12-14 SEPTEMBRE 2009 – J+35 à J+37 – ENTREE EN MATIERE AFRICAINE

 

13 heures de vol (dont 1 nuit), 1 heure de transfert de l'aéroport de Victoria Falls vers l'entrée du Parc National Hwange, dans l'est du Zimbabwe, 1h30 de piste, disons correcte, pour rejoindre notre halte pour la nuit, quelques heures de sommeil et de nouveau 4 heures de piste... Nous voilà enfin arrivés sur le lieu de départ de notre mission « Planète Urgence » (PU) !

 

Petit rappel pour ceux qui n'auraient pas suivi : nous nous sommes inscrits pour une mission d'éco-volontariat de 15 jours au Zimbabwe avec l'ONG PU. Cette mission a pour objectif de contribuer à la préservation de la faune du parc Hwange, 1° parc national du Zimbabwe. Elle revête différents axes dont le Lion Research Project et le Rhino Research Project qui, comme leur nom l'indique, étudie plus précisément ces animaux. Ils s'accompagnent de comptage animalier pour suivre l'évolution de la faune de façon plus générale et de prévention au braconnage. Quant à l'association PU, nous vous invitons vivement à visiter leur site internet : www.planeteurgence.com pour mieux comprendre son principe et son fonctionnement.

 

Au programme de ces 15 jours donc : comptage animalier, repérage de traces, recherche par colliers émetteurs, darting... Rien que d'entendre les explications, on se frottait déjà les mains ! Après ce petit briefing théorique, il ne nous restait plus qu'à passer à l'application sur le terrain.

 

Alors pour fêter cette belle entrée en matière, rien de tel qu'un petit apéritif au bord d'un point d'eau en compagnie d'une colonie de babouins occupés dans leur démonstration de Kama Sutra et d'un crocodile curieux qui nous épiait non loin de là ! Le tout dans un paysage en ombres chinoises, avec un splendide coucher de soleil et surtout... dégustant du foie gras et un bon « coteau du Layon » ! Vous comprendrez bien qu'après ce long voyage, il nous fallait démarrer en douceur !

 

 

15-16 SEPTEMBRE 2009 – J+38 à J+39 – COMPTAGE ET REPERAGE

 

Remontés à bloc, nous avons attaqué le terrain le lendemain matin par du comptage animalier. « En quoi cela consiste-t-il ? » Et bien, imaginez un scientifique de la mission sur le capot d'un 4x4 roulant à 15 km/h en train de balayer du regard la piste et donc les empreintes laissées au sol par les animaux, et d'annoncer (en anglais s'il vous plait !) tel un arbitre de tennis : 2 males girafe, 1 zebra, 20 elephants, 1 buffalo... Et à l'arrière, 2 pauvres volontaires en train d'entrer ses données dans une sorte de PDA tout en repérant les coordonnées GPS ! Quant à savoir comment ils font pour les dénombrer, car nous avons eu des troupeaux de plus de 60 éléphants, ne nous en demandez pas plus... cela reste encore un mystère ! Bref, un comptage de toute cette ménagerie destiné à calculer la population totale du parc de Hwange.

 

 

17 SEPTEMBRE 2009 – J+40 – OPERATION « DARTING »

 

Le « darting » consiste à immobiliser un animal à l'aide de puissantes drogues injectées à distance avec un fusil et des sortes « seringues-fléchettes ». Les scientifiques du Lion Project Research recourent à ce process pour étudier les lions et parfois les soigner. En les anesthésiant musculairement et nerveusement (l'animal darté conserve tous ses sens en éveil mais ne peut plus bouger), ils peuvent ainsi prendre des mesures, faire des prises de sang, soigner des plaies... et surtout poser des colliers GPS pour suivre leurs traces. Cette opération, délicate à réaliser et loin d'être anodine pour l'animal (vous vous doutez bien), s'effectue généralement à des moments de la journée où les températures sont plus clémentes.

C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés tard dans l'après-midi, à attendre le feu vert des scientifiques, qui venaient d'effectuer un « dart », l'autorisation d'approcher la scène. L'accord donné, les véhicules 4x4 sont sortis de la route principale et au détour d'une charogne de zèbre pestilentielle déjà bien entamée, nous sommes restés scotchés ! La lionne était là, étendue de tout son flanc, un bandeau sur les yeux et des bouts de ouate dans les oreilles pour ne pas l'effrayer... paisible... Nous avons alors assisté aux soins, aux mesures... Et lorsque Brent (un des scientifiques) s'est retourné vers nous pour nous donner un 2° feu vert, celui de descendre du véhicule pour le rejoindre et bien, croyez-nous, on s'est pas fait priés ! Hop, tout le monde à terre ! Mais à peine le temps de s'approcher de la bête, de prendre quelques photos et lui toucher la croupe, il a fallu remonter en voiture, les « amies » de la demoiselle endormie approchaient pour la rejoindre. Et bien, là, croyez-nous toujours, on s'est encore moins fait priés ! Heureusement, un ranger armé d'une AK 47 nous accompagnés et nous avons pu assister à son réveil. Quel moment de pure merveille ! Le regard hagard, elle s'est progressivement déplacée et son lionceau l'a rejointe pour la soutenir et échanger des caresses puis finir le repas qu'ils avaient commencé avant qu'on ne vienne les déranger. Pauvre zèbre !

 

Le cœur encore empli d'émotions, il ne nous restait plus qu'à retourner au lodge. Mais c'était sans compter sur le défaut d'orientation du copilote qui nous a tranquillement perdu dans le bush nocturne. Nous avons mis 1h40 pour rejoindre la route principale située à 100-200 mètres, initialement bien sûr, et que nous aurions du rejoindre en 5 minutes montre en main ! Et 1 pneu crevé (et changé dans le bush), 1 échelle (pour monter dans le 4x4) tordue, 1 barre de toit dessoudée plus tard, nous avons atteint notre lodge pour une nuit de repos... bien méritée !

 

 

18 SEPTEMBRE 2009 – J+41 – THRILLER A L'AFRICAINE

 

A peine reposés que nos nerfs allaient être de nouveau mis à rude épreuve. On a pris les mêmes et on a recommencé... en pire !

Pour les protagonistes, toujours nos deux scientifiques Brent et Nick, notre « tour leader » et chauffeur Dave, notre second chauffeur Lucky et nous, les volontaires ! Et en « Guest Star »... Gus le lion. 4 ans, 2,90 mètres pour quelques 250 kilos !

Pour le scénario, même script de base : « dart », observation des soins et toucher. Beaucoup plus aguerris que la veille, on a osé toucher les pattes, la queue, le flanc, la crinière et même l'oreille ! Et pour tout ceux qui se posent la question et bien, un lion, s'est pas doux comme une peluche ou un gros chat. C'est plutôt tendance rêche. Mais c'est magnifique et tellement puissant !

Jusque là, tout allait bien, trop bien peut-être. Et oui, vous avez deviné, c'est le retour dans le bush de nuit qui a encore posé problème. Comme le veille, on s'est perdu ! Tout d'abord, nous sommes passés entre des troncs d'arbres qui n'étaient pas décidés à nous laisser passer, puis, arrivés dans une sorte de marécage, nous sommes « tombés » dans un trou d'éléphant. Et oui, c'est gros un éléphant et notre beau Toyota s'est fortement enlisé. A peine sortis de ce bourbier, le radiateur a rendu l'âme, perforé par une branche et nous avons dû nous serrer à 9 dans le 2° véhicule ! Et là, on s'est mis à tourner en rond... littéralement ! Persuadés de suivre des traces qui nous sortiraient de ce maudit bush, nous étions en fait en train de suivre nos propres traces ! Retour à la case départ, ne touchez pas 20000 € et surtout, sortez vos mouchoirs ! Bon, il était temps de prendre les choses en main et n'écoutant que son courage, Ander a marché devant le véhicule, éclairé par les phares et le GPS à la main, en compagnie de Lucky pour retrouver le chemin comme ils pouvaient. Petit détail croustillant, tout ceci se passait en plein bush, de nuit et entourés de toute sorte d'animaux sauvages. Heureusement, les lions avaient la gentillesse de nous avertir de leur emplacement en poussant de temps en temps quelques grognements !

Patience et longueur de temps auront payées... Nous sommes arrivés sains et saufs au camp, avec quelques heures de retard certes... pour une nouvelle nuit salvatrice !

 

 

19-20 & 21 SEPTEMBRE 2009 – J+42 à J+44 – 24H... COMPTAGE !

 

Après notre expérience « lionesque » dans le bush, les scientifiques locaux nous avaient concocté un tout autre exercice : les « 24h Counting » ! Ordre de mission ? Poser son fessier à l'ombre dans une hutte pendant 24h face à un point d'eau et compter tous les animaux qui s'y présentent ! Cette activité est réitérée tous les mois, en principe les jours de pleine lune, mais les volontaires suivant étant trop peu nombreux, c'est nous qui nous y sommes attelés par une nuit bien noire, équipés d'un sublime spot made in china bien sûr !

Début du comptage à midi, prise de quart de 2h la nuit par paires de volontaires et fin du comptage le lendemain à midi. Vous ne pouvez pas imaginer tout ce qu'il peut se passer en 24h autour d'un point d'eau en cette fin de saison sèche... les animaux viennent se désaltérer les uns après les autres, comme si chacun avait pris son ticket à la Poste, le tout sous le regard impitoyable (toujours comme à la Poste) du groupe d'hippopotames qui squattent le bassin : impalas par dizaines avec leur ligne noire en forme de M sur les fesses (ce qui leur confère le titre de Bush McDonald), zèbres facilement repérables grâce à leurs pyjamas rayés, girafes qui sont obligées d'écarter leurs pattes avant pour boire car leur cou n'est pas assez long, waterbuck reconnaissables à leur anneau tout blanc sur pelage gris foncé entourant leurs fesses, hordes de babouins exhibitionnistes, chacals qui se faufilent furtivement jusqu'à l'eau la queue entre les jambes, civette nocturne si discrète que nous avons failli la louper, lionnes dont la présence en ce lieu est extrêmement rare (les scientifiques présents n'en avaient encore jamais aperçu sur ce point d'eau), éléphants qui ingurgitent presque 100l d'eau par tête grâce à leur trompe qui fait un étrange bruit de canalisation, lycaons dont les grandes oreilles et le pelage bariolé ne les mettent pas en valeur mais qui sont craints de toute la faune africaine, et bien sûr lièvres sauteurs qui ont animé notre quart de nuit lorsqu'on s'amusait à les pourchasser de notre spot lumineux. Bref, les 24h sont très vite passées, d'autant plus que la nuit fut rythmée par le ballet incessant des quelques 234 éléphants que nous avons pu dénombrer.

 

22-24 SEPTEMBRE 2009 – J+45 à J+47 – OPERATION RHINO !

 

Nous sommes désormais entre les mains de Steven et Sue, un sublime couple d'anglais naturalisés zimbabwéens et dont la vie est consacrée à la préservation de la faune sauvage et plus spécialement des rhinocéros.

Steven, britannique flegmatique et buveur de thé invétéré, épaulé de la rude mais ô combien sensible Sue, n'a cessé ces derniers mois de chercher les rhinos afin d'établir un bilan de l'extrêmement faible population de ces « petites » bêtes à corne dans le parc de Hwange. Selon eux, seulement 25 à 30 têtes seraient encore vivantes sur une population initiale bien plus nombreuse, mais malheureusement victime du braconnage. Chinois et yéménites sont de grands acheteurs de cornes de rhinocéros, payant un prix exorbitant, et encourageant les populations locales (zimbabwéens, zambiens et depuis peu sud-africains blancs) à cette activité illégale. Notre rôle dans l'affaire ? Notre simple présence est une pression sur les parcs naturels et leurs rangers qui dans le but de nous faire plaisir organisent des sorties de pistage de rhinos. Nous avons donc parcouru le bush pendant 3 jours, aux heures les moins ensoleillées, à regarder le sol en quête de traces fraiches (empreintes ou excréments).

Le premier jour a mal débuté puisque les rangers en poste à ce moment-là (qui passent 10 jours d'afillée dans le bush avec juste un sac à dos et une AK47 Kalachnikov, en toute autonomie, à traquer les départs de feu ou les braconniers) étaient bien malheureux de nous apprendre qu'aucune activité « rhinoistique » n'était à signaler dans la zone. Mince ! Bref, une tasse de thé plus tard et une fois leurs bidons d'eau remplis, nous avons translaté vers une autre zone. Là, le premier jour de traque nous a laissé de faibles espoirs : peu de traces fraiches et du vent qui soufflait dans la mauvaise direction emportant avec lui nos odeurs vers l'odorat alerte des rhinos. Une nuit de campement sous tente dans le bush au milieu des rugissements des lions plus tard, la traque a repris. Forts de l'expérience inégalable des rangers (on pourrait croire qu'ils ont des yeux infra-rouge et un GPS intégré dans le cerveau), notre quête a finalement atteint son but ! Un sublime rhinocéros noir, d'environ 12 ans (un jeune adulte) que Steven regardait avec émerveillement (car il n'avait encore jamais vu ce rhino) se tenait là, derrière un fourré, les cornes bien pointées vers le ciel ! Protégés par un vent favorable, nous avons pu l'admirer presque 30 minutes sans que la bête ne se sente molestée par notre présence, jusqu'à ce qu'elle se couche et s'endorme...

Une splendide façon de conclure notre mission dans cet environnement, dont la survie du rhinocéros à elle seule symbolise toute la fragilité face à la cupidité humaine.

 

25-26 SEPTEMBRE 2009 – J+48 à J+49 – VICTORIA FALLS



 

Notre petite escapade dans le bush terminée, il nous a fallu nous en retourner à la civilisation. Bouuhhh !!! Les voitures chargées à bloc, nous avons pris la route, enfin la piste, pour rejoindre Victoria Falls et ses mythiques chutes. Bon, forcément, le retour n'a pas pu se faire trop simplement, et l'un des deux moteurs a rendu l'âme sur le chemin, si bien que nous avons terminé les derniers kilomètres tirés par une corde dont on se demande encore comment elle a résisté. C'est d'ailleurs à cette occasion que nous avons pu tester l'opiniâtreté des policiers locaux... Tracter une 2° voiture, c'est courant par ici ! Mais le faire à l'aide d'une corde, c'est non seulement interdit mais passible d'une amende ! En tout cas, c'est ce qu'a invoqué le policier qui nous a arrêtés. Mais, c'était sans compter sur Steven et son pacte secret : avec un de ses amis ils se sont promis de ne plus jamais céder à la pression policière ! Et c'est ce qu'il a fait ! Mettant lui même la pression sur les 3 policiers (dont un déambulait sur la route comme un pingouin, son permis de conduire à la main), leur demandant de VITE (sacrilège...) mettre l'amende et objectant de la payer sur place au profit d'un paiement en ville, le voilà qui chipe son permis des mains des policiers et remonte dans la voiture sourire au lèvres ! Well done Steven ! Bref, « Patience et longueur de temps » étant un bon adage en ces terres africaines, nous avons fini par arriver tranquillement à Victoria Falls pour une très agréable croisière sur le Zambèze, au coucher du soleil.

Le lendemain matin, pour ne pas perdre la main du réveil matinal et surtout apprécier les premières lueurs du jour sur les fameuses chutes, nous étions à l'entrée du site à 6 heures pétantes. Les chutes Victoria, découvertes par David Livingstone en 1855 grâce à la vapeur d'eau en suspension qu'elles dégagent et qu'il confondit avec un grand feu de brousse, sont considérées comme faisant parties du trio de tête des chutes dans le monde. Un plateau à 1000 mètres d'altitude et le Zambèze qui tombe 100 mètres plus bas dans une gorge très étroite. Bilan, des chutes très sauvages dont une petite partie se trouve en Zambie, l'autre au Zimbabwe, étalées sur près de 2 km et dont le débit à cette époque de l'année est soit disant minuscule mais suffisant tout de même pour offrir un splendide spectacle.

 

27 SEPTEMBRE 2009 – J+50 – HIGHWAY TO HELL

 

Bon, finie la rigolade ! Après quelques heures de repos, il était temps de remettre un peu les gaz ! Et pour cela, rien de telle qu'une petite journée de rafting dans un haut lieu international de la discipline ! Direction donc le Zambèze pour une belle descente de 25 kilomètres environ et surtout 23 rapides, du niveau 2 (pour les « chicken » (poule mouillée) comme ils disent ici) au niveau 6 (là, on rigole plus, on contourne même par la terre ferme tellement ça envoie).

Forts de nos magnifiques casques rouges, de nos beaux gilets de sauvetage rouges aussi et de nos belles pagaies rouges vous l'aurez deviné, nous voilà partis sur notre beau raft... blanc ! Raté ! Les premiers rapides nous ont rapidement mis en jambe et l'on commençait à bien prendre le rythme quand le rapide n°5, de son petit nom « Stairway to heaven » s'est mis en travers de notre route. « Level 5+, one of biggest » (Niveau 5+, un des plus gros) notre guide nous a-t-il annoncé d'une voix ferme. Et bien, il avait raison ! Nous avons résisté disons... deux tourbillons avant de nous envoler dans les airs et de nous retourner (la bateau y compris) en retombant. C'est d'ailleurs à ce moment là que le « Stairway to heaven » s'est tranformé en « Highway to hell » pour Ophély, qui, passée sous le bateau pendant quelques secondes, a eu du mal à trouver rapidement la sortie ! Quelques tasses plus tard et le rapide derrière nous, nous avons autant que faire se peut regagner le raft et sommes remontés à bord ! Emotionnés, mais sains et saufs ! Le reste de la journée peut être qualifiée de promenade de santé si l'on considère que seulement 2 membres sur 7 à l'eau dans le deuxième plus gros rapide est une moyenne correcte ! On s'est forcément fait des sensations fortes mais cela ne nous a pas empêché de nous jeter à l'eau de gré dans le dernier rapide, au milieu des crocos !