2 JANVIER 2010 – J+147 – UN PASSAGE FRONTIERE ROCAMBOLESQUE

 

Nous ne pensions pas que le dernier « gallo pinto » de Noylin (l'excellente cuisinière de nos amis. Merci à elle) allait nous permettre d'avoir suffisamment de force pour un passage frontière à rallonge. On vous passera les détails sur l'enchaînement des différents bus et ne vous expliquerons que notre souci à l'immigration panaméenne. Ça y est, nous avons eu droit à notre passage de douane « coton ». Figurez-vous qu'il fallait montrer un billet de sortie du territoire (bus ou avion) et allez faire comprendre à un douanier (pas agréable, cela va de soi...) que vous ne savez pas encore comment vous allez sortir de son pays (alors que vous n'y êtes encore même pas entré) mais que vous êtes sûr de ne pas y rester car un beau gros navion vous attend à Bogota en Colombie) pour vous amener vers d'autres très beaux horizons ! Et bien, vous ramez ! On a bien cru que nous allions devoir régler en quatrième vitesse notre transit vers la Colombie. Mais pas du tout préparés ni motivés à parler logistique entre deux pays, nous avons insisté (un peu lourdement comme on sait bien le faire...) et heureusement, avec pas mal d'espagnol et un billet électronique au départ de Bogota mi-février, on s'en est sorti avec une leçon de morale. N'est-ce pas Clément et Florence ?! Comme quoi, les douaniers panaméens aboient plus qu'ils ne mordent si on leur met la bonne dose de pression...

 

3 – 5 JANVIER 2010 – J+148 - J+150 – DANS LES VOSGES PANAMEENNES

 

Nous avons atteint Boquete, la région caféière du Panama en fin d'après-midi, juste le temps de profiter des paysages bucoliques des lieux et de repérer un loueur de scooter pour notre escapade du lendemain : une belle balade en montagne, au milieu des plants de café, et qui nous a enchantés. Bon, on s'est un peu égarés avec notre plan à deux balles mais cela nous a permis de rencontrer une famille indienne dont la petite fille et la mère ne parlaient guère espagnol. Quelle surprise ! Si près d'une ville si touristique et qui paraît si moderne... On s'est également payé quelques fous rires (avec Ander appuyé à fond sur le guidon et Ophély, complètement collée à lui) à grimper des montée inclinées jusqu'à 20°, et quelques frayeurs lorsque la belle route asphaltée a laissé place à une piste caillouteuse assez moche... Mais une petite spécialité de la région a suffit à nous requinquer : les fraises ! Au yaourt et caramel avec trois guimauves trempées dans un bon chocolat chaud... Faut dire qu'à 1600 mètres d'altitude, il ne faisait pas très chaud.

Mais, fini de fainéantiser sur notre engin à moteur et un peu de sérieux pour découvrir cette nature comme il se doit : à pied ! A la recherche du « quetzal ». Le fameux « quetzal » … réputé pour sa rareté et son incapacité à vivre en captivité (sous peine de mourir). Et tous motivés que nous étions, nous pensions que quelques heures allait suffir à l'apprivoiser. Que doux rêveurs, faisions-nous ! Peu importe, la beauté des pâturages, la rencontre avec un indien Guaymis dans une ferme isolée, l'enthousiasme infatigable de notre guide et la belle marche en forêt nous ont rassasiés de plaisir.

A tel point que nous avons prolongé notre séjour en altitude d'une demi-journée supplémentaire pour visiter la « finca » d'un petit producteur de café, loin des tours touristiques du grand fabricant du coin. Et quel accueil ! Instructif techniquement tout autant qu'humainement. De la plantation à la « cosecha », du séchage à la torréfaction, de l'empaquetage à la commercialisation... ce producteur est le seul de sa taille au Panama à réaliser toutes les étapes du café dans un seul et même lieu. Nous avons ainsi pu comprendre tout le processus avec démonstration à l'appui, découvrir davantage les types de grains (Geysha, Katuay...) et les trois niveaux de torréfaction : Américain, Français et Italien. Et devinez qui gagne ? Sans chauvinisme, le Français est le plus équilibré, ni trop simple d'un point de vue aromatique comme l'Américain, ni trop « cramé » comme l'Italien. Pour l'anecdote, il se dit dans la profession que la torréfaction italienne permettrait de « glisser » des grains de maïs dans le café. Info ? Intox ? On a pu au moins constater que ce niveau dégage un goût suffisamment brûlé pour effacer pas mal de subtilités gustatives. Malgré nos échanges intéressants sur l'implication gouvernementale dans le marché du café, son évolution, ses crises, nous devions nous diriger vers de nouveaux horizons. Après la montagne... la plage !

 

5 – 7 JANVIER 2010 – J+150 - J+152 – DU COTE DES FONDS CARABEENS

 

Embarqués dans un microbus pour parcourir la splendide route à travers la « Cordillère centrale » qui rallie la côte Pacifique de l'autre côté du pays, nous sommes préparés à découvrir Bocas del Toro... LE « hot spot backpackers », bref le haut-lieu touristique où hôtels et restaurants côtoient autres repères à gringos... Séance d'ouverture des chacras et auto-persuasion durant les 5 heures de trajet devaient suffir à nous convaincre que nous ne faisions pas route vers l'enfer ! La dégustation d'un bon poulpe, accompagné de riz coco et arrosé d'un petit rhum coca bien dosé au pied des eaux turquoises chauffées à 29° par le soleil a fini par nous séduire...

Bon, le calme n'aura duré que quelques heures car une sortie « Plongée » nous attendait pour découvrir ces fonds marins dont on ne dit que du bien dans les guides du Panama. La remise en route fut, comme toujours, délicate pour Ophély. Toujours cette maudite appréhension de l'eau, sans parler de la reprise en main de l'équipement. Y'en a qu'on dû bien rigoler à la voir gigoter... Le « Dive Master », surement un peu moins mais il a été patient. Après tout, il est payé pour ça ! Heureusement, la seconde fut bien plus maîtrisée. Ouf, l'honneur est sauf ! Tout ça pour des fonds agréables, certes, mais avec une visibilité réduite, une eau légèrement troublée par quelques gouttes qui sont tombées durant la nuit et les couleurs atténuées par la présence de nuages devant le beau soleil. Mais qui irait se plaindre de tremper ses fesses dans l'eau à 28° pour observer murène, mérou et autres poissons flutes ?! Pas nous !

La fin d'après-midi s'avéra tout aussi tranquille sur le sable blanc d'une plage quasi déserte. Petite anecdote, il nous a fallu atteindre la plage paradisiaque armés... de bottes en caoutchouc (il faut traverser l'île à travers la végétation humide et donc boueuse) ! Sexy, la sortie !

Nos dernières heures dans cette partie du pays nous ont permis d'apprécier la vie locale de l'île principale. Les gamins qui s'élancent de la jetée en cabrioles acrobatiques, la musique omniprésente, le va-et-vient des « lanchas » entre les îlots... Tout ça sent très fort la Jamaïque ! « Get up, stand up » ! Hum, hum, hum, hum, hum !

 

8 JANVIER 2010 – J+153 – UNE NUIT EN ENFER !

 

Déjà... nous devions partir pour rejoindre Panama Ciudad, où nous allions retrouver nos amis les esquimaux, Pascaline et Jérôme, en provenance de Paris, la ville du froid en ces premiers jours de janvier.

Mais avant nos belles retrouvailles, il allait nous falloir passer une nuit dans le bus. Pour vous la faire simple : une nuit en enfer ! Pour un transfert qui devait débuter à 19h et s'achever vers 5h dans un bus confortable où nous allions pouvoir dormir pendant presque 9h, nous sommes partis à 20h dans un minibus bondé sur les routes de montagne pour rejoindre le grand bus après 4h de trajet dans lequel nous nous sommes retrouvés à greloter dans une carlingue climatisée à 19°, bercés par une musique radiophonique panaméenne (des jingles « supermarché » entrecoupés de morceaux plus ou moins recherchés de reggeaton), rappelés à l'ordre à 2h du mat' par un chauffeur des plus complaisants : « boleto, boleto » ! A cette heure-ci ?! Mais, il est c.. ou il le fait exprès ! Ah non, c'est la pause « dîner » ! Oui, oui, à 2h de la nuit, poulet frit pour tout le monde !

Bon, on est arrivés entiers à LA ville. Vu comment il conduisait le chauffeur, c'était déjà ça ! Pour la fatigue et les heures de sommeil à récupérer, on verra cela plus tard. Bien plus tard ! Les esquimaux arrivés du pôle Nord tard dans la soirée, nous nous devions de les accueillir avec une bonne bière bien fraiche sous les 27° ambiant. Ça a forcément pris un peu de temps !

 

9 JANVIER 2010 – J+154 – JOUR DES MARTYRS... PAUVRE JERÔME !

 

La journée avait bien commencé... Nous étions tous les 4 remontés à bloc pour parcourir Panama Ciudad (ou City), ville trépidante aux visages contrastés surprenants. Direction l'Avenida Blaboa qui borde le Pacifique pour un premier aperçu des buildings. Panama Ciudad est une sorte de réplique de Miami, en moins bien, mais avec les mêmes hauteurs d'immeubles. Une image hallucinante pour l'Amérique Latine que tous ces grattes-ciel ! Puis, via ce front de mer, nous avons crapahuté jusqu'au fameux « Casco Viejo », havre de paix en comparaison du quartier où nous séjournions. Ce quartier colonial, inscrit au Patrimoine Mondial de l'Unesco depuis 1997, fut pendant très longtemps le centre économique, politique et religieux du pays et l'on découvre, au fil des rues, les différentes architectures mélangées des siècles précédents. Quel contraste avec les « tours » vues le matin !

Et nous n'étions pas au bout des contrastes ! Après notre agréable balade dans le passé, à nous l'Avenida Central ! La rue « shopping » avec un grand S, avec ses enseignes néon de taille démesurée et ses prix plus que réduits (shorts à partir de 0,99 US$ et caleçons de bain à 4,99 US$). A faire craquer les plus réticents à la fièvre acheteuse !

Puis au tour du « Causeway » ou « Calzada de Amador », longue avancée de terre de 6 km dans le Pacifique, qui relie 3 petites îles entre elles, de nous surprendre avec une marina digne des plus beaux yacht tropéziens ou monégasques. Les propriétaires seraient des présidents sud-américains, des stars hollywoodiennes et millionnaires en tout genre ! De quoi faire des jaloux ! En tout cas, nous, on aurait bien passé une petite nuit sur l'un des ces créatures des mers !

On a même eu droit au grand rassemblement évangélique et cela nous aurait presque paru sympathique d'assister à cette grande messe si la sortie de ces milliers de « pratiquants » ne nous avait pas donné du fil à retordre pour trouver un taxi de nuit.

Mais la plus belle « surprise » de la journée restera notre participation involontaire au 9 janvier, jour si particulier au Panama ! Un peu d'histoire : le 9 janvier 1964, une manifestation étudiante dégénère. Dans une école de la Zone du canal, des étudiants américains refusent que soit hissé le drapeau panaméen et violent ainsi un accord bilatéral. Les étudiants panaméens manifestent alors leur mécontentement et réclament la souveraineté dans la zone. Le mouvement de protestation est sévèrement réprimé par l'armée américaine, faisant 22 morts et des centaines de blessés. Le 9 janvier est depuis un jour de deuil national : le jour des Martyrs. Hormis les commémorations organisées ce jour-là, le fait marquant de cette journée repose surtout sur l'interdiction de vendre de l'alcool (durant 24 heures). Et bien que respectueux des traditions d'autrui, notre ami Jérôme, en tant que bon français qu'il est, d'autant plus pour son premier jour de vacances bien mérité, a eu du mal à se plier à cette exigence : « Qu'ils ne veuillent pas boire une petite bière en l'honneur de leurs Martyrs, je comprends... Mais de là à empêcher les autres [lui en plus clair]... ! »... No comment !

 

 

10 JANVIER 2010 – J+155 – PANAMAX ET POSTPANAMAX ?

 

La vieille ville visitée, nous nous sommes embarqués pour une découverte des environs de la ville. Et pas n'importe lesquels, ceux du canal du Panama !

Mais avant d'admirer la merveille technologique des écluses de Miraflores, nous avons fait un petit détour par le Parc National de Soberania, pour saluer (certainement pour la dernière fois avant un bon bout de temps) nos amis les singes hurleurs, les infatigables fourmis agricultrices, les papillons bleus géants et autres oiseaux colorés. Tout juste à une vingtaine de kilomètres de la mégalopole, retrouver ces paysages de végétation luxuriante et sa faune reste toujours aussi déconcertant. Bien que le plus étonnant de notre visite fut d'apercevoir un mec se balader, à quelques dizaines de mètres devant nous, dans son plus simple appareil, son sac en bandoulière et ses baskets aux pieds. Un adepte du 100% nature jusqu'au bout... (et dire qu'on a même pas réussit à le prendre en photo pour vous montrer ça !)

Mais pas le temps de s'attarder sur les pour et les contres du naturisme car le spectacle tout aussi surprenant des écluses de Miraflores nous attendaient. Dès notre arrivée, un sublime bateau de croisière était en cours de passage et deux autres (un de croisière et un cargo de véhicules) en attente. Quel défilé ! Et chanceux que nous étions, il s'agissait de Panamax (référence donnée aux embarcations dont la taille correspond à la grandeur maximale permettant de traverser le canal, compte tenu du passage des écluses surtout). Tout a débuté par l'alignement des paquebots avec l'aide de remorqueurs (ils se mettent en perpendiculaire à la coque du bateau et le poussent, gaz à fond, vers l'entrée de l'écluse). L'embarcation est alors raccordée par des câbles à des locomotives (situées sur des rails de part et d'autre des écluses) pour les diriger lors de leur traversée. Il faut savoir que pour un Panamax, il reste environ 60 cm de chaque côté, entre la rive et la coque du bateau... Faut pas de louper ! Cette assistance n'est que directionnelle, les bateaux se propulsant par leurs propres moyens. Au-delà de la prouesse de navigation que représente le passage des écluses du canal du Panama, assister au compte à rebours lancé dans les hauts-parleurs, célébrant la traversée du canal aux passagers embarqués, tel un véritable show à l'américaine, vaut le coup d'œil !

Il est difficile de décrire un phénomène unique comme celui-là, tant pour le spectacle du passage de cargos que pour l'aventure industrielle qu'il symbolise. On s'est dit que quelques chiffres et autres informations vous permettraient peut-être de mieux vous rendre compte de l'ampleur de ce chantier entrepris par les Français et achevés par les Américains, « récupéré » par le Panama en 1999 seulement ! En bref :

  • Jusqu'à 19.243 travailleurs ont travaillé en même temps sur le chantier (1884).

  • Plus de 60 millions de livres (1 livre = 450 g) de dynamites ont été utilisés entre 1905 et 1912.

  • Aujourd'hui, la « cuvette » du canal occupe 7 % du territoire national avec 5527 km² et 180000 habitants

  • Le chiffre d'affaire journalier est estimé entre 5 et 6 millions de $ : 2000 $ pour un catamaran tel que celui utilisé pour les San Blas – cf. article suivant) et 150000 à 200000 $ et plus pour un bateau de croisière Panamax. Le tout payable 48h en avance soit par virement bancaire soit en cash... (ça en fait des billets...)

  • La circulation sur le canal s'effectue en fonction des jours pairs (dans un sens) et impairs (dans l'autre).

  • Un projet d'agrandissement a été validé car le canal ne peut accueillir que la moitié des bâtiments actuels compte tenu leur grosseur. Ainsi, si les écluses actuelles de 110 pieds (33,5 mètres) peuvent accueillir des embarcations de 106 pieds (32 m) de large, les nouvelles écluses atteindront 180 pieds (55 m) pour faire passe des bâtiments allant jusqu'à 160 pieds (48 m). Les « Postpanamax » pourront ainsi mesurer jusqu'à 1200 pieds (366 m) de long et transporter 10000 containers. A savoir qu'à charge équivalente, il faudrait 18 trains de 8000 pieds ou 5800 camions ou 570 Boeing 747 pour transporter ce qu'1 seul « Postpanamax » pourra embarquer.

  • Les futures écluses seront réalisées sur le côté et non en enfilade pour économiser l'eau lors de leur remplissage.

    On pourrait encore vous en mettre des tartines mais on ne voudrait pas vous perdre trop vite, alors, on s'arrêtera là !

11 – 14 JANVIER 2010 – J+156 - J+159 – BIENVENUE DANS UNE CARTE POSTALE

 

Dans les « A ne pas manquer » panaméens, l'archipel des San Blas fait parti du trio de tête, réputé pour sa population indigène « Kunas » et ses eaux cristallines de la mer des Caraïbes. Parmi les conseils de découverte, une escapade en bateau est fortement recommandée. Alors, on s'est décidé à casser la tirelire pour s'offrir 3 jours de navigation « Grand luxe ». Tout a pourtant mal commencé...

Levés aux aurores (enfin, de nuit carrément) pour effectuer le transfert d'une côte à l'autre (Panama est sur l'Océan Pacifique), nous avons du négocier à peine mis les pieds en dehors du lit ! Le 4x4 7 places voulait prendre en charge 8 personnes. Entassés pour 3 bonnes heures de trajet avec les sacs en sus... Hors de question ! Surtout pour l'israélienne de l'autre groupe de 4, fermement décidée à en découdre : soit elle obtenait la gratuité pour la huitième personne (et encore, elle ne demandait pas de réduction pur l'entassement des 7 autres ayant payé le prix normal), soit un autre véhicule venait prendre un des deux groupes. Les discussions ont été plus que houleuses mais finalement, le chauffeur a cédé car un autre véhicule est arrivé. Leur soulagement fut bref, compte tenu de l'ouverture brusque du coffre par le chauffeur, faisant tomber l'un de leurs sacs, explosant au passage la bouteille de vin contenue à l'intérieur. Ooouuuh... Elle était pas contente la fille ! Faut admettre que si cela avait été la nôtre, nous n'aurions pas été commodes non plus. Surtout à 5h du mat' ! Ils sont finalement partis avec leur véhicule et nous avons été installés confortablement dans le 4x4.

Après 3h de transfert (dont plus de 50 % à dormir, soyons honnête), nous nous sommes retrouvés à bord du « Rebelle », un magnifique catamaran de 44 pieds, en compagnie de Choco, le labrador et de Xavier, le capitaine français ; un ancien technicien éclairage de célèbres chanteurs français, reconverti dans l'industrie du bâtiment en Californie pendant une vingtaine d'années et marin au long cours depuis 3 ans et demi... Bref, un homme aux multiples vies... Mais surtout, un sacré « loustique » qui allait nous faire vivre les 4 jours suivants dans une carte postale !

Pour vous résumer, voilà à quoi ressembler une journée type aux San Blas :

  • une bonne nuit bercée par le clapotis des vagues au cas où nous aurions du mal à trouver le sommeil,

  • un petit-déjeuner copieux pour finir de charger les batteries avec pancakes, gâteau à la banane, au chocolat...,

  • un petit bain dans une eau cristalline à 28°, histoire de se raffermir les pores,

  • un brin de navigation au fil des îles, tantôt « culturelles » (pour rencontrer les « Kunas », peuple indigène autonome délicat à prendre en photo... sans billet de 1$), tantôt paradisiaques (îlots de sable blanc avec palmiers, bordés par des eaux cristallines aux nuances turquoises à émeraude),

  • une agréable pause déjeuner,

  • un peu de farniente, de lecture, d'observation panoramique,

  • une séance de « snorkelling » (palmes, masque et tuba) pour observer les fonds sous-marins après s'être délecté sur les paysages terrestres,

  • une sieste. Très importante la sieste !

  • une partie de pêche nocturne, pour que Jérôme, notre ami cuistot attrape de quoi nous concocter un superbe carpaccio de carrangue !

  • une rapide douche, pour nous ôter le sel après toutes nos activités marines,

  • un (ou deux ou trois) apéro : « ti'punch », bière, vodka au choix !

  • un bon repas. Nous ne pouvons résister à l'idée de vous narguer avec notre photo de langoustes et sa bouteille de vin blanc.

  • un bon dodo pour se requinquer de cette éprouvante journée. D'ailleurs, nous nous sommes essayé à la nuit sur le pont pour dormir encore plus près des éléments : le vent, les vagues, les étoiles... Une belle nuit de Robinson !

Ne soyez pas jaloux, nous avons aussi eu nos moments difficiles. Surtout le dernier soir... Avec l'approche de la fin de la croisière, la nostalgie nous a gagnés et nous avons du faire face au grand dilemme de potentiellement rester une quatrième nuit à bord. Dur, dur... Mais, nous savions que les bonnes choses ont toujours une fin et nous nous sommes raisonnés (le coût supplémentaire nous ayant aussi quelque peu aidé) en nous projetant vers de nouvelles aventures. Ce qui n'allait pas être simple, surtout que la logistique n'allait pas se révéler être de notre côté.

 

 

15 JANVIER 2010 – J+160 – CHEZ LES EMBERAS

 

Ah, les « Emberas », autre peuple indigène du Panama connu pour ses tatouages temporaires à l'encre... (dont les poignets d'Ander et Jérome en ont encore les restes). On s'en souviendra des « Emberas » ! Il a fallu batailler pour pouvoir vivre cette journée en leur compagnie... A peine étions-nous rentrés de notre escapade idyllique aux San Blas, que nous étions embarqué dans moult coups de téléphone et recherches sur Internet pour dégoter une des ces fameuses tribus dans les environs de Panama Ciudad. Le hic, c'est que nous voulions que cela soit facilement accessible en bus. Et là, on n'avait pas imaginé que ça compliquerai autant la chose ! Voyons, dans un pays moderne comme le Panama, on loue sa propre voiture ! Mais, au vu de la circulation dans la mégalopole et leur façon de conduire, il n'en était sûrement pas question ! Alors, à force de persévérance, nous y sommes arrivés et rendez-vous était pris pour le lendemain, avec Alorzo, « cacique » (chef de tribu) de la tribu Katuma.

Armés de nos sacs à dos (nous prenions l'avion pour la Colombie dès notre retour), nous voilà débarqués au terminal de bus pour prendre l'un des fameux « diables rouges » (les bus urbains colorés et peinturlurés de multiples couleurs) pour Gamboa, à 1 heure de route de la capitale. Tout juste le temps de dire « ouf ! » que les complications recommençaient. Sur le quai, nous interrogeons : « Chauffeur, vous pourrez nous dire quand ce sera l'arrêt au « muelle » (quai) de Gamboa ? – Quel « muelle » ? – Heu... Comment ça « quel » ? Y'en a plusieurs ? – Oui, y'en a deux ! – Ah ?! ». Mince... mais il nous a rien dit le mec au téléphone la veille. Bon, la tension monte de nouveau. Décidément, les « Emberas » se font désirer. Enfin, la délivrance viendra quand même du chauffeur qui, lui expliquant le but de notre excursion, nous orientera à raison vers le « muelle » touristique. Bien, oui, forcément !

Quel soulagement de voir arriver la lancha avec le chef Embera en tenue ! Ça y est, nous avions vaincu, nous y étions enfin !

Le reste de la journée s'est déroulée sans anicroche, avec plaisir... Nous avons débuté par une agréable balade en forêt, accompagnés d'un guide pour nous expliquer le chemin des espagnols au temps de la conquête et leur façon d'appréhender la « guerre » dans l'histoire contemporaine. Nous avons supposé qu'il s'agissait de celle des guérilleros mais nous avons eu un peu de mal à tout comprendre. Non seulement, son espagnol n'était pas vraiment de l'espagnol et, en plus, les idées énoncées n'étaient pas des plus claires. Nous avons également eu droit à un rapide apprentissage des plantes médicinales pour lutter contre divers maux d'estomac et de tête. Mais la plante la plus « fun » et celle que nous retiendrons certainement, a pour vertu de faire accepter aux femmes la polygamie de leur mari... avec enthousiasme ! Ander et Jérôme s'en seraient bien ramené un brin mais, comptez sur Pascaline et Ophély pour les en décourager ! Nous avons ensuite été accueillis au village par une sorte de cérémonie folklorique avec musiques et danses, et gentiment installés pour assister à la présentation de leur mode de vie par une jeune fille « ambassadrice » : description des habits traditionnels, explication des teintes réalisées à base de divers végétaux, sculptures... Elle tremblait comme si elle passait au tableau pour réciter sa leçon. Cette fraicheur nous a fait sourire, nous donnant une impression de « touristiquement » authentique et touchant ! Puis, nous avons été priés de participer à la séance de danses qui a suivi avant de se régaler d'un bon poisson frit servi dans une calebasse. Un dernier échange avec le « cacique » a achevé cette découverte ; discussion forte intéressante qui nous a permis de comprendre qu'en tant que retraité du canal, il essayait de promouvoir sa culture pour la préserver. Sa connaissance parfaite des deux mondes, du danger de la mondialisation et cette « tentative de jonglerie équilibrée » nous a laissé admiratifs. Ce mélange de modernisme et d'authenticité, cette naïveté de transmission et cette parfaite mesure des enjeux est surprenant et admirable. Nous ne pouvons que leur souhaiter longue durée. Et que le tourisme communautaire développé s'avère durable.

De retour au terminal de bus, nous avons partager un dernier verre entre potes (qu'est-ce que s'est passé vite !)... la Colombie nous attendant par le vol de 21h38 !