». C'est la fête de l'année. Dans tout le pays, des autels de fleurs, de plantes et de bougies sont dressés en l'honneur de la Vierge Marie. Les enfants chantent dans la rue et on leur distribue des caramels et des oranges.

« Mais vous n'étiez à Granada qu'en novembre ?! », me direz-vous. Et vous aurez raison. Cependant, nous avons eu la chance d'assister au début des festivités qui ont commencé le 28 novembre dans cette ville. En fait, cela consiste à descendre la Vierge de son autel et de lui faire faire un tour de quartier. Et chaque fin d'après-midi suivant, chaque quartier de la ville aura la visite de la Vierge jusqu'au 7 décembre, feu d'artifice final.

Ainsi, à la tombée de la nuit, la place principale commence à s'animer : les vendeurs ambulants de pizzas, de « quesillos », de glaces... de nourriture en tout genre... arpentent le devant de la cathédrale et attirent le chalant tant qu'ils peuvent. Progressivement, la population afflue dans l'église et prend place, assis, debout sur les piliers, debout dans le fond... partout où cela est encore possible. Puis, l'assemblée épiscopale arrive, les enfants de chœur ouvrant la marche à l'aide de chandeliers géants ornés de bougies étincelantes. S'ensuit une messe traditionnelle jusqu'à la remise des hosties. Et là, tout s'emballe, le « concert » commence. L'un des prêtres chauffe la salle à coup de slogan de l'évènement : « Quien causa tanta alegria ? » (Litt. : Qui cause tant d'allégresse ?). Et l'assemblée répond d'une seule et unique voix : « La Conception de Maria » ! Une fois, deux fois, trois fois... L'alternance entre le prêtre et la foule n'arrête pas, la chaleur monte, l'ambiance est à son comble. Et soudain, la lumière s'éteint ! Seuls les projecteurs braqués sur la Vierge, encore sur l'autel dans le fond, brillent. Les tambours de la fanfare retentissent et la descente commence. Les gens applaudissent, montent sur les bancs, secouent des foulards rouge et blanc (tiens, tiens, ça nous rappelle quelque chose) et l'acclament telle une « pop-star ». On se croirait plus à un show de Madonna que dans la plus vieille cathédrale du Nicaragua. Le prêtre ajoute à la clameur ses « Donnez-moi un M, donnez-moi un A, donnez-moi un R, donnez-moi un I, donnez-moi un A... ». Nous hallucinons purement et simplement. La Vierge, portée par les pompiers de la ville, descend l'allée centrale pour rejoindre la place où l'attendent tous ceux qui n'ont pu rentrer. Et l'intensité sonore y va de plus belle encore : les cloches sonnent, les pétards explosent, les gens crient à tue-tête et les sirènes des camions de pompiers sifflent. Un vacarme à vous exploser un tympan. La Vierge fera le tour du quartier suivie par une procession de centaines et centaines de Nicas puis retournera à la Cathédrale pour un peu de repos bien mérité avant la nouvelle procession du lendemain.

 

Tests culinaires

Bien qu'ayant déjà eu l'occasion de goûter aux spécialités nicaraguayennes, notamment le « gallo pinto » (riz et haricots rouges cuits séparément puis mélangés et frits), le « maduro » (banane frite) et le poulet frit (vous l'aurez compris, ici, tout est frit !), notre escale à Granada nous a permis de découvrir d'autres mets typiques, plus raffinés mais tout aussi bourratifs :

  • Les « natacamales » : mélange de riz, de poulet et de farine de maïs cuit à l'étouffée dans une feuille de banane. Très bon, bien qu'un peu étouffe-chrétien.

  • Le plat typique de la ville de Granada : « El vigoron ». Il s'agit d'une feuille de banane garnie de yuca, de choux blanc en salade et de « chicharonnes » (peau de porc frite), le tout arrosé de jus de citron et de « chile » (piment).

  • Les « quesillos » sont des encas plus qu'un véritable plat. Prenez une tortilla et une tranche fine de fromage de la même forme, enroulez-le tout pour en faire une sorte de cône, fourrez-le d'oignons, de crème fraiche et de sauce piquante et vous obtenez un « quesillo ». C'est relativement bon mais faut pas avoir peur pour son haleine !

  • Et pour faire digérer tout ça, un « raspado » ! Il s'agit d'un pain de glace de 15 x 5 x 5 cm raclé à la machette, recouvert de confiture bien collante et de lait bien concentré. Bref, un cocktail plus que sucré !

 

29 – 30 NOVEMBRE 2009 – J+112 - J+113 – COPACABANA... NICA !

 

Après l'activité sportive et culturelle de Granada, nous étions bien motivés pour nous détendre à San Juan del Sur, LA station balnéaire du coin. Spot de surf dont la renommée commence à trouver un écho international, ce petit coin tranquille conserve encore des proportions somme toutes humaines. Ce qui ne fut pas pour nous déplaire. La surprise fut d'autant plus agréable lorsque l'on a débarqué sur la plage et découvert le superbe panorama : deux monticules de végétation luxuriante de part et d'autre d'une très belle baie, une flottaison de bateaux de pêches colorés, des vagues très douces qui déferlent impeccablement tout le long de la belle étendue de sable et le Christ, les bras ouverts, qui surplombe le tout du haut de l'un des pitons. Il ne manquait plus que le célèbre palace pour se croire à Copacabana. A sa place, trônaient de jolies bicoques multicolores avec vue sur mer pour observer le coucher du soleil. En résumé, une image de carte postale !

Quant à notre activité, elle fut intense, vous vous doutez bien : baignade, cocktail de fruits, farniente, baignade, poisson grillé au « comedor » du coin, dodo et encore baignade avant la douche du matin... Bref, trop dur !

30 NOVEMBRE – 3 DECEMBRE 2009 – J+113 - J+116 – ENTRE DEUX VOLCANS

 

Nous voilà repartis de plus belle vers l'île d'Ometepe, la plus grande des îles du lac Nicaragua formée en fait de deux volcans, le Maderas (1394 m et éteint) et le Conception (1610 m et encore actif), reliés par un isthme.

Tout commence à San Jorge où nous devons prendre le bateau... La « lancha » consiste en une embarcation qui flotte mais qui ne le paraît pas tant que ça au premier coup d'œil. Certes, on aurait pu courir un peu pour attraper le ferry mais comme on aime l'aventure, on se l'est jouée locale... Même pas peur ! Bon, avant de se décider, on a vérifié qu'il y avait bien un gilet de sauvetage par personne et même un peu de rab pour nos sacs. Alors, à la guerre comme à la guerre ! L'heure de traversée s'est déroulée sans problème et les quelques clapots n'ont même pas eu de quoi donner le mal de mer à Ander. Et puis la belle vue à l'arrivée sur les deux volcans avec la « jungle » partout et l'eau pour entourer le tout nous a vite fait oublier le chemin.

Arrivés sur l'île, on a très vite compris que le transport sur l'île eh bien... ça allait prendre du temps. Non pas tant d'attente du bus mais surtout pour atteindre notre destination. Faut dire qu'une partie des routes nécessite largement un 4x4 et que le pauvre bus dans lequel nous étions n'était pas de toute dernière fraîcheur (encore un bus scolaire américain tout jaune comme on en voit dans les séries TV... redécoré à la sauce Nica...). Sa devise devait surement être « Qui va doucement, va surement ! ». Résultat 1 heure pour 5 kilomètres ! On arrivera quand même à temps à notre « finca » écologique, située au pied du volcan Maderas, pour le coucher du soleil...

 

La petite boucle... qui a tout d'une grande !

Pour notre première journée, nous voulions grimper le Maderas mais la pluie tombée toute la nuit et les gros nuages encore présents le matin nous en ont rapidement dissuadés. Paraît-il que c'est déjà boueux en temps normal (n'est-ce pas Florence et Clément) alors après une belle averse tropicale, que dire ?! On ne s'est pas pour autant laissés abattre et on a loué des vélos pour faire le tour de l'île du Sud (celle du volcan Maderas).

Bon, les vélos, ici, sont un peu comme le bus, pas non plus de toute première fraîcheur. Les freins sont quasi inexistants et les passages de vitesse à retardement. Mais à part ça, ça roule ! Enfin, nous qui pensions parcourir les 38 km tranquillement, nous nous sommes très vite rendu compte que ça n'allait pas être du tout une balade de santé. Le chemin caillouteux aura raison de nos fesses, les montées de notre hydratation (le mot « transpirer » n'est pas assez fort, « sortir de la douche » serait plus adéquat) et les descentes de nos mains (complètement crispées sur les freins pour tenter de ralentir plus que de s'arrêter). Quand on pense qu'ici, c'est le mode de déplacement classique et qu'on les voit monter à deux dessus, on se dit que ce doit être une question d'habitude. Enfin, quand même, il nous aura fallu 7 heures pour faire la boucle.

Heureusement, les décors et les rencontres en valait la peine : des papillons jaunes, orange, verts, blancs, bleus... ; des « urucas » (oiseaux) à ne plus savoir quoi en faire ; des perroquets verts et surtout une population adorable, un peu timide mais qui ne demande qu'à discuter pour briser quelque peu l'isolement.

 

Un point de vue... sans vue !

Deuxième jour, deuxième tentative pour le Maderas. Mais rien à faire, c'est encore pire que la veille car le brouillard est venu s'immiscer entre les ondées. On tente quand même, cela se dégage tellement vite par ici... et puis, on n'aura pas de troisième occasion de toute façon.

Bien que résignés à se tremper jusqu'aux os, on a décidé de ne parcourir le sentier que jusqu'au mirador, à 1 heure de marche de notre « finca ». Parait-il que par beau temps, c'est la plus belle vue de l'ascension. Après avoir traversé quelques bosquets au son des oiseaux et autres bestioles non identifiées, on a atteint le point de vue et la vue était comme on s'y attendait... inexistante. L'on devinait à peine les plantations de « frijoles » traversées quelques minutes auparavant, quant au volcan Conception sur lequel on était censé avoir un panorama de folie, et, bien, fallait savoir qu'il était là. Une petite trouée nous a quand même permis de voir les deux anses et l'isthme pendant quelques secondes. Ouff !! L'effort n'aura pas été vain ! Mais pour le volcan, rien à faire, il restera un ensemble de nuages sur la pellicule. Bon, on vous cachera pas qu'on est redescendus un peu frustrés mais c'est aussi ça les Tropiques !

Pour se consoler (la pluie finira par cesser), nous irons découvrir une source d'eau minérale naturelle et qui semble faire gagner 10 ans à quiconque s'y baigne. Ne nous faisons pas prier ! Mais bon, 5 chacun, ça suffira, on est encore jeunes !

 

Après la « lancha », le ferry !

Après le Sud, nous nous sommes attaqués à l'île du Nord (celle du volcan Conception) mais à moto cette fois-ci, on n'est pas totalement fous non plus... Les paysages étaient tous aussi séduisants, notamment la jolie plage de San Marcos où nous avons discuté avec des pêcheurs qui, figurez-vous, pêchent... à la main, ou encore la bucolique réserve de Charco Verde. Mais le moment le plus surprenant fut certainement la rencontre sur la route avec ce papi un peu à l'ouest qui voulait nous vendre son terrain au pied du volcan pour 15000 US$, justifiant son prix par la présence d'un trésor caché de pirates.

 

Mais, déjà notre passage sur l'île d'Ometepe tirait à sa fin et il nous a fallu rejoindre le port pour embarquer sur le ferry en direction de la rive sud du lac et la ville de San Carlos. A savoir qu'il n'y a que deux ferry par semaine, alors fallait pas être en retard sous peine de rester bloqués 4 jours de plus sur l'île. Et puis, on allait y passer 11 heures de nuit sur ce fameux ferry, alors autant bien choisir sa place, enfin son emplacement « hamac » plutôt... Bon, sur ce coup là, on a eu du bol ; le contrôleur des bagages nous a laissé entrer dans l'enceinte avant tout le monde (la tête d'Ander devait bien lui revenir certainement) et nous avons pu prendre nos « positions » comme il se devait (il était hors de question de rester assis sur les sièges et faire nuit blanche). Finalement, nous étions trop bien installés, nos hamacs respectifs suspendus sur le pont d'en haut se balançant avec la houle, vue sur le lac avec la pleine lune en face. Ander s'est même fumé un petit cigare. Merdouille, il nous manquait que la « Flor de Caña » (rhum Nica) pour que la scène soit parfaite ! Mais comme il faut bien un bémol à tout ça... l'humidité et le froid de la nuit nous ont un peu contrariés, nous obligeant à sortir les sacs de couchage à 1 heure du matin. Rien de bien méchant quand même. Et à voir les têtes de nos homologues touristes ayant été contraint de se contenter des sièges, on s'en est largement bien sortis.

4 – 7 DECEMBRE 2009 – J+118 - J+121 – VIS MA VIE D'ARTISTE

 

Archipel situé au sud du lac Nicaragua, réputé pour ses peintures naïves (inspirés du style de son célèbrissime curé Antonio Cardenal) et ses sculptures sur bois de balsa a tout d'un paradis perdu. Accessible uniquement par bateaux deux fois par semaine, son apparente sérénité inspire au repos et à la flânerie. Ça tombe bien, on se disait qu'on avait besoin de vacances... Depuis le temps ! On vous voit déjà en train d'opiner du couvre-chef mais figurez-vous que le voyage, c'est pas vacances ! Pour ces quelques jours, nous avons élu l'île de San Fernando parmi les 36 îles que compte l'archipel. L'énergie solaire y a été installée il y a environ 3 ans et les « voies publiques » (si on peut appeler le chemin du front de mer comme cela) sont tout juste en passe de le devenir. Quant à l'eau potable, elle n'arrive qu'à un seul point de l'île, un puits où tout l'archipel vient s'approvisionner.

 

Bonne pioche... le choix de San Fernando était le bon ! Non seulement notre dodo fut bien agréable mais, en plus, notre contact avec les habitants s'est avéré enrichissant. Notre « hospedaje » portait le doux nom de « Regarde les étoiles » (si ça, ça n'inspire pas !) et avait tout d'un petit paradis perdu sur une île isolée : notre chambre avait vue sur le lac pour nous permettre de voir onduler les vagues depuis le lit (bon, on exagère un peu, fallait s'asseoir sur le lit...), des fleurs fraiches couronnaient les draps à notre arrivée (comme si nous étions en voyage de noce, non mais), notre terrasse sur pilotis était agrémentée d'un fort sympathique hamac duquel on observait les bateaux passer ou le héron blanc pêcher à nos pieds, le clapotis des vagues sous la maison nous berçait... le tout orienté plein ouest pour profiter des couchers du soleil. Bref, que demander de plus !

 

Et si nous pensions trouver le temps long, et bien s'était sans compter sur notre rencontre avec Esmeralda (et sa famille), un sacré bout de bonne femme qui allait bien remplir nos journées. Au programme : lever aux aurores, petit-déjeuner gargantuesque à la table familiale (avec des merveilles et de la papaye fraiche s'il vous plaît), discussions sur la vie de l'île (gestion collective des ressources solaires et aquatiques, gestion du tourisme, organisation des ateliers artistiques, projet de développement... les sujets ne manquaient pas), atelier artisanal (une commande de la part de hollandais de 350 oiseaux à tailler, polir et peindre devant être rendue le mercredi suivant, Ophély y est allée de son coup de papier de verre), atelier écriture et photos (pour votre plaisir Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs), atelier pêche pour Ander avec les enfants de la famille (plutôt distrayant qu'efficace), visite du musée et de la maison des artistes, tour de l'île, et bien sûr perfectionnement du balancement de hamac sur fond de Ben Harper, Ian Brown et autres Joss Stone... Finalement, nous n'avons pas vu passer ces 3 jours que déjà la « lancha » nous attendait.

 

8 – 10 DECEMBRE 2009 – J+122 - J+124 – AU PAYS DES MOUSTIQUES

 

Autre destination, autre bateau. Cette fois-ci, nous embarquons pour « los Guatuzos », un centre écologique à la frontière costaricienne où l'on peut apercevoir singes hurleurs, singes araignée et autres capucins, crocodiles, tortues, iguanes et l'une des plus grandes concentrations d'oiseaux d'Amérique Centrale (on y recenserait presque autant d'espèces que dans l'ensemble de toute l'Europe). Sans oublier la flore avec notamment de nombreuses orchidées et d'immenses arbres dont le palmier géant avec ses feuilles allant jusqu'à 12 mètres...

Au bout de quelques heures sur le lac Nicaragua, on a donc pénétré sur le Rio Papaturro et le spectacle a commencé : au fur et à mesure que l'on parcouraient ses petits lacets resserrés, la végétation enflait à toucher le bateau. Comme la plupart des locaux, on a grimpé sur le toit pour admirer la remontée du « rio » et surtout les iguanes sur les arbres alentours. Verts, bleus, orange... certains atteignaient facilement le bon mètre ! La Jungle était enfin à nous !

Alors, on n'a pas manqué d'aller à sa rencontre grâce à des tours guidés, tantôt sexy, tantôt disons... dommageables.

Pour le « YING », on a apprécié :

  • Se promener en forêt et observer les paresseux bougeant un bout de poil (c'est déjà un exploit qu'ils bougent),

  • Parcourir la jungle au son des singes hurleurs,

  • Remonter paisiblement le long du Rio Papaturro à bord d'un kayak,

  • Déguster de bons repas au « comedor » du coin.

    Quant au « YANG », si on avait pu éviter de :

  • Se promener en forêt et observer les paresseux bougeant à peine un bout de poil... sous le regard attristé de notre guide devant les cadavres d'arbres, comme rempli d'impuissance face à la déforestation. En effet, la forêt primaire du Costa Rica a laissé place aux champs de « frijoles » et l'on croise très fort les doigts pour que ce développement agricole ne vienne pas trop empiéter sur le territoire nicaraguayen.

  • Parcourir la jungle au son des singes hurleurs... avec une nuée de moustiques plus voraces les uns que les autres et décider à faire de notre moindre centimètre de peau, un sanguinolent open bar !

  • Remonter paisiblement le long du Rio Papaturro à bord d'un kayak... sous une averse tropicale à vous mouiller le caleçon en moins de 30 secondes et avec une guide qui n'avait jamais touché une pagaie de sa vie avant notre rencontre.

  • Déguster de bons repas au « comedor » du coin... et revenir au lodge, situé à quelques centaines de mètres, de nuit, avec deux pauvres lampes de poche à bout de piles, sur un chemin de planches plus ou moins enfoncées dans la boue et où la moindre incartade impliquait un plongeon direct dans le Rio.

Heureusement, nous avons eu quelques répits (on vous voyait déjà en train de pleurer sur notre sort...) avec un petit tour de « canopy » à l'abri de la pluie et des moustiques (ponts suspendus de 11 à 16 mètres au-dessus du sol pour observer la faune de plus prêt) et un joli tour de nuit sur le Rio à la recherche de caïmans, tortues, oiseaux, grenouilles et autres mammifères nocturnes.

Enfin, on n'était pas mécontents de quitter cette mini Amazonie, nos batteries d'anti-moustiques laissant à désirer et les dizaines de piqûres commençant à nous faire plus ressembler à des hyènes tachetées qu'à des voyageurs au long cours.

 

11 DECEMBRE 2009 – J+125 – IL ETAIT UN PETIT NAVIRE

 

Nous, le bateau, on aime ça ! Alors, on persiste et on signe pour San Juan del Norte : 10 heures de « lancha » lente (tant qu'à faire, autant prendre le temps) pour atteindre ce village du bout du Nicaragua, sur la côte Caraïbes. 6 heures du matin, on est sur le pont, prêts à apprivoiser les rapides du Rio San Juan.

Mal connu en Europe, ce fleuve est l'une des voies d'eau les plus mythiques au monde. Il a joué un rôle majeur dans la «fièvre de l'or » au XIXème siècle ! Voie de communication interocéanique, il permettait de relier en une trentaine de jours New York à San Francisco (le chemin de fer américain n'existait pas alors et passer d'une côte à l'autre prenait plus de 5 mois par l'intérieur ou plus de 2 par le cap Horn). Il fut même question pendant plusieurs décennies d'y construire un canal interocéanique, mais des contretemps financiers et l'explosion du volcan Concepcion ont eu raison de ce projet qui verra finalement jour... au Panama.

Tout au long des quelques 200 kilomètres parcourus, l'expérience fut superbe. On touche du doigt la vie des villageois le long du fleuve qui se servent de la « lancha » comme nous nous servons du bus. Et après quelques heures et le commencement de la frontière avec le Costa Rica, les baraquements laissent davantage place à la forêt primaire (bien que le côté costaricien soit déjà bien « dégagé », déforestation oblige...), il y a des oiseaux en veux-tu, en voilà – hérons blancs, canard noirs, martins-pêcheurs... – des tortues et surtout de beaux spécimens de crocodiles (vu leur taille de plusieurs mètres, on se dit qu'il vaut mieux ne pas tremper ses petits doigts de pieds dans le rio).

Et bien que la nuit précédente fut plus que courte (au levée matinal s'est ajoutée la présence d'une cylindrée de ronflette hors catégorie dans la chambre d'à côté, nous empêchant littéralement de fermer l'œil), aucune lassitude ne s'est faite sentir lors de cette splendide descente et l'on a atteint San Juan del Norte, motivés pour fêter les 34 ans du basque bondissant ! Bon, ce ne fut pas gagné, San Juan del Norte ressemble plus à un ensemble de bicoques qu'à un village digne de ce nom. Et les « camarrones », promis dans tous les guides, n'étaient pas au rendez-vous. Qu'à cela ne tienne, on s'est fait concocter par la gentille maîtresse de maison de notre « hotelito » un joli filet de poisson aux tomates fraiches avec des... frites maison ! Du coup, Ophély n'a pas hésité à pousser la chansonnette au beau milieu du salon pour qu'Ander puisse souffler sa bougie. Un anniversaire pas comme les autres !

 

12 – 13 DECEMBRE 2009 – J+126 - J+127 – SUR LES TRACES DU PASSE

 

Après une partie de pêche endiablée le matin avec des locaux (lancer de canne à pêche, pause clope, petite taillage de bavette, nouveau lancer, nouvelle pause clope..., intensive quoi !), nous avons été parfaire notre culture historique de la région. Direction la baie de San Juan del Norte pour découvrir le corps fantomatique d'une dragueuse ayant servie à creuser les prémisses du canal interocéanique, quelques épaves rouillées de bateaux de l'époque recouverts de végétation et les restes des cimetières américains, anglais, catholique et franc-maçonnique (seuls restes visibles de l'ancien ville nommée Greytown à l'époque). Il est difficile d'imaginer que la région était le port le plus important du Nicaragua à la fin du XIXème siècle, que la jungle luxuriante actuelle, où l'on a aperçu empreintes de tapirs, aras et autres toucans, laissait place à des quais où appareillaient les bateaux en provenance de New York et où la vie grouillait à chaque coin de rue. Notre expédition dans le passé devait s'achever avec un petit plouf dans la « laguna azul ». Mais avec les averses tropicales incessantes de la matinée (paraît-il qu'une queue d'ouragan passait par là... mais comme on ne suit pas les infos, on n'en savait rien), l'eau brassée avait plutôt la couleur maronnasse du Rio que turquoise comme on l'espérait. Du coup, l'appel à la baignade n'a pas été évident, vous vous doutez bien, et on a préféré laisser nos maillots de bain au chaud pour une prochaine occasion ! Mais quitte à faire une excursion en bateau, autant en profiter.... Alors, si on rendait une petite visite au poissonnier du coin. Et devinez ce qu'on y a trouvé : des « camarrones » ! Non seulement des crevettes de 20 cm de long avec des pinces dignes de celles des crabes (bon, les petites bien sûr)... mais surtout des put... de langoustes ! 1 kg la bête, qui dit mieux ! Du coup, Ander a craqué : 3 kilos de crustacés à se mettre sous la dent ! De quoi re-fêter gargantuesquement son anniversaire !

L'estomac bien rempli et une bonne nuit pleine de rêves... de langoustes, on est remonté vers une autre étape historique de la région, plus ancienne, El Castillo. Il s'agit d'un fort construit à la fin du XVIIème pour défendre Granada des attaques de pirates en tous genres. Alors, promettez à Ander d'en apprendre davantage sur les corsaires, les flibustiers et les pirates... et vous retrouvez un gosse émerveillé au musée de la forteresse, devant les cartes marines, en train d'élaborer des stratégies pour prendre le château ! Et pour achever la rêverie, rien de tel que de se siffler tranquillement un bon petit vin rouge bien de chez nous, un Bertinerie 2002 pour qui le reconnaîtra ! Bon, sa première entame n'était pas des plus douces, faut dire qu'avec les variations de températures et d'humidité ainsi que les secousses des « lanchas » et les voyages en soute, il avait pas mal subi le coco. Mais, une fois, décanté dans de somptueuses chopes de bières à l'air du rio, il se tenait beaucoup mieux. Pour notre plus grand plaisir ! Et bien, sachez que le voyage n'altère pas le lever de coude et que l'on est fin prêt pour les fêtes de fin d'année !