5 JUIN 2010 – J+301 – UNE ENTREE EN MATIERE... CENSUREE !

 

Nous savions que notre passage au Tibet n'allait pas être des plus aisé avec toutes les nouvelles formalités imposées par le gouvernement chinois mais nous étions loin de penser que nous allions avoir à faire à un tel parcours du combattant. Enfin, pas si combattant que cela, il nous a fallu simplement accepter de ne plus être maîtres de notre parcours ni de quoique ce soit d'ailleurs en terre tibétaine.

Les difficultés ont débuté à Katmandou quand nous avons pris conscience qu'il ne nous serait pas possible de passer au Tibet en toute liberté et que nous serions obligés d'intégrer un tour avec guide et qu'au moment même de la réservation, nous allions devoir réserver obligatoirement notre billet de sortie (comprenez notre départ du Tibet vers la Chine) sans quoi aucun visa (ni tibétain, ni chinois) ne nous serait attribué. Nous avons donc comparé les offres et vite compris que les différents tours à travers la ville étaient identiques et que nous finirions tous par être regroupés. Nous avons donc fait le choix du « meilleur briefing » concernant le tour, les restrictions, la gestion en cas de refus d'entrée... afin de ne pas avoir de mauvaises surprises par la suite. Et au vu des déconvenues des autres membres du groupe dès le premier jour et tout au long du voyage, nous avons fait le bon choix. En effet, peu étaient avertis de la censure littéraire et ils ont eu droit à un « nettoyage » des bagages avant départ afin de laisser toutes représentations religieuses ou politiques sur le Tibet (y compris les guides de voyage sur la Chine comprenant des pages sur le Tibet, tendancieuses au non, mais également un plan de la Chine ne comprenant pas Taiwan. Pour eux, cela fait partie de la Chine...).

5 heures plus tard environ, passées dans un bus correct certes mais sur des routes défoncées et parfois trop étroites pour y passer à deux véhicules (nous avons même eu un petit rappel de la route de la mort en Bolivie lorsque notre bus a reculé sur le bord du vide pour laisser passer un autre gros camion), nous avons enfin atteint le célèbre « Friendship Bridge » entre la Chine et le Népal, reconstitution du pont initial après l'effondrement de l'original suite à d'importantes inondations. Et c'est là qu'on a plus pris la mesure de la censure. Il nous a fallu seulement une vingtaine de minutes pour les formalités de 24 personnes côté népalais tandis que plus de deux heures ont été nécessaire pour le passage tibétain (avec une heure en rab quelques kilomètres plus loin lors d'un contrôle routier). Il faut dire que le passage n'est pas piqué des vers : on commence par la traversée du pont avec interdiction de prendre des photos (attention, des espions en civil scrutent, y compris des enfants, nous avons pu clairement le constater) et la présentation de nos passeports à des militaires pour avoir la permission d'atteindre les douanes ; on continue alors avec la queue dans un ordre de passage établi avec chacun son numéro ; pour finir par passer : 1. la première machine à rayon X, 2. devant l'agent qui tamponne un par un le visa de groupe mais surtout pas le passeport, 3. la deuxième machine à rayon X. Et là, à chaque inspection, on a le choix, on choisit ou non de déclarer toutes les choses tendancieuses... livres, imagerie... sachant qu'un militaire ouvre le bagage pour effectuer un repérage à l'aveugle. On a préféré se la jouer honnêtes, deux personnes s'étant vus refuser l'accès au Tibet la semaine précédente à cause de la possession d'un guide de voyage sur la Chine (avec quelques pages sur le Tibet bien sûr). Nous avons donc sorti nos livres sur l'Inde, le Népal – Tibet (avec la partie Tibet totalement arrachée) et notre impétueux « tanka » (représentation bouddhique sur toile généralement figurative). Heureusement, nous avions fait le choix d'un esthétique « om mandala tanka », plus abstrait et donc considéré comme souvenirs à touristes. Il a quand même été minutieusement regardé par un supérieur mais il a fini par passer sans soucis. Sauvés ! Tout a été OK excepté une petite remarque sur le guide ayant contenu des pages sur le Tibet mais leur absence a permis de nous le laisser en notre possession. Enfin, après être arrivés aux alentours de midi à la frontière népalaise, nous avons pu prendre définitivement notre bus pour atteindre notre premier point de chute en terre tibétaine vers... 16h30 ! Ça se mérite le Tibet... en tout cas, en partance de Katmandou !

 

6 JUIN 2010 – J+302 – UNE JOURNEE MI-FIGUE, MI-RAISIN

 

Notre première nuit a été nickel malgré les 3700 mètres d'altitude et notre première rencontre avec les paysages à couper le souffle de la région s'est effectuée sans mal de tête ou autre désagrément. Et quel pied ! Toute la journée, nous sommes restés coi devant ce spectacle qui nous a d'ailleurs parfois donné un étrange rappel du plateau bolivien... la chaîne himalayenne en supplément. Et oui, ça y est, nous pouvons l'affirmer haut et fort, nous avons traversé l'Himalaya, admiré ses montagnes sacrées, inaccessibles, légendaires ! Malgré cette impression d'immensité, on s'est surpris à dire que les pics ne nous paraissaient pas si hauts. Pour le toit du monde, on s'attendait à chavirer en arrière en les regardant. En fait, on oubliait surtout que nos petites fesses se situaient déjà à plus de 4000 mètres en moyenne (avec une pointe à plus de 5000 mètres, 5050 pour être exact !) « Ah ! Finalement, elle est grande, la montagne, là, juste à côté ! 7000 ?! 8000 ?! » Le Mont Cho Oyu atteint les 8201 mètres et le Mont Xishapagma, 8012. « Excusez du peu ! ». Bien sûr, la primeur de la journée est revenue au Mont Everest et ses 8848 mètres, pourtant triangle si minuscule en deuxième ligne comparé aux autres monstres de la chaîne situés devant lui sur nos panoramas. Grand moment de solennité ! Premier mais pas unique car chaque passe traversée a également été un moment particulier. Non seulement éprouvantes physiquement, le moindre de pas à ces altitudes fait figure de marathon (avec 1/3 d'oxygène en moins, forcément, on cherche son souffle), elles sont mentalement émouvantes. Contempler ces farandoles de drapeaux de prières, voler au vent pour être mieux entendues et nous offrir un melting-pot de tissus rouges, bleus, verts, jaunes, blancs, nous donnait envie de se mêler à eux. Rien qu'en les regardant onduler, la brise de l'altitude dans les cheveux, on se sentait planer...

 

Cette journée aurait presque figurée au rang de parfaite si nous n'avions pas eu à faire à une guide... incompétente et commissionnée ! Le programme prévoyait un arrêt dans une petite bourgade du Tibet où les infrastructures hôtelières limitées ne nous permettait pas d'avoir une douche chaude le soir même. La guide proposa donc au groupe d'avancer à l'escale suivante pour pouvoir rester deux jours dans la deuxième ville du Tibet avec la possibilité d'une douche chaude moyennant finance. Face à un groupe divisé (une majorité désirait cette douche tandis que l'autre pensait à « vivre » un petit village et à ne pas débourser davantage pour un « trip » déjà couteux), elle insista sur la nécessité de rester un groupe et que la douche chaude serait agréable pour tous, que la descente en altitude aussi... Bref, que des arguments en faveur du changement... payant ! Il a fallu lui expliquer par A+B qu'il y avait un programme et que proposer une option, pourquoi pas mais qu'insister à ce point alors que plusieurs personnes ne le souhaitaient pas, servait seulement à créer des conflits au sein d'un groupe de 24 inconnus et que si une personne, une seule refusait de payer, tout le groupe devait rester à l'état initial que chacun avait validé avec son agence de voyage ! Malgré ça, jusqu'au bout, elle a cherché à nous diviser... jusque devant les portes de la « guest-house » alors qu'on venait de la houspiller. Heureusement, le groupe était super et n'a pas cédé à sa pression. On n'en aura jamais la preuve mais elle devait avoir des « stock-options » dans l'hôtel de la ville suivante ou un amant qui l'attendait...

 

Notre résistance a en tout cas payé car nous sommes restés dans la petite bourgade de Lhatse et nous avons enfin pu toucher du doigt l'intérieur du Tibet lors d'une balade en amoureux. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, nous avons été libres de nos mouvements une fois installés dans les hébergements et nous avons pu aller fouiller un peu plus loin que les avenues principales... aux reflets chinois ! On ne pouvait se résoudre à voir le Tibet comme ça... avec des pancartes publicitaires omniprésentes écrites en chinois, sous-titrées en tibétain... avec une enfilade d'enseignes commerçantes d'un bout à l'autre de la rue... On a vite pris les chemins de traverse pour trouver le cœur tibétain et trois rues nous auront suffi pour entrevoir les maisons typiques avec leurs drapeaux de prières et leurs crânes de buffle à chaque coin. On a même rencontré une mamie en train d'effectuer ses circonvolutions autour d'un stupa, réaliser une séance photographiques avec une adorable petite fille et son papa et assister aux négociations mercantiles entre un grossiste et des vendeurs de pastèques. Malheureusement, nous n'avons pu échanger que quelques « tachidelek » (bonjour en tibétain) et de multiples sourires. Pour une fois que nous aurions pu communiquer (les tibétains sont d'une part très timides et d'autre part soumis à l'oppression), nous sommes restés sur notre faim, la frustration au ventre... Frustration renforcée de l'autre côté de l'artère centrale par le désolant spectacle de larges rues cimentées aux lampadaires ultra-modernes, des maisons neuves prêtes à être offertes à quelques pauvres paysans du « main land » pour venir noyer la culture tibétaine... La méthode « douce » de l'envahisseur chinois.

7 JUIN 2010 – J+303 – AU ROYAUME DU « PANCHEN LAMA »

 

Encore quelques passes colorées de drapeaux, quelques panoramas splendides agrémentés de yaks et voilà que nous avons débarqués à Xigatse, la deuxième ville du Tibet pour entrer dans le vif du sujet tibétain : les monastères. Et pour notre première visite, ce ne fut pas n'importe laquelle : le monastère de Tashilhumpu, demeure du Panchen Lama, maître de l'ordre des chapeaux jaunes et deuxième maître tibétain après le Dalaï Lama. L'architecture imposante de l'ensemble fut bel et bien en adéquation avec la fonction de son « propriétaire » et nous avons découvert avec stupéfaction de nombreuses et belles salles aux multiples représentations de Bouddhas et autres icônes. Très vite, nous nous sommes rendus à l'évidence, le bouddhisme est une religion beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Nous ne nous permettrons donc pas de vous donner quelques explications car, non seulement, une guide pour 24 fut plus que limite pour aborder correctement le sujet mais, en plus, nous sommes loin d'avoir tout pigé ! La seule chose que l'on peut vous indiquer sur ce temple, et qui semble de notoriété publique, est que le Panchen Lama actuel serait une « marionnette » au service de l'état chinois et vivant à Beijing, l'original XIème Panchen Lama ayant disparu depuis plusieurs années en Chine et personne ne sachant depuis ce qu'il est devenu (beaucoup le croient mort). On peut également vous préciser que nous avons eu le plaisir de rencontrer le plus grand Bouddha du Tibet avec ses 26 mètres de haut et ses doigts de 1 mètre ayant nécessité environ 350 kg d'or !

 

Mais au-delà des explicatifs « techniques », ce qui a été le plus important pour nous a été de sentir le pouls des lieux. D'abord, en assistant à notre première « arca danse », danse qu'une « troupe de travail » effectue en rythme et en chants pour tasser le sol dont la matière est « l'arca ». « Comment joindre l'utile à l'agréable ! »

Ensuite, en remarquant une mamie en circonvolutions « allongées » (les plus fervents pratiquants s'allongent de tout leur corps pour prier, laissant au bout de leurs mains un symbole religieux marquant le départ de leur prochaine révérence au sol ; ils avancent ainsi de deux pas avant de se prosterner intégralement de nouveau). Nous étions déjà en admiration devant tant d'exercices pour ce bout de femme affaiblie par les années alors quand on l'a vu sortir momentanément du cercle pour régurgiter tout ce qu'elle pouvait puis réintégrer là où elle s'était arrêtée et achever son tour, nous sommes restés bouche bée. Quelle foi ! Voir alors son visage s'illuminer lorsqu'elle a pu enfin s'asseoir, sa mission terminée, nous a rempli le cœur d'émotions... soulagés et fiers pour elle !

Il ne nous manquait plus que le troisième temps fort : admirer la « secte des chapeaux jaunes », la plus puissantes de l'ordre bouddhique, en action. Nous étions tranquillement assis sur un banc à regarder la vie du temple se dérouler quand un premier « chapeau jaune » est passé, puis un second... Peuuhhh, y'avait quelque chose d'intrigant dans ces apparitions ! Pas l'ombre de franges jaunes durant les 3 dernières heures et voilà qu'elles se mettent toutes à pulluler tout d'un coup. Ni une, ni deux, on les a suivit... jusqu'à la dernière salle visitée, la salle des prières. Invités à entrer, on ne se fait pas « prier » et nous nous sommes mêlés à des dizaines et dizaines de moines bouddhiques psalmodiant leurs cantiques, comme nous avions pu le voir à Katmandou, dans une ambiance plus confinée cette fois-ci. Une vision bien plus « vivante » du bouddhisme que la visite « plate » de l'après-midi ne nous avait pas permis de voir. Encore une belle expérience !

8 JUIN 2010 – J+304 – MAL A LA TETE...

 

Cette quatrième journée s'est avérée relativement calme pour nous avec la visite d'un monastère et d'un « stupa » de 5 étages « visitable » (en général, les « stupas » sont pleins et on ne peut les observer que de l'extérieur), fort de 77 niches remplis d'imagerie de Bouddha et même de certaines représentations hindouistes comme Garuda... Encore un truc très chouette mais à en perdre son latin !

Malheureusement, notre balade de l'après-midi a été écourté par un mal de tête assez intense d'Ander et nous nous sommes laissés aller à une petite sieste dans notre belle chambre d'hôtel. On a eu bien fait car une belle averse de grêle s'est abattue sur les environs et c'est un de nos compagnons de voyage qui en a fait les frais. Frais somme toute relatifs car il a ainsi pu vivre une expérience hors du commun.

La grêle tombant, il s'est réfugié dans une grotte à la sortie de la ville, dans laquelle il s'est retrouvé nez à nez avec un moine tibétain. Tentant tant bien que mal de communiquer, le contact s'est progressivement établi autour d'une bière locale qu'il n'a pu refuser d'ingurgiter. Et de six heures à onze heures du soir, il est resté avec l'homme jusqu'à ce que celui-ci lui propose de lui montrer un aspect très typique du Tibet, le cimetière. Dès son arrivée sur les lieux, il a constaté des traces de sang. Et à force de gestes et de palabres baragouinées, il a finalement compris que, dans la culture tibétaine, les morts sont découpés puis mis en pâture aux vautours afin que ceux-ci purifient le corps et libèrent l'âme. Pas très réjouissant tout ça mais tout à fait véridique. Une sensation étrange que nous aurions bien aimé vivre et voir mais le sort en a décidé autrement.

 

9 – 12 JUIN 2010 – J+305 - J+308 – LHASSA VEGAS

Lhassa Vegas

Une nouvelle journée sur les superbes routes tibétaines, au milieu de paysages désertiques, quelques traversées supplémentaires de passes avec vue sur un glacier et sur un lac turquoise, et nous étions déjà arrivés à Lhassa... Lhass la ville originelle du Dalai-Lama... la ville où la ferveur bouddhiste est à son comble... mais surtout la ville où le terrible choc nous attendait ! Bien sûr les villes précédentes auraient dû commencer à nous préparer mais c'était encore plus que ce à quoi on s'attendait : des immeubles modernes de plusieurs étages, des 2 x 2 voies en plein centre-ville, des rues entières d'enseignes occidentales, moult néons multicolores qui défilent la nuit tombée... Un véritable « Lhassa Vegas » comme a lâché Ander estomaqué ! Si le Potala Palace, demeure d'hiver du Dalai Lama, ne nous avait pas imposé sa stature, on se serait cru dans une ville moderne américaine sous fond d'alphabet chinois. Incroyable ! Et comme si cette première vision n'avait pas suffit, le soir même, lors de notre balade nocturne au pied de la magnifique forteresse tibétaine (où se trouvent non seulement une avenue large à faire pâlir les Champs-Élysée mais également une place piétonne immensément grande), nous avons eu l'absurde vision pendant près de 3 heures d'un spectacle d'eaux musicales et de centaines de petits touristes chinois se déguiser pour se rendre en photo. Bref, une place d'attraction ! Et au cas où l'on aurait douté un instant que l'on se trouve en Chine, un beau drapeau bien rouge, bien étoilé, flottait au vent sur le toit du Potala... en plein milieu. A bon entendeur !

 

Une matinée au musée

La visite du monument le plus important de Lhassa ne s'improvise pas à l'heure actuelle... En effet pour pénétrer à l'intérieur du Potala Palace, il faut non seulement montrer patte blanche mais il faut surtout accepter d'être tributaire des règles gouvernementales. Et quelles sont-elles, ces put... de règles ?! Un créneau horaire d'une heure maximale (pas une minute de plus sous peine de se faire gentiment sortir du complexe par les forces armées – alors qu'il faut facile deux à trois heures pour parcourir correctement les lieux) fixée la veille par le gouvernement selon son bon vouloir. Si vous aviez eu envie de programmer quelque chose, oubliez ! Heureusement, cette heure ne comprend que le palace en lui-même et non la montée des marches pour y accéder. Quelle bonté Mesdames Messieurs ! Nous avons donc hérité de la séance de 9h00 le lendemain de notre arrivée et effectué comme tout le monde la visite du bâtiment tibétain principal au pas de course. Ah, on en a vu des belles salles, traversé des beaux couloirs mais voilà, on n'a fait que les survoler. Certes, on a retenu que la partie rouge correspondait à la partie religieuse tandis que la blanche relevait du politique ; certes, on a aussi appris que l'édifice de 13 étages avait été agrémenté au fur et à mesure des différents Dalai Lama ; certes, on a constaté le plein de couleurs... de rouge, de jaune, de noir... tout au long et apprécié un beau « mandala » en 3D (représentation bouddhique du cycle de la vie)... Mais cela relevé nettement plus d'un beau musée qu'un temple monastique incroyable où nous aurions aimé aborder des questions plus philosophiques que la datation de tel ou tel Bouddha. On s'est cru figés dans le passé et bien sur pas question d'aborder le présent. A la question « Pourquoi note-t-on des photos des anciens Dalai Lama et aucune de l'actuel ? », la réponse était claire et concise : « C'est interdit, c'est tout ». Et pas la peine de chercher à creuser, notre guide s'est avérée très douée en « bottage en touche ».

 

Enfin, un peu de vie...

Finalement, la matinée aura été plus fructueuse lors de la visite suivante, au Jokhang Temple, LE temple de Lhassa où cela nous a réchauffé le cœur de voir de l'activité religieuse s'exprimer ! Les circonvolutions à l'extérieur étant de rigueur malgré une présence militaire à outrance et les moulins à prière de sortie. Quant à l'intérieur, fabuleux ! Il y avait une queue interminable de tibétains espérant entrevoir un des Bouddhas majeurs du site, une ferveur indescriptible et en fond, les chants de la « arca danse » qui donnait une tonalité encore plus frissonnante à l'ambiance ! Et cette ambiance en a inspiré plus d'un parce que nous avons passé le reste de l'après-midi à débattre avec une partie du groupe sur la condition tibétaine en particulier et la condition humaine en général... sous le regard inquisiteur de militaires placés sur les toits pour surveiller la foule !

L'Histoire est toujours... subjective !

La seconde journée dans la capitale tibétaine s'est relevée à la fois du pire et du meilleur ! Une partie du pire a eu lieu lors de notre première visite du jour dans un des temples de la ville où nous avons constaté une fois de plus la désolation des lieux. Là, où autrefois plus de 10000 moines officiaient, il doit en rester quelque chose comme à peine 400 aujourd'hui. Mais le summum revient à notre visite au musée tibétain ! En résumé, un splendide musée avec de somptueuses pièces tibétaines : des livres de prières uniques, des « tankas » géants peints ou brodés d'une finesse incommensurable, des costumes et des bijoux d'une élégance folle, des instruments de musique rares... Que de joyaux !

Mais surtout une véritable mascarade ! Les panneaux d'introduction relatant la version chinoise de l'Histoire étaient à faire froid dans le dos. Accrochez-vous bien, on vous la fait en bref : les Chinois sont des héros parce qu'ils ont réussi à libérer le Tibet de leur envahisseur et qu'ils ont réussi à conclure un « Peaceful liberation of Tibet between the Central people's governement and the local governement of Tibet ». N'allez pas chercher à comprendre pourquoi il y eut tant de massacres il y a quelques années au Tibet puisque ses habitants étaient heureux d'être dorénavant libre et d'appartenir à l'empire chinois ! Et la Chine ne doute en aucun cas de la légitimité de son action puisqu'elle s'approprie simplement la richesse tibétaine et explique clairement que la médecine tibétaine est une « véritable perle de la médecine chinoise ». Pour ce qui est de la partie culturelle, elle reste plus fugace sur les explications et se contente d'évidences : les opéras tibétains sont des mélanges de danses et de chants. Waaoouuhhh ! Quelle nouvelle !

Le pompon de la visite revient à l' « Exhibition Center » par lequel nous avons débuté, sans avoir été avertis bien sûr qu'il ne s'agissait pas du musée proprement dit. Nous pensions donc avoir à faire aux prémisses du musée. Surtout qu'une charmante jeune femme (chinoise quand même, faut pas pousser) nous a expliqué la richesse de la nature tibétaine, ses pierres, ses colorants naturels pour « tankas »... pendant 5 bonnes minutes avant de lever un rideau où là... Surprise ! Un magasin géant de vente de pierre et de « tankas » nous tendait les bras... Tiens, tiens, comme par hasard !

Une lueur d'espoir

Notre dernière incursion en vie monastique a été la plus surprenante. Tandis que nous avons pu constater l'existence d'une imprimerie locale d'ouvrages tibétains « roulés à l'encre » manuellement (premier espoir de liberté d'expression), les derniers quartiers du monastère de Sera, ont été encore plus encourageants puisqu'ils nous ont révélés des « débats » entre moines. Par paires, ils échangeaient ardemment. Le premier des deux était assis, posant apparemment les questions alors que le second, debout, argumentait ses réponses en remontant son chapelet le long de son bras et en claquant fortement ses mains pour d'affirmer ou non ses certitudes. Nous nous sommes alors assis pendant de longues minutes sur l'un des bords du jardin pour entendre ces claquements et le brouhaha général qui inondait les lieux... Et dire que nous pensions que les bouddhistes étaient calmes et que la voie du nirvana reposait dans la méditation et le silence... Loin de là ! Mais sans regret, nous étions plus que ravis de les voir s'extasier dans leurs palabres et leurs gestes... Quelques grammes d'espoir dans ce monde de répression !

 

Au-delà des représentations religieuses, l'âme tibétaine semble également survivre dans sa jeunesse. En effet, bien que les Tibétains ne parlent pas beaucoup, certains du groupe ont réussi à établir un contact partiel avec la jeune génération, plus ouverte que celle de leurs parents, et ont pu ressentir une féroce envie de résistance. C'est tout le mal qu'on leur souhaite !

 

12 – 14 JUIN 2010 – J+308 - J+310 – SUR LE TOIT DU MONDE

Bienvenue en classe VIP...

Notre dernière matinée à Lhassa à effectuer des circonvolutions avec les tibétains pour s'imprégner une ultime fois de l'atmosphère magique des lieux et nous étions déjà sur la route pour le « main land » comme on dit par ici : la Chine ! Mais pas n'importe comment ! Avec le train impérialiste qu'Ander aurait tellement souhaité éviter (malheureusement, nous n'avions le choix que de le prendre si vous voulions obtenir notre permis tibétain et notre visa chinois), le train le plus haut du monde.

Malgré ces réticences, notre escapade ferroviaire s'annonçait sous de beaux jours. En effet, l'agence de voyage népalaise avait commis l'erreur de nous... offrir le surclassement en « soft sleeper », soit deux confortables lits avec couettes et oreillers fournis dans une cabine de 4 personnes avec une porte, comprenant chacun une TV individuelle (ça tombait bien pour le début de la coupe du monde...) et un fournisseur d'oxygène en cas de besoin. Bien évidemment, la télé était simplement là pour faire jolie car il n'y avait pas de courant dans le wagon permettant de la faire fonctionner (eh merde...) et pour l'oxygène, là aussi, c'était pour faire style car il n'y avait pas d'embout pour pouvoir l'inspirer. Mais au moins, l'effet de style y était ! Malgré ça, notre première journée a été des plus agréables alternant jeux de cartes et admiration des paysages désertiques comme le Tibet sait si bien en donner, avec parfois même quelques flocons de neige lorsque nous avons atteint les sommets (à plus de 5000 mètres). Même la nuit s'annonçait à merveille dans nos lits douillets... Enfin presque...

 

où le confort peut virer à l'inconfort en quelques minutes !

Deux heures du mat', nous arrivons en gare de Golmund, première gare en dehors du territoire tibétain. Nous dormons à poings fermés, confortablement emmitouflés dans nos couettes, sur nos banquettes du haut. On ne peut rêver meilleure nuit dans un train, même notre voisin de la couchette du bas ne ronfle pas ! Mais voilà, que brusquement la porte s'ouvre et que cinq chinois se mettent à débattre sur on ne sait quoi. Précipitamment, le mec du dessous s'habille, entasse ses affaires dans la valise et file. Sympas de venir l'avertir, d'un peu plus, il manquait son arrêt ! Non, rien du tout ! Il venait de se faire « virer » par les nouveaux arrivants, un couple accompagné d'un vieillard... mourant ! Non, nous n'exagérons pas ! La demi-heure qui a suivi son départ précipité leur a servi à installer le papi dans le lit, lui mettre sa sonde urinaire et le relier à des coussins gonflables. Un véritable hôpital ambulant (on verra même l'ambulance médicalisée venir le chercher au pied du wagon à notre arrivée à Chengdu) ! Malgré toute notre compréhension (limitée à cette heure de la nuit, surtout quand on est réveillé en sursaut pas des discussions animées et un néon blafard dans la tronche), on a fini par les forcer à éteindre la lumière et stopper leurs conversations à haute voix afin de finir tant bien que mal notre nuit au rythme des respirations encombrées de notre nouveau compagnon de cabine.

A notre réveil, nous avons rapidement transité dans la voiture-restaurant mais quand on nous a expliqué qu'on ne pouvait pas rester là trop longtemps, qu'il allait falloir en sortir à chaque arrêt pour permettre l'inspection mais aussi durant les heures de services du personnel (et Dieu sait s'ils aiment passer du temps à table et à fumer dans un lieu où il est strictement interdit de s'en griller une), nous avons commencé à criser. On ne pouvait pas rester presque 24 heures à 5 dans une cabine prévue pour 4, assis à 4 sur une banquette prévue pour 2, en face d'un malade... bien malade ! D'autant plus qu'ils étaient là jusqu'à notre terminus, prévu le surlendemain matin. Si au début, nous avons tenté de relativiser les choses, l'amabilité du personnel de bord nous a vite ôté tout scrupule à faire notre cirque. Nous nous sommes alors fait aider d'un groupe de malaisiens bilingues anglais-chinois pour exprimer notre mécontentement et notre impossibilité à rester dans la cabine attribuée, tant pour le surnombre que pour les conditions. Même pour la famille, cela ne devait pas être évident de veiller sur leur malade à côté de nous. Le moindre déplacement dans la cabine était problématique pour tout le monde, Ophély a même failli s'entraver dans le fil de la sonde urinaire en voulant attraper la bouilloire. Quelle tête il aurait fait le papi si elle l'avait agrippé ! Non, vraiment pas gérable ! Mais voilà, l'aimable (comme une porte de prison) chef de cabine nous a fait répondre (toujours pas l'intermédiaire des malaisiens alors qu'elle parle suffisamment l'anglais) qu'elle ne pourra éventuellement nous attribuer une nouvelle cabine qu'à partir de 22h (il devait être quelque chose comme 9-10 du mat'). Nous avons alors retenté de lui expliquer calmement les choses... que 5 dans une cabine de 4 avec une personne allongée qui plus est, ne pouvait convenir, etc. Pas moyen d'obtenir un peu de flexibilité. On essaie de nouveau en lui expliquant alors qu'on doit pouvoir rester autant qu'on veut dans la voiture restaurant et ne pas « être mis à la porte » à chaque arrêt ou volonté du personnel. Pas moyen non plus. Bon, et bien puisque c'est comme ça, on a fini par prendre notre disposition nous-même. Par chance, les malaisiens descendaient à la station suivante, une quinzaine de minutes plus tard. Nous avons donc transvasé nos affaires sans demander l'avis à personne sinon aux deux touristes de notre nouvelle cabine pour savoir s'ils étaient prêts à nous accueillir – avec plaisir – et nous avons pris nos nouveaux quartiers. Ah, elle faisait moins la maligne la minette et elle a vite compris qu'on ne rigolait plus parce qu'elle nous a même aidé à changer nos sacs. A 235 $ par personne, on attend plus que des « non, non, non ! ». Bon, au passage, elle a quand même demandé à Ophély si elle pouvait faire sortir Ander de la voiture restaurant. Euh... on va réfléchir. T'as pas vraiment fait d'efforts quand on avait besoin, alors on sait pas encore si on va en faire ! Comme on dit souvent, à con, con et demi !

Passé cet incident, le reste du trajet a été bien moins agité, défilant rapidement entre nos discussion avec nos nouveaux voisins, la considération accordée aux paysages plus industriels du « mainland » chinois et nos ateliers « écriture » à votre attention. Même la nuit a été salvatrice pour aborder de pieds fermes la Chine !

BILAN TIBET

 

FREE TIBET !

 

Nous nous devions incontestablement de faire un encart spécial pour ce territoire bouddhiste que l'on appelle Tibet... La balade à travers cette partie du monde fera sans nul doute partie des moments marquants de notre voyage. « En bien ou en mal ? » nous demanderez-vous. Difficile de vous répondre, très sûrement un peu des deux...

 

La « Friendship Highway » comme se nomme ici la route qui rejoint Kathmandou à Lhasa, n'a rien d'une autoroute si ce n'est la longue bande de bitume sur laquelle on roule et encore moins d'un balade très amicale... il s'agirait plutôt d'une « Highway to Hell » ! Des routes sinueuses, une altitude minimale de 3600 mètres avec des passes à plus de 5000 mètres et des « check-points » incessants, voilà qui a de quoi vous donner mal à la tête. Mais un ciel bleu profond, un soleil toujours à l'appel, des paysages montagneux à couper le souffle (notamment, cette magnifique vue sur le toit du monde, l'Everest) et les traversées des petits villages avec leur lot de « gueules » tibétaines nous ont permis de résister !

 

RESISTER... voilà le mot parfait pour une transition en douceur vers là où le bas blesse, car n'oublions pas que nous avons voyagé en groupe de 24 personnes dans un bus, toujours dirigés par une guide soi-disant tibétaine mais plutôt aux allures chinoises... Alors après cette semaine au pays du Dalaï Lama, c'est plutôt la frustration qui domine. A l'image de sa capitale, Lhasa (que Ander a surnommé Lhasa Vegas), c'est le pays tout entier qui est envahi par la Chine. Après des années d'oppression qui ont rendu les tibétains si méfiants (eux qui sont déjà d'une nature timide), le gouvernement chinois semble avoir opté pour la méthode douce mais d'autant plus perfide : l'invasion culturelle ! Faites venir 1 million de chinois peu éduqués au Tibet en leur offrant une bonne situation gratuitement, désenclavez le territoire par une belle ligne ferroviaire qui permet de joindre Lhasa à Beijing en 48h (Ander qui ne voulait pas le prendre y aura été obligé), laissez mijoter quelques dizaines d'années et le tour est joué ! La culture chinoise et son art de la consommation prennent le pas sur la douce et tranquille ferveur tibétaine...

 

Bref, nous ne sommes pas des spécialistes en géopolitique mais pas besoin d'en être pour comprendre que les choses ne sont pas roses par ici et encore moins dans les villes. Mais comment alors laisser parler nos instincts de « fureteurs » quand notre guide obligatoire nous en empêche. Car il semble bien que nous n'ayons qu'à peine touché du doigt cette culture tibétaine qui semble si riche. Seules les portes des grandes villes à très forte influence chinoise nous ont été ouvertes. Nous n'avons quasiment pas pu échanger avec les tibétains qui sont surveillés 24h/24 par des espions du gouvernement chinois. Même nous guides de voyage nous ont été confisqués à la frontière entre le Népal et le Tibet... Méthodes touristiques d'un régime oppresseur qui se met le doigt dans l'œil car rien n'arrêtera les tibétains de penser qu'ils sont tibétains et non chinois avec leurs sublimes gueules burinées par le soleil des hauts plateaux, un chapelet dans une main, un moulin à prières dans l'autre, tout en faisant X fois le tour des monastères bouddhiques, envoyant de belles prières pacifiques à qui veut bien les recevoir !

 

 

On en retient bien sur des fils rouges... :

. les passes à plus de 5000 mètres... qui auront donné un sacré mal de tête à Ander !

. les moulins à prières... qui auront charmé Ophély !

. les monastères... désertés par les moines bouddhistes !

. les check-points incessants... tout le long de la « Friendship Highway » !

. les stands de sécurité... omniprésents dans Lhasa, avec leurs agents aux allures de SS !

. les circonvolutions... que tous les tibétains, tous ages confondus, effectuent autour des monuments religieux !

. les 2 mots interdits « Free Tibet »... qu'on ne peut prononcer mais qui sont au bord des lèvres du tout un chacun.